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La Syrie entre fin du conflit et partition

REUTERS/Muzaffar Salman.

REUTERS/Muzaffar Salman.

L’incertitude reste totale quand à l’issue du conflit syrien, même si un plan de «solution politique» approuvé par l’ONU pourrait aboutir à une troisième conférence de paix. A terme, une partition, de facto ou négociée, n'est pas invraisemblable.

Les probabilités d’un départ de Bachar el-Assad ou d’une fin du régime syrien ont-elles augmenté depuis la récente avancée de l’organisation Etat islamique et des autres groupes rebelles sur le terrain ou ont-elles plutôt diminué depuis l’accord historique sur le nucléaire iranien? Les Russes et les Iraniens ont-ils changé de position à l’égard de Bachar el-Assad? Qu’en est-il des Américains et de l’opposition «modérée»? Le pays se dirige-t-il vers une partition?

Sans doute, apporter des réponses tranchées à l’ensemble de ces questions constitue un exercice hasardeux tant le conflit syrien se complexifie et se lie davantage, au fil des jours, aux multiples enjeux régionaux et internationaux, eux-mêmes liés et en pleine mutation.

Des revers militaires en série mais…

La première grille d’analyse reste néanmoins l’évolution du rapport des forces sur le terrain. À cet égard, le régime est incontestablement dans une posture moins confortable qu’il y a six mois ou un an. 

Ces derniers mois, l’armée a en effet essuyé une série de revers sur divers fronts, perdant le contrôle de plusieurs villes ou provinces clés dont Ariha, Idleb et Jisr al-Choughour dans le nord et le nord-ouest syrien, ainsi que la ville antique de Palmyre, au centre, qui revêt, au-delà de sa richesse archéologique, une importance territoriale stratégique: celle-ci est située au carrefour de deux axes, l’un qui la relie à Homs et à la côte méditerranéenne (majoritairement alaouite) et l’autre à la capitale Damas, située à 240 km au sud-ouest.

Début septembre, l’organisation Etat islamique s’est en outre emparée d’une partie du champ pétrolifère de Jazal, l’un des derniers aux mains des autorités syriennes, tandis que les rebelles ont pris le contrôle de la dernière base militaire du régime dans la province d’Idleb, désormais vidée de toute présence de l’amée de Bachar el-Assad.

L'autre défaite majeure infligée par «l’armée de la conquête» (Jaish al-Fatah), une coalition de formations islamistes incluant le Front al-Nosra et le groupe salafiste Ansar el-Cham (mais combattant Daech), est la prise de la garnison de la Brigade 52 près de Deraa dans le sud, non loin de la frontière jordanienne. Cette «victoire» constitue un nouveau revers stratégique, puisqu’elle donne accès à la province voisine de Soueida, où l’hostilité à l’égard du régime s’est accrue depuis l’attentat qui a fait une trentaine de morts, dont un important dignitaire druze, ainsi qu’à l’autoroute, située à 10 kilomètres, reliant le sud à la capitale.

Désormais, c’est Lattaquié, la ville portuaire alaouite et fief des Assad, mais aussi la partie nord-est de la province de Hama qui sont dans la ligne de mire de la coalition islamiste, qui a par ailleurs lancé la «bataille d’Alep» début juillet dans l’objectif stratégique d’occuper la partie ouest, encore sous le contrôle du régime, de la deuxième plus grande ville du pays.

Si l’armée, soutenue par des milliers de combattants chiites venus d’Iran, d’Irak et du Liban, réussit pour l’instant à résister sur certains fronts –à Hassaké ou à Alep, par exemple– et tente de reprendre ou d’avancer sur d’autres –comme à Zabadani– et de sécuriser certains axes stratégiques (la route Homs-Damas), il n’en reste pas moins que le périmètre d’influence du régime ne cesse de se rétrécir.

Selon le géographe français Fabrice Balanche, ce dernier contrôle désormais «30% du territoire, contre 40% pour l’Etat islamique, 23% pour al-Nosra et les autres rebelles et 7% pour les Kurdes». «Certes, le régime perd du terrain en termes de superficie, mais la majorité de la population vit encore sous son contrôle», tempère Yezid Sayegh, spécialiste de la Syrie au centre Carnegie à Beyrouth.

Des propos corroborés par les estimations de l’expert français. «En effet, sur les 18 millions d’habitants qui vivent encore en Syrie, 12 millions se trouvent dans des zones contrôlées par le régime, contre 2 à 2,5 millions par l'EI, autant par les autres rebelles, et 1 à 1,5 million par les Kurdes», précise Fabrice Balanche.

