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Un début d'année scolaire, c'est comme un début de saison de football

Montage photo. Crédit: REUTERS/Pascal Rossignol. John Sibley

Montage photo. Crédit: REUTERS/Pascal Rossignol. John Sibley

Comme dans un club, les premiers contacts entre l’enseignant et son groupe sont primordiaux.

Si la rentrée des profs et des élèves a lieu trois semaines après celle des footballeurs de Ligue 1, comme en football, les premiers contacts entre l’enseignant et son groupe sont primordiaux: il s’agit de faire monter la mayonnaise, de donner corps au collectif, de trouver une dynamique qui permettra d’atteindre l’excellence.

Le parallèle entre les coachs et les profs n’est pas toujours judicieux. On l’a d’ailleurs constaté dès le soir de la première journée de championnat, avec la démission surprise de Marcelo Bielsa, entraîneur de l’Olympique de Marseille depuis la saison passée, qui a planté tout le monde sans prévenir en raison d’un différend sur son contrat. Or, s’il arrive que des membres de l’Éducation nationale présentent leur démission, cela se produit rarement après la première journée de cours… D’autant plus que s’il n’y a guère de souci à se faire pour l’entraîneur argentin, grassement payé à l’OM et quasi assuré de retrouver un autre club dès qu’il en aura envie, tout prof qui décide de quitter l’Éducation nationale se retrouvera dans une situation professionnelle bien plus délicate.

On lira donc assez peu de tweets de ce genre en ce début d'année.

En revanche, si côté football, les arrivées de coaches se font généralement dans l’euphorie, il peut arriver que les nominations de nouveaux enseignants soient accueillies (par les profs comme par les chefs d’établissement) avec un peu moins d’enthousiasme. Et pour cause: le système de mutations par voeux ne permet pas toujours à chacun d’obtenir le poste rêvé ou de recruter les enseignants souhaités. Par conséquent, si chefs d’établissement et professeurs tweetaient à la manière des personnalités du monde du sport, cela pourrait parfois donner ce genre de réjouissances:


Les premières heures de septembre sont capitales. Ce sont elles qui déterminent la nature de la relation qui, pendant une année entière, unira le prof à sa classe.

Le pire démarrage qui soit est celui qui se fait sous le signe du laxisme. Les enseignants débutants commettent beaucoup cette erreur: par bienveillance ou par peur du clash, ils décident d’attendre un peu avant de recadrer les élèves bavards et remettent les premières sanctions à plus tard. Les conséquences de ce comportement sont multiples. C’est d’abord un message de permissivité qui s’inscrit dans la tête des élèves, lesquels ne se priveront pas de faire savoir dans tout l’établissement que l’enseignant en question laisse les élèves «faire ce qu’ils veulent» (la cour de récréation est le lieu de toutes les déformations).

C’est aussi pour l’enseignant le premier pas dans une spirale qu’il ne contrôle déjà plus: ne pas s’imposer dès le premier jour, c’est faire comprendre aux élèves qu’ils ont le dessus, et donc se compliquer chacune des heures qui suivra. C’est aussi leur donner la possibilité de crier à l’injustice à tout moment: pourquoi un comportement non sanctionné un jour le serait-il le lendemain?

À l’inverse, un démarrage trop rentre-dedans peut avoir des effets néfastes sur les relations prof-élèves. On a tous entendu des collègues plus expérimentés que soi nous conseiller de nous comporter en petits chefs militaires, au moins durant les premières heures de cours de l’année, afin que les élèves comprennent qui commande et ce qui les attend s’ils disent un mot plus haut que l’autre. Tout est affaire de mesure: se montrer tyrannique, c’est prendre le risque d’être pris en grippe par une partie de la classe, tandis que les plus timides se fermeront comme des huîtres pour ne plus jamais se rouvrir. Donner une charge excessive de travail pour annoncer la couleur, c’est aussi exposer certains élèves en difficulté à une noyade rapide.

Une mauvaise mise en place, et c’est une année compliquée qui s’annonce. Tout comme certains entraîneurs pour lesquels seuls comptent les trois points, il y a des enseignants qui se moquent bien que leurs relations avec les élèves soient à l’orage. Leur phrase favorite: «Je ne suis pas là pour être aimé par les élèves.» Une affirmation difficile à contester, mais qui ne signifie pas que l’on doive tenter de se faire haïr aussi rapidement que possible.

Par la suite, les relations auront beau sembler plus apaisées en surface, la douloureuse épreuve du conseil de classe risque toujours de faire ressurgir de vieux démons.

Dans les autres classes, où les relations entre les élèves et leur professeurs sont bien plus saines, on n’hésite pas à jouer les Joey Barton pour chambrer les élèves de seconde 6, qui vivent une année pourrie:


Ces différents climats se ressentiront jusqu’au bout de l’année scolaire: tandis que certaines classes bénéficieront peut-être de quelques sorties (en fonction du budget accordé), d’autres resteront tristement enfermées au sein du centre d’entraînement, punies pour leur comportement ou en tout cas pour leurs relations orageuses avec ce professeur qui, lui aussi, aurait sans doute préféré que les choses tournent autrement.

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