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Un Yéménite passe treize ans à Guantanamo à cause d'une erreur de traduction

Temps de lecture : 2 min

Les enquêteurs auraient confondu l'organisation Al-Qaida et la ville d'Al-Qa'idah.

REUTERS/Larry Downing
REUTERS/Larry Downing

En juin 2015, Emad Hassan, un Yéménite de 36 ans, a été libéré et transféré à Oman après avoir passé treize ans à Guantanamo. Un article de Newsweek revient sur les circonstances de son arrestation en 2002 au Pakistan, où il était venu étudier le Coran dans une université de Faisalabad. Il a été arrêté lors d'un raid de plusieurs maisons où vivaient une cinquantaine de personnes. Une source avait indiqué aux autorités pakistanaises qu'un des résidents du logement où vivait Hassan avait été en contact avec Al-Qaida.

Selon ses avocats, Hassan a ensuite été interrogé en Afghanistan par l'armée américaine. À la question de savoir s'il avait des liens avec Al-Qaida, il a répondu que oui. Le traducteur a pensé qu'il avait avoué être en contact avec l'organisation terroriste, mais Hassan pensait simplement avoir dit qu'il connaissait bien la ville d'Al-Qa'idah au Yémen.

«Les preuves n'importaient pas vraiment»

Peu après, il a été transféré à Guantanamo, où les traducteurs ont cette fois-ci éclairci le malentendu par rapport à la ville d'Al-Qa'idah, mais sans croire à la version de Hassan. Même s'il n'a jamais été accusé d'un crime précis, des notes du département d'État obtenues par Wikileaks ont montré que le gouvernement américain le soupçonnait de s'être rendu à un camp d'entraînement d'Al-Qaida en Afghanistan.

«Les preuves n'importaient pas vraiment, explique à Newsweek Mark Fallon, un ancien commandant de l'organisation créée pour enquêter sur les détenus capturés pendant la guerre contre le terrorisme. Vous pouviez avoir dix témoins qui disent que le détenu n'était pas dans un camp d'Al-Qaida. Mais si un autre disait qu'il ressemblait un peu à quelqu'un qui y était, s'il y avait le moindre soupçon qu'il avait peut être été impliqué, alors la personne n'était pas libérée.»

De nombreux cas de mauvaises traductions

En 2009, le président Obama a créé un groupe spécial pour examiner les cas de détenus qui demeuraient dans un flou légal, et les enquêteurs ont rapidement conclu que Hassan pouvait être libéré car il ne représentait pas de menace pour la sécurité nationale. Pourtant, il est encore resté à Guantanamo jusqu'en 2015 car en 2009, un Nigérian formé au Yémen avait pris l'avion pour Detroit avec une bombe dans ses sous-vêtements, ce qui a mené à une interdiction des transferts de Yémémites hors de Guantanamo.

Outre la confusion entre Al-Qaida et une ville yéménite, de nombreux autres problèmes de traduction ont été relevés à Guantanamo. Selon le Washington Post, un juge a fait licencier un interprète qui avait traduit «chauffeur d'Oussama Ben Laden» par «avocat d'Oussama Ben Laden», et lors du procès de Mustafa Ahmed al-Hawsawi, un membre d'Al-Qaida accusé d'avoir aidé à organiser les attaques du 11-Septembre, de nombreuses phrases en anglais étaient si mal traduites qu'elles étaient incompréhensibles.

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