Quant à Damas, «le régime contrôle toujours le centre et la banlieue nord (Doumar, Qodsya), tandis que la Ghouta et quelques enclaves montagneuses sont aux mains des rebelles. Mais dans l’ensemble, 90% de la superficie de Damas et de son Rif ainsi que 80% de leur population restent acquis au régime».

En parallèle, le régime continue d’exercer «un monopole sur les institutions de l’État, ce qui lui confère un rôle d’acteur incontournable […] et de refuser même certaines concessions souhaitées par ses partenaires», souligne de son côté le chercheur Kheder Khaddour dans son article «Shielded by the State: Assad’s Monopoly Over Syria’s Public Institutions».

Cette carte, postée le 9 août sur la page Twitter d’un des fondateurs du Institute for United Conflict Analysts (@Karybdamoid), est l’une des plus récentes sur le partage des zones d’influence entre les différents belligérants.

Le moral de l’armée au plus bas 

Cette donne risque toutefois de changer avec les progrès des rebelles sur le terrain. Une grande offensive sur Damas n'est plus aujourd'hui de l'ordre de l'impossible. Fin août, l’EI a d’ailleurs lancé une offensive contre Qadam, un quartier tenu par les rebelles islamistes, dans l’objectif, entre autres, d’avancer vers le centre de la capitale.

Quant à l’Armée de l’Islam, financée essentiellement par l’Arabie saoudite et le Qatar, elle attend le feu vert de ses parrains pour se lancer dans une opération visant à briser le siège imposé dans la Ghouta et à s’attaquer aux zones contrôlées par le régime. Le groupe serait composé d’environ 10 000 combattants –principalement des salafistes libérés par le régime en juin 2011.

Dans ce contexte, des rumeurs circulent sur un possible retrait des troupes loyalistes et du pouvoir politique de Damas, en vue de recentrer les forces dans le «pays alaouite» et d’empêcher une bataille destructive et de longue durée au sein de la capitale, que tous les protagonistes locaux, régionaux et internationaux semblent vouloir éviter. 

Nous sommes obligés dans certaines circonstances d’abandonner des régions pour transporter nos troupes vers d’autres auxquelles nous sommes attachés»

Bachar el-Assad

Ces rumeurs, «pour l’instant infondées, en l’absence de tout signe de repositionnement sur le terrain», selon Yezid Sayegh, sont alimentées, entre autres, par les dernières percées des rebelles et une baisse du moral de l’armée, usée par plus de quatre ans de mobilisations et de combats acharnés sur plusieurs fronts.

Une vaste campagne publicitaire a d’ailleurs été lancée début juillet pour recruter de nouveaux soldats au sein de l’armée, dont les effectifs auraient baissé de moitié en raison des désertions et des lourdes pertes humaines (50.000 militaires et 30.000 miliciens pro-régime depuis le début du conflit, selon des estimations). Le président syrien a même décrété une amnistie pour les déserteurs afin d’inciter le plus grand nombre à rejoindre la troupe. Mais selon The Syrian Observer, seule une minorité aurait répondu à l’appel, même au sein des zones à prédominance alaouite.

Le président syrien a d’ailleurs lui-même reconnu le 26 juillet dernier l’existence d’«un manque de ressources humaines» au sein de l'armée, au cours d’une de ses rares interventions publiques, avouant que celle-ci était atteinte de «fatigue». «Nous sommes obligés dans certaines circonstances d’abandonner des régions pour transporter nos troupes vers d’autres auxquelles nous sommes attachés», avait-il ajouté.

Selon certains experts, le régime chercherait désormais à concentrer ses forces sur les villes centrales de Damas, Hama et Homs ainsi que la région côtière, considérée comme la «Syrie utile» à sa survie.

Car la menace provient non seulement de la baisse des effectifs des forces loyalistes mais aussi, de l'autre côté, du renflouement, sur le plan logistique, militaire et financier, des groupes armés rebelles, soutenus par l’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie et des hommes d’affaires syriens.

Moscou lâchera-t-elle Assad?

À cette nouvelle donne militaire et territoriale s’ajoute la question de l’appui externe au régime syrien, notamment celui de Moscou et de Téhéran, les deux alliés inconditionnels qui l'ont, jusque-là, défendu bec et ongles et empêché ainsi sa chute, contrairement aux dénouements expéditifs observés en Tunisie et en Égypte. Ces derniers seraient contraints désormais de revoir les modalités de leur soutien, à l’ombre de la récente évolution sur le terrain ainsi que celle de certains enjeux géopolitiques.    

