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2017: le double piège de la primaire à gauche

Les candidats à la primaire PS après le dernier débat télévisé d'avant le premier tour, le 5 octobre 2011. REUTERS/Fred Dufour/Pool

Les candidats à la primaire PS après le dernier débat télévisé d'avant le premier tour, le 5 octobre 2011. REUTERS/Fred Dufour/Pool

S'il est probable que le chef de l'Etat et le PS s'assoiront sur les statuts du parti qui prévoient une primaire pour 2017 pour ne pas affaiblir le président sortant, sauter cette case provoquera une possible multiplication des candidatures à gauche

Un assassinat politique se prépare, rue de Solférino, dans une parfaite indifférence. La belle idée de «primaires citoyennes» pour désigner le candidat socialiste à l’élection présidentielle, issue des cogitations fertiles de Terra Nova, s’apprête à être enterrée.

Jean-Christophe Cambadélis vient de l’avouer comme si c’était une évidence. En mai dernier, l’organisation d’une primaire à gauche demeurait «une possibilité» pour le premier secrétaire du PS. Celui-ci en parle désormais significativement au passé.

Cambadélis concède que la primaire aurait pu «offrir une solution de sortie à certains candidats de gauche et écologistes». Il n’en voit plus aujourd’hui l’intérêt dés lors que ceux-ci sont dans une «logique d’affirmation» et qu’une primaire «entre socialistes» ajouterait à la «fragmentation» politique tant redoutée.

S’asseoir sur les statuts

Curieuse argumentation: la primaire de 2011 s’était déjà jouée entre membres du PS si l’on fait abstraction de la candidature-caution du radical de gauche Jean-Michel Baylet (0,64% des voix). Les médias unanimes avaient alors salué le succès de cet exercice démocratique auquel participèrent près de trois millions d’électeurs.

Vérité en 2011, erreur en 2016? On répondra que l’existence d’un président sortant issu du PS, dont tout laisse penser qu’il prépare son hypothétique réélection, change radicalement la donne. A ce détail près que les statuts du PS n’ont prévu aucune dérogation de ce type à la règle de la primaire.

L’article 5.3.1 l’énonce très clairement: «Le candidat à la présidence de la République est désigné au travers de Primaires citoyennes ouvertes à l’ensemble des citoyens adhérant aux valeurs de la République et de la gauche et organisées par les formations politiques de gauche qui souhaitent y participer».

Un politologue imaginatif avance l’hypothèse qu’un socialiste revanchard –Arnaud Montebourg, par exemple– somme en justice le PS de respecter ses statuts. Si les magistrats se montraient aussi sévères à l’endroit du parti au pouvoir qu’ils l’ont été avec un Front national aux prises avec des contestations statutaires, l’affaire se corserait effectivement.

Ce scénario reste néanmoins bien peu probable. Pour autant, les socialistes se trouvent aujourd’hui pris au piège doublement par le système de primaire qu’ils ont importé dans la vie politique française. Qu’ils s’y soumettent à nouveau ou qu’ils s’en dispensent, ils ont le choix entre deux mauvaises solutions.

La primaire affaiblissante

Imaginons que le président sortant soit populaire et que la gauche se retrouve pleinement dans ses faits et gestes. La primaire pourrait être un sacre démocratique et un précieux tremplin pour le candidat à sa propre succession.

Ce n’est pas exactement le cas de figure actuel. Très impopulaire, violemment rejeté par une large fraction de l’électorat de gauche, contesté dans les rangs mêmes de PS, François Hollande aurait beaucoup à perdre au jeu de la primaire. Un sondage cruel, publié en avril, ne lui accordait que 16% des suffrages potentiels et une piteuse troisième place derrière Manuel Valls et Martine Aubry.

Le chef de l’Etat a, semble-t-il, depuis un peu remonté la pente. Mais le mécontentement suscité par sa politique l’exposerait à une dangereuse contestation, même dans le cadre d’une primaire limitée aux rangs socialistes.

Il est hautement probable que l’Elysée sautera la case primaire. Ce choix légitimera les candidatures de gauche alternatives.

Le vice-président du groupe Habitat rêve toujours d’un destin présidentiel. En s’affichant récemment avec Yanis Varoufakis, Arnaud Montebourg montre qu’il reste aux aguets. La gauche du parti bouillonne. Marie-Noëlle Lienemann, qui estime que Hollande «disqualifie la gauche et la politique», serait prête à croiser le fer avec lui.

L’affaiblissement, en Europe, de la «gauche austéritaire» trouverait certainement, d’une manière ou d’une autre, son écho en France. La victoire spectaculaire de Jeremy Corbyn dans la primaire organisée par le parti travailliste anglais, qui clôt la période du New Labour, en est le dernier signe.

Le PASOK a presque disparu en Grèce et le PSOE est sérieusement concurrencé par Podemos en Espagne. Le PS français tient par la grâce de la division et du sectarisme de ses contestataires, mais sa fragilité serait à coup sûr révélée par une primaire donnant la parole à un «peuple de gauche» déboussolé par l’action gouvernementale.

La dispersion légitimée

Pour toutes ces raisons, il est hautement probable que l’Elysée, avec la complicité de la direction socialiste, s’assoira sur les statuts du parti et sautera la case primaire de la présidentielle.

Ce choix n’en entraînera pas moins de fâcheuses conséquences. Il sera vivement contesté à l’intérieur du parti et suscitera nombre de rancœurs voire de défections. Et, surtout, il légitimera les candidatures de gauche alternatives à celle du président sortant.

Il est impossible, au stade actuel, de dresser une liste de toutes celles et de tous ceux qui songent ici à une candidature à l’élection présidentielle. Cécile Duflot se sent visiblement habitée par une vocation de ce type. Jean-Luc Mélenchon pense qu’une nouvelle candidature sera, pour lui, de l’ordre du devoir. Pierre Laurent se demande si ce n’est pas lui qui devrait tenter de rassembler «la gauche de la gauche». Clémentine Autain, elle-même, etc.

La configuration de 2002, caractérisée par de multiples candidatures de gauche aux côtés (ou en face) de celle du PS, se profile ainsi à l’horizon. Lionel Jospin avait subi à l’époque la présence de pas moins de sept candidats de gauche ou d’extrême gauche. Il avait attribué à cette dispersion son élimination du second tour.

Les mêmes causes peuvent provoquer les mêmes effets. Cela sera même paradoxalement l’un des principaux arguments des dirigeants du PS pour tenter de rabattre l’électorat de gauche vers le président sortant. La multiplication des candidatures de gauche risque, en effet, de le faire apparaître comme le seul à même de représenter ce camp au second tour. A condition, toutefois, qu’il soit encore considéré par ces électeurs-là comme appartenant à la gauche.

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