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Mais que fabrique Vladimir Poutine?

Vladimir Poutine REUTERS/Tobias Schwarz

Vladimir Poutine REUTERS/Tobias Schwarz

Il sème le trouble

Vladimir Poutine a l’art de soulever les questions auxquelles les Occidentaux n’ont pas de réponse. Susciter la perplexité fait partie de sa tactique. Que veut le président russe en Syrie? Naguère, l’interrogation portait sur l’Ukraine. La même incertitude réapparait alors que la Russie est soupçonnée d’accélérer ses livraisons d’armes à Bachar el Assad, voire d’envoyer des troupes pour soutenir un régime aux abois.

Officiellement, Moscou dément. Le matériel acheminé vers la Syrie est la mise en œuvre d’accords anciens et les militaires russes sur place ne sont que des «conseillers». Vladimir Poutine a jugé «prématuré» de parler d’un engagement militaire russe dans les combats contre Daech, en ajoutant cependant: 

«Nous assurons à la Syrie un soutien suffisamment sérieux en technologie et en entrainement.»

Il n’en reste pas moins que des mouvements de bateaux russes ont été observés dans le Bosphore. Ils transportaient du matériel militaire. La presse de Moscou a confirmé que des fusils, des lance-grenades, des véhicules blindés de type BTR-82A et des poids lourds avaient été livrés à la Syrie. La Russie a demandé à la Grèce et à la Bulgarie des droits de survol pour des avions contenant de «l’aide humanitaire». A la demande des Américains, Sofia a exigé un contrôle des cargaisons ce qui a amené les Russes à choisir la route de l’Iran et de l’Irak. Selon des informations américaines, des soldats russes se trouveraient déjà en Syrie. Cette présence est attestée par des photos postées sur le Facebook russe, VKontakte avec des selfies montrant des recrues de la 810ème brigade, trop jeunes pour être des «conseillers».

D’autre part, les Russes seraient en train de construire une base pour un millier d’hommes au sud de Lattaquié, dans le fief alaouite de la famille Assad. Lattaquié se trouve au nord de Tartous où la Russie possède sa seule base navale en Méditerranée.

Les Russes vont-ils se battre aux côtés de Bachar el-Assad dans le but avoué de lutter contre l’Etat islamique où combattent quelque 2000 djihadistes venus des pays du Caucase appartenant à la Fédération de Russie?

Fermer un front, ouvrir l'autre

Le risque d’une escalade militaire intervient alors que l’autre front qui met face-à-face les Russes d’une part, les Européens et les Américains d’autre part, semble s’apaiser. Comme l’a confirmé François Hollande au cours de sa récente conférence de presse, le cessez-le feu dans l’est de Ukraine parait pour la première fois depuis les accords de Minsk largement respecté. Les armes se sont tues et les observateurs de l’OSCE ont constaté que le retrait du matériel lourd était effectif du côté des séparatistes comme du côté gouvernemental. La loi de décentralisation a été votée, non sans incidents, par le Parlement de Kiev et des élections pourraient bien avoir lieu avant la fin de l’année dans les régions de l’est. 

François Hollande a précisé que si le processus se poursuivait, il plaiderait pour la levée des sanctions contre la Russie. En tous cas, une réunion dans le format dit Normandie, entre le président de la République, la chancelière allemande, Vladimir Poutine et le président ukrainien Porochenko devrait avoir lieu à Paris au début octobre.

En passe d’atteindre ses objectifs en Ukraine, Poutine a-t-il choisi, avec la Syrie, un autre front pour tester la fermeté des Occidentaux?

En passe d’atteindre un de ces objectifs en Ukraine –la création d’un bastion prorusse dans les régions de Donetsk et de Louhansk –le président russe a-t-il choisi, avec la Syrie, un autre front pour tester la fermeté des Occidentaux et notamment des Américains?  

L’apaisement en Ukraine peut être lui-même interprété comme une manifestation de force du Kremlin: quand il le veut Vladimir Poutine exerce son influence sur les séparatistes. En échange, les Occidentaux pourraient être invités à faire des concessions en Syrie, faute de quoi le Kremlin garde le levier ukrainien en réserve.

Sortir de l'isolement

Les bruits de botte russes sont aussi un moyen pour Vladimir Poutine de renforcer sa position dans la perspective des rencontres diplomatiques qui vont avoir lieu en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à la fin du mois à New York. Le président russe pourrait en profiter pour présenter un plan de solution négociée en Syrie et sortir du relatif isolement où l’a plongé la crise ukrainienne. 

Pour le moment, il n’est pas prêt de lâcher Bachar el-Assad. Il garde cette carte jusqu’au dernier moment. Son objectif est d’éviter l’effondrement du régime et de garantir les intérêts russes dans un pays qui reste son meilleur allié dans le monde arabe. Il peut compter sur l’appui de l’Iran qui soutient Assad. Or Téhéran n’est pas disposé à entrer, immédiatement après la signature de l’accord nucléaire, dans une négociation globale avec les Américains. Barack Obama, pour sa part, doit assurer la ratification de l’accord du 14 juillet avant de lancer une autre initiative diplomatique en direction de l’Iran. Quant à François Hollande, il a remis la France dans le jeu en autorisant des frappes contre Daech en Syrie et il a laissé la porte entrouverte à un maintien provisoire d’Assad au pouvoir en déclarant qu’il devrait partir «à un moment ou à un autre».

Vladimir Poutine en profite pour semer le trouble dans une partie où il a réussi à ramasser plusieurs atouts.

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