Sports

Justine Henin, les chances d'un retour gagnant (MàJ)

Yannick Cochennec, mis à jour le 08.01.2010 à 14 h 53

Réussir la fin de sa retraite.

A peine de retour sur les courts, Justine Henin retrouve non seulement une finale mais également son ancienne grande rivale Kim Clijsters au tournoi de Brisbane. Les deux Belges se défieront pour le titre après avoir facilement disposé de leurs adversaires des demies.

Kim Clijsters, ex-retraitée et jeune maman de 26 ans, avait effectué un retour gagnant en remportant son deuxième titre du Grand Chelem à l'US Open en septembre dernier, après une pause de deux ans. Cet article, paru lors de l'annonce du retour de Henin à la compétition, revenait sur les chances de succès de celle-ci, et pariait sur un retour gagnant.

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A qui le tour? En annonçant, mardi 22 septembre, qu'elle interrompait sa retraite pour reprendre la compétition, Justine Henin, 27 ans, s'est positionnée dans le sillage immédiat de sa compatriote Kim Clijsters, revenue au tennis après avoir affirmé, en 2007, qu'on ne l'y reprendrait plus. Clijsters souhaitait alors donner la priorité à sa vie privée en se mariant et en donnant naissance, quelques mois plus tard, à une petite fille.

On sait ce qui est arrivé. En août, la Flamande de 26 ans a repris le chemin du circuit professionnel et est devenu, à l'US Open, la première maman couronnée dans le Grand Chelem depuis l'Australienne Evonne Cawley-Goolagong, victorieuse à Wimbledon en 1980.

Justine Henin a, elle, déposé brutalement son sac de championne en mai 2008 et avait répété sur tous les tons qu'il s'agissait là d'une décision définitive. «J'ai tout vécu et tout connu», avait-elle déclaré pleine de lassitude. En marge du tournoi de Roland-Garros, il y a quatre mois, elle avait trompeté une nouvelle fois qu'elle avait définitivement tourné la page. La preuve: elle chantait désormais dans des émissions de télé avec Lara Fabian et annonçait urbi et orbi qu'elle allait monter sur les planches à l'occasion d'une tournée théâtrale.

Open d'Australie

Jusqu'à mardi soir, donc, où elle a préféré revenir sur une scène plus familière: un court de tennis. Après quelques exhibitions au cours de l'automne, la joueuse qui, rappelons-le, était n°1 mondiale au moment de ses «adieux», se relancera officiellement en janvier 2010, en Australie, avec en point d'orgue le premier tournoi du Grand Chelem de l'année, à Melbourne.

Partir, revenir... Ou l'histoire de nombreux champions revenus sur leur décision de tout plaquer, comme s'ils étaient incapables de s'inventer une autre vie. Alors qu'elle avait elle-même souhaité opérer ce virage dans sa vie, Justine Henin avait admis, le 16 mars dernier, dans les colonnes de «L'Equipe» qu'elle en avait payé le prix sous la forme d'une dépression. Paroles saisissantes: «Les deux-trois premiers mois, j'avais peur de grossir, peur du vide. J'ai pratiqué beaucoup de sport, j'ai repris mes études. L'équivalent du bac. Je suis partie dans les îles grecques pour me ressourcer. Puis j'ai été opérée à huit jours d'intervalle du genou droit et des yeux (implants de lentilles définitives). Ça m'a mise sur le flanc. J'ai ressenti un contrecoup et, à ce moment-là, moralement, ça a été très dur. J'ai eu un gros coup de blues et j'ai craqué. C'est là qu'une petite chienne est arrivée dans ma vie, un petit bâtard nommé «Deuce». Elle m'a ramenée à la vie normale. J'ai dû me poser pour elle. À la fin de l'année dernière, je n'étais pas bien. Le fameux petit coup de dépression que les sportifs connaissent après leur retraite, j'ai dû en passer par là, moi aussi. Chercher un nouveau sens à donner à ma vie. Vivre sans tennis, peut-être avec moins d'intensité.»

«Qu'est-ce qui n'allait pas?», lui demanda la journaliste Dominique Bonnot. «J'avais vraiment envie de redevenir quelqu'un comme tout le monde. Or, c'est impossible. Je ne serai jamais comme tout le monde.»

«Petite mort» du champion

Tout est dit, ou presque, dans ces quelques phrases qui pourraient servir d'antienne à tant d'autres «shootés» à la victoire depuis leur plus jeune âge. Impossible de retomber sur terre sans dommages quand on est monté si haut, jusqu'à devenir une étoile de sa discipline. L'insupportable «petite mort» du champion que l'on soit mère de famille, comme Kim Clijsters, ou seule avec un toutou, comme Justine Henin.