Du côté de la Russie, un petit fléchissement semble déjà poindre depuis les derniers revers subis. «Il y a, en effet, des signaux qui le laissent penser. Fin mai, des avions affrétés par le gouvernement russe ont rapatrié 80 citoyens russes de Syrie, essentiellement des familles de militaires, quelques jours après la prise de Palmyre par l'EI», note Julien Nocetti, spécialiste de la politique russe au Moyen-Orient à l'Institut français des relations internationales (IFRI). En outre, «depuis plusieurs mois, la Russie "consulte" activement dans la région: Irakiens, Saoudiens, Egyptiens, etc. Elle a également pris acte des tentatives de médiation, avortées, qu’elle a parrainées entre des représentants du régime et de l’opposition tolérée par Assad, en janvier et avril dernier.»

«Nous ne disposons pas encore d’informations fiables sur l’appui militaire, mais le soutien économique de Moscou aurait, en effet, reculé ces derniers mois», assure de son côté Yezid Sayegh.

Ces données contrastent avec les accusations lancées par Washington début septembre, qui a fait état d’un «renforcement» de la présence militaire russe en Syrie, évoquant le déploiement de chars et de véhicules blindés ainsi que de quelques 200 soldats près de l'aéroport Bassel al-Assad, dans la région de Lattaquié, un fief du régime.

Il n’en reste pas moins que les Russes semblent convaincus de l'urgence de mettre un terme au conflit pour de multiples raisons: Moscou, qui bénéficie de certains intérêts économiques et d’une base militaire à Tartous, craint désormais une désintégration de l’État syrien, qui mettrait en péril ses privilèges, tandis que la montée en puissance des islamistes risque in fine de se retourner contre l’intérieur russe, si le conflit venait à se prolonger davantage.

En effet, quelques 2.000 russophones du Caucase du Nord, de Russie, de la communauté tchétchène de Géorgie, de Turquie et de l'UE combattent désormais auprès de la rébellion islamiste en Syrie, auxquels s’ajoutent plusieurs centaines de combattants venus du sud du Caucase et d'Asie centrale postsoviétique (Ouzbeks, Turkmènes, Kirghizes, etc.).

Cela attise les craintes d’un épaississement de la ceinture «périphérique» islamiste, dont Moscou a tenté de prévenir la formation en soutenant ardemment le régime syrien ces dernières années, sans que cela ne réussisse toutefois à empêcher une recrudescence des groupes djihadistes.

Une révision de la stratégie semble ainsi s’imposer, d’autant que pour de nombreux combattants, la Syrie n’est qu’un terrain d’entraînement avant la grande bataille sur le sol russe. En 2014, l’un des chefs militaires de l'EI d’origine géorgienne, Abou Omar al-Chichani, avait déjà menacé de libérer le Caucase russe, où la rébellion armée islamiste a récemment prêté allégeance à l’EI.

Ce qui est important en Syrie, ce n'est pas le régime,
mais la stabilité

Alexandre Zasypkin

Ces évolutions, alimentées par les dernières victoires militaires en Syrie et le recul des forces loyalistes, risquent donc de poser une sérieuse question de sécurité pour Moscou à l’avenir. Reflétant cette crainte, l’ambassadeur de Russie à Beyrouth, Alexandre Zasypkin, a récemment souligné que «ce qui est important en Syrie, ce n'est pas le régime, mais la stabilité».

Autre élément qui pèse dans la balance: «Rester au centre du jeu diplomatique non seulement syrien, mais aussi moyen-oriental», estime pour sa part Julien Nocetti. «Or, un revirement russe envers Assad réjouirait Riyad, avec qui les relations, tendues à l’époque de Bandar Ben Sultan [ancien responsable des services de renseignement saoudiens, ndlr] ont cédé la place à une apparente embellie, avec la visite prévue en fin d’année du roi Salman à Moscou», souligne le chercheur.

L’idée d’un changement de la position russe commence, en tout cas, à faire son chemin parmi les autres acteurs du conflit. Pour les Américains et Tes turcs, les Russes sont en train de «lâcher» Bachar el-Assad. Mais certains analystes restent prudents. «L’aide russe pourrait en effet reprendre. Nous n’avons pas encore le recul suffisant pour tirer des conclusions», tempère Yezid Sayegh.

