Partager cet article

Le succès de Donald Trump expliqué par un texte de Roland Barthes

Donald Trump à Dallas, le 14 septembre (REUTERS/Mike Stone)

Donald Trump à Dallas, le 14 septembre (REUTERS/Mike Stone)

Si on reprend les célèbres «Mythologies» du philosophe français, le candidat à l'investiture républicaine a tout du catcheur jeté dans un ring de boxe.

Les médias américains disent que c'est un clown, mais chaque semaine Donald Trump lâche de nouvelles insultes qui font parler de lui et contribuent à sa popularité croissante. En juin, les Mexicains étaient des violeurs, en août, la journaliste de Fox News Megyn Kelly était énervée parce qu'elle avait ses règles, et en septembre, la candidate Carly Fiorina était trop moche pour gagner les élections.

Un clown fait campagne pour les présidentielles.

Pourquoi un tel candidat est-il en tête des sondages pour les primaires républicaines de 2016? La réponse est à lire sous la plume de Roland Barthes. En effet, pour le site Think Progress, «ce philosophe français est le seul qui peut expliquer le phénomène Donald Trump»

Le catch vs la boxe

Pour le journaliste Judd Legum, le texte de Mythologies sur le catch permet de comprendre la popularité de Trump, qui est lui-même un grand fan de catch, et dont la campagne ressemble à une «somme de spectacles» pleine de «gestes excessifs».

«[L]e public sait très bien distinguer le catch de la boxe; il sait que la boxe est un sport janséniste, fondé sur la démonstration d'une excellence; on peut parier sur l'issue d'un match de boxe: au catch, cela n'aurait aucun sens. Le match de boxe est une histoire qui se construit sous les yeux du spectateur; au catch, bien au contraire, c'est chaque moment qui est intelligible, non la durée.»

Dans un sens, Trump fait campagne comme un catcheur, alors que les autres candidats sont plutôt comme des boxeurs qui doivent suivre les règles et développer une stratégie de long terme pour gagner. Trump ne s'intéresse pas au long terme. Il se concentre sur la passion du moment, et ses fans adorent. 

Le pouvoir d'indignation

La façon dont il manipule le public est aussi très proche de ce que font les catcheurs, explique Judd Legum dans son article. «Les catcheurs savent très bien flatter le pouvoir d'indignation du public», écrivait Barthes. Or c'est un peu ce que fait Trump, qui sait bien définir ses ennemis –les immigrés, les managers de hedge fund, la classe politique dans son ensemble– et promet de s'attaquer à eux avec force.

Comme le souligne Barthes, dans ce genre de situation, le manque de substance et de rigueur n'est absolument pas un problème. 

«Il n'importe plus que la passion soit authentique ou non. Ce que le public réclame, c'est l'image de la passion, non la passion elle-même.»

Ses opposants l'accusent d'ailleurs de n'être qu'un comédien, mais la critique n'importe pas vraiment, car en tant que comédien provocateur, Trump a un nombre croissant d'admirateurs qui adorent ses petits spectacles.

 

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte