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Dans l'espace, le corps grandit, le cœur s'arrondit et le visage enfle

L'astronaute de la NASA Scott Kelly à bord de la Station Spatiale Internationale. Crédits: NASA Johnson/Flickr

L'astronaute de la NASA Scott Kelly à bord de la Station Spatiale Internationale. Crédits: NASA Johnson/Flickr

Deux astronautes vont passer un an sans interruption à bord de la Station spatiale internationale. Leur corps va être soumis à rude épreuve.

Le record de temps passé dans l'espace revient au Russe Gennady Padalka: 879 jours. Mais on parle ici de jours «cumulés» lors de différentes missions, pas de séjour prolongé. Les séjours à bord de la Station Spatiale Internationale (ISS), qui orbite autour de la Terre à 27.600 km/h depuis 1998, durent en général de trois à six mois.

Pour la première fois, deux astronautes, l'Américain Scott Kelly et le Russe Mikhail Kornienko, vont passer un an à bord de l'ISS. Embarqués depuis mars 2015, ils ne reposeront les pieds sur Terre qu'en mars 2016. La vidéo de présentation de la mission est digne d'une bande-annonce hollywoodienne:


Cette mission va permettre d’étudier les effets physiologiques et psychologiques d’un séjour prolongé dans l’espace. Et de mieux nous préparer à une mission habitée vers la planète Mars.

«Scott Kelly verra 10.944 levers et couchers de soleil. Vous n'en verrez que 684», résume ce graphique publié pour l'occasion par la Nasa. «Il boiera 730 litres d'urine recyclée» et «environ 383 expériences seront menées sur lui»

Nous n'utilisons pas le dessous de nos pieds. Après cinq mois, vous avez des pieds de bébé

Scott Kelly

Aujourd'hui, les deux astronautes sont déjà à mi-parcours. Dans une interview depuis l'ISS, diffusée par la Nasa, Scott Kelly déclare se sentir «plutôt bien physiquement»:
 

«Nous avons de bons équipements pour faire de l'exercice. Mais il y a beaucoup d'effets de cet environnement que nous ne pouvons ni voir ni sentir, qui affectent notre vision et aussi notre ADN, que les scientifiques étudient.»

Dans l'espace, l'homme grandit et son cœur s'arrondit

Vue de la Terre, la micro-gravité semble très amusante (pour boire, on avale des bulles d'eau qui flottent dans l'air, on peut marcher au plafond et l'heure du repas se transforme en une expérience fantasmagorique). Mais elle a des conséquences lourdes sur le corps humain.

Enlevez la force de l'attraction exercée sur le corps, et l'homme grandit de quelques centimètres: la colonne vertébrale s'étire. Le sang et autres fluides quittent les jambes et migrent vers la partie supérieure du corps. Le visage enfle. Le calcium et certains sels minéraux quittent les os, qui se fragilisent considérablement. La vue devient elle aussi mois bonne, le nerf optique étant affecté. Le nombre de globules rouges diminue et l'anémie n'est pas loin. Le système immunitaire est moins réactif. Le cœur, lui, s'arrondit de près de 10%, ont récemment découvert les chercheurs. Les muscles, beaucoup moins sollicités en apesanteur, se détériorent rapidement.

«Nous n'utilisons pas le dessous de nos pieds, précise par exemple Scott Kelly. Après cinq mois, vous avez des pieds de bébé.»

Pour garder des os, des muscles et un cœur en forme, les astronautes sont tenus au minimum à une heure d'exercices par jour. Soit plus de 700 heures d'exercices en un an, estime la Nasa dans son graphique.

Les irradiés de l'espace

Autre souci des astronautes: ils ne sont plus protégés par l'atmosphère de la Terre. «Pour être autant exposé aux radiations que Scott Kelly, il faudrait que vous preniez 5.250 vols Los Angeles-New York», a compté la Nasa. 

Stress, milieu confiné, monotonie, ennui, dépendance aux autres... Vivre en huis clos pendant une longue période n'est pas une expérience facile

Le rayonnement cosmique est susceptible d'interférer avec l'ADN, de causer des cancers et des mutations génétiques. Il pourrait également être nocif pour le cerveau.

À son retour, Scott Kelly, qui a un frère jumeau, astronaute retraité, pourra comparer tous ses résultats physiologiques avec son double resté au sol.

L'enfer, c'est l'ISS

Enfin, un des principaux effets de la vie dans l'espace est psychologique. Après six mois de séjour prolongé, Scott Kelly confie déjà que sa famille et ses amis lui manquent et qu'il meurt d'envie d'aller faire un petit tour dehors.

Stress, milieu confiné, monotonie, ennui, dépendance aux autres... Vivre en huis clos pendant une longue période n'est pas une expérience facile à vivre. Pourtant la sécurité de l'équipage et le bon déroulement de la mission dépendent de la stabilité psychologique de chacun des astronautes. Un problème de communication, et le vol habité vers Mars pourrait connaître le même destin funeste que celui du film Sunshine

Pour mieux se rendre compte de tous ces aspects de la vie dans l'espace, la Nasa va lancer le 1er novembre une chaîne entièrement dédiée à la diffusion de vidéos de l'ISS en 4K. Mais un seul tweet de Scott Kelly suffit pour comprendre combien tous ces efforts en valent la peine.

 

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