De son côté, Bachar el-Assad se veut rassurant. «J’ai confiance dans le soutien russe», a-t-il récemment martelé, précisant néanmoins que le ballet diplomatique actuel à Moscou (avec différents acteurs du conflit) pourrait déboucher sur un nouveau round de négociations, après l’échec de Genève I et Genève II.    

Téhéran, entre deal nucléaire et croissant chiite

Du côté de Téhéran, la position semble moins nuancée –le président iranien Hassan Rohani a encore réaffirmé début juin que «l'Iran soutiendra jusqu'au bout Bachar el-Assad»– même si l’accord historique conclu un mois plus tard, le 14 juillet, avec les puissances occidentales sur le programme nucléaire reste un facteur assez déterminant –et à double tranchant– dans l’évolution des rapports entre le régime syrien et son principal parrain.

Ce deal pourrait en effet renforcer le soutien iranien à Bachar el-Assad, tout comme l’affaiblir. La levée des sanctions économiques constitue, à cet égard, un levier financier que l’Iran pourrait mettre au profit de son allié syrien et du Hezbollah, notamment dans le contexte actuel, où «Assad se trouve dans une mauvaise posture et le Hezbollah est affaibli par son implication en Syrie», souligne Karim Kadjadpour, spécialiste de l’Iran au Centre Carnegie à Washington. «En outre, la politique régionale de Téhéran a été très constante au fil des ans et ne devrait donc pas changer de manière significative», ajoute-t-il.

Les nouvelles donnes militaires et géostratégiques pourraient inciter les Iraniens à s’engager dans un processus de négociation avec les Américains au sujet de la Syrie, du moins «pour préserver certains de leurs intérêts». Quant à John Kerry, «qui a étroitement coopéré avec Javad Zarif, il pourrait également saisir le contexte actuel pour lancer un nouveau round de pourparlers, qui inclurait cette fois l’Iran, contrairement aux tentatives précédentes», ajoute-t-il.

Le 17 août, le Conseil de sécurité de l’ONU a soutenu unanimement une initiative visant à favoriser une solution politique, dans l’objectif de relancer un processus au point mort depuis février 2014 et de mettre fin à un conflit qui a déjà fait 240.000 morts.

Les négociations entre les deux anciens ennemis jurés pourraient même s’élargir «à l’Irak et la lutte contre l’EI» en coordination avec d’autres acteurs, estime l’expert, basé à Washington. Une éventuelle coopération plus globale, «qui serait souhaitée» par le président iranien Hassan Rohani et son ministre des Affaires étrangères, risque néanmoins de buter sur l’opposition du guide suprême et des gardiens de la Révolution, qui «tirent en réalité les ficelles du jeu», tempère Karim Sadjadpour.  

Quoiqu’il en soit, une ligne rouge est à ne pas dépasser pour Téhéran: le nouveau pouvoir à Damas ne devra pas entraver l'axe stratégique entre l'Iran et le Hezbollah et mettre ainsi en péril le «croissant chiite» qui s’étend de l’Asie centrale à la Méditerranée, en passant par la frontière nord de l’État hébreu.

C’est pourquoi, estiment certains, l’Iran serait favorable à l’éventuel remplacement d’Assad par un alaouite, ou un sunnite baasiste, dans le cadre de nouvelles négociations de paix.  

Washington et l’opposition «modérée»

Autre variable majeure dans le conflit actuel et son dénouement, mais aussi le sort des différents belligérants, dont celui de Bachar el-Assad: la Turquie, dont le parti au pouvoir –secoué actuellement de l’intérieur– s’est récemment lancé dans une offensive contre l’EI, après avoir refusé de participer à la coalition internationale, ainsi que contre le PKK et ses alliés syriens. La position de Washington et sa décision d’appuyer militairement l’opposition «modérée» est un autre élément-clé; un programme de 500 millions de dollars a été approuvé par le Congrès en début d’année, visant à entraîner des combattants et à leur apporter un soutien logistique et militaire.

Ce programme s’articule, en parallèle, à une récente décision du président américain d'autoriser d’éventuelles frappes aériennes pour appuyer les avancées réalisées par les rebelles modérés contre l'État islamique et un soutien défensif pour repousser les assaillants, quels qu'ils soient, laissant planer, pour la première fois, la menace de frappes contre l’armée syrienne.

