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Facebook ne doit pas mettre fin à l’étrange et belle ambiguïté de son «like»

Le patron de Facebook a annoncé que ses équipes travaillent sur un bouton «dislike», mais la réalité sera sûrement bien plus décevante qu’on ne le croit.

Impossible de le nier, tout le monde en rêve: être en mesure de glisser un «Je n’aime pas» sous un statut Facebook qui nous agace est une possibilité alléchante. Pour l’instant, seul le pouce en l’air est de rigueur, mais tout cela pourrait bientôt changer car le réseau social vient d’annoncer qu’il travaillait justement sur un bouton «dislike», «Je n’aime pas».

Lors d’une séance de questions-réponses avec le public, le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, a levé les doutes sur ce fameux bouton:

«Les gens demandent ce bouton “dislike“ depuis des années. Aujourd’hui est un jour spécial, car c’est le jour où je peux dire que nous travaillons dessus. […] Nous allons livrer quelque chose qui correspond aux besoins du plus grand nombre.»

Le fameux antagoniste du «J’aime» serait donc en marche. Mais la réponse de Mark Zuckerberg est beaucoup plus ambiguë qu’on ne le pense, comme l’explique Will Oremus sur Slate.com. «Peu importe ce que Facebook construit en ce moment, il ne s’agira pas du bouton “dislike“ que tout le monde attend

Facebook a de toute façon toujours refusé tout ce qui n’était pas positif. Par peur des messages haineux, mais aussi parce qu’il faut absolument proposer aux annonceurs un espace neutre, comme le rappelle le site du Figaro. Il suffit de se pencher sur une autre séance de questions-réponses donnée en décembre 2014 pour s'apercevoir que le bouton «Je n’aime pas» ne servira pas à exprimer la désapprobation ou tout autre sentiment négatif. «Nous devons trouver la bonne façon de le faire pour qu’il devienne une force du bien, pas une force pour la méchanceté ou pour rabaisser les publications que les gens postent», expliquait alors Zuckerberg.

Une position qu'il a confirmée mardi 15 septembre, en affirmant que les gens veulent avant tout «exprimer l’empathie. Si vous exprimez quelque chose de triste… cela pourrait être un peu gênant “d’aimer“ ce post, mais vos amis et les gens veulent être en mesure de montrer qu’ils comprennent.» Le «dislike» brutal sera donc en fait un «like empathique».

Mais qu'est-ce que cela va changer au final? La vraie victime pourrait être ce bon vieux like ambigu que l’on aime placer de temps à autre. Car si Facebook instaure de la nuance dans ses pouces, le like, à qui l’on pouvait jusque-là donner tout un tas d’interprétations différentes, pourrait vite devenir binaire et nous priver d’une arme d’ironie massive. Jusque-là, il pouvait signifier «OK, c’est cool pour toi», «Pardon mais j’ai ri», «Je like parce que t'es mon pote mais tu es un peu saoulant», «Bien fait pour toi» ou également indiquer de la compassion ou de l'émotion (à moins que les milliers de personnes qui ont liké sur Facebook des articles à propos de la mort du petit Aylan Kurdi soient des monstres sans cœur). Bientôt, une partie de cette polysémie pourrait être reportée vers le «J'aime pas ce qui [t']arrive» et faire perdre de sa richesse au like. 

En dédoublant les possibilités d’interaction avec un statut ou un partage de lien, Facebook veut avant tout promouvoir la compassion et sauver ce qu'il reste de positivisme sur Internet. Quitte à tuer la liberté d’interprétation que chacun avait autour des «J’aime» qu’il reçoit et qu’il envoie. Et forcément, on n’aime pas ça.

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