Dans un article du Sunday Times, publié cet été, Ivan Lendl, autre ancien n°1 du tennis, a très bien décrit ce passage de l'«après»: «Eh bien, la vie devient soudain différente. Vous devez réviser votre système de valeurs et réaliser rapidement que tout ne tourne pas autour de vous tout le temps. Sinon, vous rencontrez des problèmes. J'ai été entraîné toute ma vie pour la compétition et je ne pouvais pas m'imaginer m'éloigner de la compétition et c'est là que le golf est arrivé. Le golf m'a permis de combler mon besoin de compétition. Je suis nerveux avant de jouer. J'éprouve la même excitation que lorsque je jouais au tennis. J'adore ça.»

Lendl a quitté le circuit professionnel à 34 ans, à un âge respectable, tandis que Kim Clijsters et Justine Henin s'en étaient «allées» à 24 et 26 ans, victimes d'un ras-le-bol qu'elles avaient transformé en retraite au lieu de s'accorder une pause pour prendre le temps d'envisager la suite. Michael Jordan, le plus grand basketteur de l'histoire, s'était montré aussi radical qu'elles en 1993 quand, à 30 ans, il avait choisi de quitter les parquets au faite de sa gloire pour aller tenter sa chance sur les terrains de base-ball. Au bout de 18 mois, il revint dans le sport où il excellait pour s'adjuger trois nouveaux titres NBA avec les Chicago Bulls avant de jeter l'éponge en janvier 1999... Et remettre le couvert et le maillot en 2001 pour le compte, cette fois, des Washington Wizzards dont il est devenu l'un des actionnaires.

 



Nikki Lauda fut un autre «retraité» couvert de gloire. Tandis qu'il s'était retiré des circuits de Formule 1 en 1979, après avoir conquis deux titres de champion du monde en 1975 et 1977, il remit son casque en 1982, à 33 ans, pour coiffer sur la ligne d'arrivée Alain Prost lors de la saison 1984, où il redevint le meilleur pilote du plateau. Plus près de nous, Lance Armstrong, 3e du dernier Tour de France alors qu'il avait mis pied à terre en 2005 après sept victoires consécutives dans la Grande Boucle, a prouvé que l'ego d'un champion pouvait grimper mais aussi renverser des montagnes, malgré 37 ans bien sonnés. N'oublions pas non plus le boxeur George Foreman qui sonna le gong de sa retraite en 1977, remit les gants en 1987, redevint champion du monde et se retrouva encore sur le ring en 1997, à 48 ans.

Nombreux ont été ceux qui ont regretté que Michael Schumacher, retiré des circuits depuis 2006, ne puisse pas reprendre, comme cela avait été prévu, à 40 ans, le volant de la Ferrari de Felippe Massa, en août, lors du dernier Grand Prix d'Europe de Formule 1 en raison de douleurs récurrentes à la nuque. Aurait-il réussi dans son entreprise comme toutes les gloires précitées ou aurait-il échoué, comme d'autres? Car remettre sa tenue de champion n'est pas une garantie de succès.

Ratés

Deux ratés, tristement spectaculaires, l'ont démontré. En 1992, Mark Spitz, 20 ans après ses sept médailles d'or olympiques décrochées aux Jeux de Munich qui avaient correspondu à ses adieux sportifs, avait étrangement «replongé» en essayant de se qualifier pour les Jeux de Barcelone. Mais il fut loin du compte. Björn Borg mordit, lui, la poussière de la terre battue de Monte-Carlo lorsqu'il remit son célèbre bandeau à l'occasion d'un abracadabrantesque retour sur le devant de la scène, en 1991, alors qu'il avait raccroché en 1982. Il enchaîna un total de 12 matches et de... 12 défaites jusqu'en 1993.

Personne ne doute, en revanche, du succès de Justine Henin dans son entreprise, surtout à l'aune de la réussite de sa compatriote Kim Clijsters, qui l'a probablement convaincue de franchir le Rubicon. Reste à savoir ce qu'en pense Laure Manaudou, jeune retraitée de 22 ans depuis quelques jours et, paraît-il, future mère dans quelques mois. «C'est décidé, j'arrête, a-t-elle confié au Parisien. Ce n'est pas un coup de tête, ça a mûri doucement. L'envie n'est pas revenue.» Des propos que l'on aurait pu mettre, récemment, dans la bouche de Justine Henin. Et puis que Laure se rassure: on peut être mère de famille et championne de natation. L'Américaine Dara Torres a conquis trois médailles lors des Jeux de Pékin en 2008 après avoir donné naissance à une petite fille en 2006 à l'âge de... 39 ans. Laure Manaudou, qui n'a connu que la natation, ou presque, dans sa courte vie, s'apercevra très vite que cette existence, et tout ce qui va avec (argent, exposition médiatique...), lui manque terriblement. Et renfilera son maillot dans le même tohu-bohu qui, en Belgique, salue la fin de la retraite de Justine Henin. A moins qu'elle ne se mette au golf, comme Lendl...

Yannick Cochennec

Image de Une: Justine Henin pendant la finale de l'US Open 2007, REUTERS/Jeff Zelevansky

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