Mais le plan d’entraînement initial, qui prévoit la formation de 5.400 combattants chaque année pendant trois ans, s’est jusque-là heurté à plusieurs obstacles: le faible nombre de candidats, un processus de sélection au peigne fin pour séparer le bon grain de l’ivraie, des désistements ainsi que des démissions, dont celle du général Michael Nagata, en charge du projet. Sur les 400 combattants présélectionnés depuis mai, seuls 90 auraient déjà été formés, tandis qu’un premier bataillon de 54 rebelles dépêchés en Syrie en juillet a été mis en déroute, plusieurs combattants ayant été tués ou kidnappés par le Front al-Nosra.     

Ces débuts tortueux –résultant, entre autres, de la crainte des Etats-Unis de voir leur appui profiter aux groupes islamistes, comme cela s’était déjà produit par le passé avec le Front des révolutionnaires syriens (FRS) et son chef Jamal Maarouf– se conjuguent  à l’absence d’une vision et d’une stratégie claires de la part de Washington à l’égard de la Syrie depuis le début du conflit. Le revirement in extremis en septembre 2013 quant à un engagement militaire contre le régime, au côté de la France, en reste l’une des illustrations les plus édifiantes.

Equation à trois variables

Selon certains experts, cet atermoiement n’était toutefois pas anodin, même si d’autres l’avaient attribué à la politique de désengagement militaire amorcée par Barack Obama au Moyen-Orient à partir de 2009 –un argument désormais moins crédible depuis la formation de la coalition anti-EI.
 

La volonté de partition s’accorderait à celle de nombreux belligérants
sur le terrain

Les Etats-Unis favoriseraient en effet la fragmentation de la Syrie, estiment certains, pour de multiples raisons géopolitiques (Israël, axe syro-iranien, etc.) mais aussi car les trois principaux acteurs qui contrôlent actuellement le terrain sont tous considérés comme des ennemis, qu'il s'agisse de l’EI, d'al-Nosra et ses acolytes ou du régime syrien. Cette équation à trois variables embarrasse Washington, qui voit dans le soutien aux rebelles contre Assad un potentiel appui indirect à al-Qaida et dans l’absence de tout soutien un renforcement de l’Etat islamique et du régime alaouite.

Cette volonté présumée de partition s’accorderait par ailleurs à celle de nombreux belligérants sur le terrain et composantes de la population, dont les groupes islamistes, les Kurdes et la base populaire alaouite. Pour les premiers, dont les plus radicaux ont déjà auto-proclamé un califat, la bataille d’Alep constitue, à cet égard, une condition essentielle pour la formation d'un futur État indépendant. Une éventuelle chute de la capitale du nord enfermerait, en outre, le régime dans une poche de territoires situés entre Damas et le littoral et accentuerait ainsi la probabilité d’une partition de facto.

Quant aux Kurdes, ils ont déjà annoncé en novembre 2013 la création d’une administration autonome de transition dans trois zones du pays, dont la Djezireh («l’île», en arabe), qui correspond à l’actuelle province de Hassaké. L’éventuelle création d’un «Kurdistan syrien», à l’instar du Kurdistan irakien, s’inscrirait dans le cadre du projet historique d’un peuple, écartelé entre quatre pays de la région, qui cherche inlassablement à se doter d’un Etat-nation.

Enfin, l’idée d’une partition du pays semble avoir également fait son chemin parmi les alaouites, estime Fabrice Balanche, même si le régime continue de défendre, du moins au niveau du discours officiel, le principe d’une Syrie forte et unie.  

À cet attachement d’Assad au rêve baasiste d’une Grande Syrie s’ajoute la position de la Russie, pour qui l'intégrité territoriale ne doit pas être remise en cause. Enfin, l’opposition «laïque», représentée par la Coalition nationale syrienne (CNS) et des indépendants, notamment de gauche, s’oppose également à tout projet de «balkanisation», mais dans l’optique d’une Syrie unie et démocratique.

Le chemin vers une partition négociée et approuvée par l’ensemble des acteurs ainsi que la communauté internationale reste donc long –notamment car le processus poserait, entre autres, l’épineuse question d’une reconnaissance de facto du «Califat» autoproclamé par l’EI. Il n’en reste pas moins qu’en cas d’échec des nouvelles négociations et d’un prolongement ad vitam æternam du conflit, la Syrie risque de se diriger vers une partition de facto, qui pourrait durer des années, voire plus.

 

Cette carte, postée le 9 août sur la page Twitter d’un des fondateurs du Institute for United Conflict Analysts (@Karybdamoid), est l’une des plus récentes sur le partage des zones d’influence entre les différents belligérants.

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