Partager cet article

Faut-il exhumer les reliques de la littérature?

Cali to Chicago à Helendale, CA, Etats-Unis?  Domaine public via Wikipedia.

Cali to Chicago à Helendale, CA, Etats-Unis? Domaine public via Wikipedia.

Qui peut assurer à 100% que Michel Houellebecq ne sera pas, disons, le Guy Mazeline des années 2080? Comment ça nous ne savez plus qui est Guiy Mazeline?

La littérature est un caveau. Les squelettes y coudoient momies et mort-vivants. Et à l’obituaire des écrivains, il manquera toujours un nom. Dans 1900, Morand, homme de lettres d’un autre siècle, cite Valéry. Lequel selon lui racontait l’anecdote suivante: «"Pour moi, disait un jour Zola à Mallarmé, tout à la même valeur, le diamant et la merde". Mallarmé répondit doucement: "Le diamant c’est plus rare"». Comme quoi, le mistigri des mots d’esprit n’est pas forcément vecteur de gloire posthume: chacun sait (plus ou moins) qui est Paul Valéry, mais qui lit encore Paul Morand?

Brillant diplomate, fin gastronome, amateur de palaces et de grosses cylindrées, Paul Morand risqua sous l’Occupation des fréquentations malencontreuses d’outre-Rhin, et toujours des pages racornies et virulentes, ce qui lui vaudra d’être durablement ostracisé. 

Sous des dehors légers et teintés d’ironie, l’antisémitisme n’est au reste pas absent de sa correspondance d’après-guerre avec Roger Nimier, l’auteur des Epées, le «hussard» fameux des lettres française, à la fois romancier, scénariste et éditeur, son cadet de près de 40 ans avec qui il se lia d’une solide amitié, jusqu’à l’appeler «fils», tandis qu’en retour l’autre lui donne du «Popaul» à l’occasion. Qui lit encore Roger Nimier?  

De gauche à droite: Léon-Paul Fargue (1876-1947), Maurice Ravel (1875-1937), Georges Auric (1899-1983), Paul Morand (1888-1976). Via Wikipedia, Domaine public

Gallimard édite à présent ladite correspondance. Elle court de 1950 à 1962. Elle n’était pas destinée à la publication. Scories d’écrivains? Emaillés de piques homophobes – «Moine ou pédéraste? J’aime encore mieux devenir gousse, ça fait moins mal». Réponse: «Vous avez raison: lesbienne ce serait l’idéal. Je crois que certains hommes le sont» –voire de «Sieg Heil» du meilleur goût, ces bouts de prose, tantôt truculents, tantôt parodiques, sont pourtant un régal: «Que des vagues de chrysanthèmes lèchent tes pieds et qu’un rideau de bulles te cache les noirceurs du sombre empire de ce monde».

Aujourd’hui, Roger Nimier échappe, sinon au purgatoire, du moins à l’enfer. Mais Morand: perle de culture, ou surgeon? C’est toujours la même question –insoluble: faut-il (pré)juger des écrivains pour leur (pauvre) existence, ou bien pour leurs (riches) écrits? A la vérité, c’est sur ces deux versants que la postérité tantôt les éclaire, tantôt les ombrage. Toute littérature est une Atlantide en puissance. 

On devrait faire une grande maison de retraite, où l’on placerait les anciens prix littéraires. Ils s’occuperaient de travaux de jardinage

Roger Nimier, 1957

Page 113: «Avez-vous gardé un souvenir des romans de Guy Mazeline? Il supplie qu’on en réimprime deux. C’est triste, un ancien prix Goncourt. Dans le fond, poursuit Nimier dans cette lettre de 1957, on devrait faire une grande maison de retraite, où l’on placerait les anciens prix littéraires. Ils s’occuperaient de travaux de jardinage. Ou bien, ils rédigeraient un grand dictionnaire des fautes de français (avec des exemples tirés de leurs œuvres). Et nous donnerions des galas culinaires à leur profit ». Qui connaît encore Guy Mazeline –fût-ce de nom ?

Guy mazeline en 1932, via BNF/ Wikipedia, Domaine public

Qui restera de ce siècle?

Extrapolons. Qui peut assurer à 100% que Michel  Houellebecq ne sera pas, disons, le Guy Mazeline des années 2080? Est-il au contraire notre «contemporain capital», tel qu’André Gide fut baptisé en son temps? Ou notre Louis-Ferdinand Céline, plutôt?

Houellebecq lui-même a eu le Goncourt, à l’instar de Proust, de Céline… et de Mazeline. Mais au contraire de Gide. Et de Gracq qui, lui, l’a carrément refusé! Comme quoi, le Goncourt n’est pas une assurance-vie. Soumission, le dernier roman de Houellebecq, se place tout entier sous les auspices de Joris-Karl Huysmans: le narrateur, universitaire thésard, a consacré sa vie à étudier l’auteur d’A rebours, dont il observe au passage que «ce chef d’œuvre était une impasse; mais n’est-ce pas le cas de tous les chefs d’œuvres?» –pensant peut-être à son propre ouvrage. 

Mais qui lit, qui connait à fond Huysmans, de nos jours– à part Houellebecq et l’espèce en voie de disparition des personnes cultivées. La preuve: dans la Pléiade, gage d’immortalité comme chacun sait, Huysmans ne figure pas. Or voilà le narrateur de Soumission pressenti pour réparer cette «omission inexplicable» et se voir confier l’élaboration du volume dans la prestigieuse collection: 

«Oui, vous travaillez pour l’éternité… - C’est toujours un peu prétentieux de l’affirmer; mais enfin oui, c’est notre ambition, en tous cas.»

Et l’auteur de commenter cet échange verbal avec l’ironie acide qu’on lui connaît: «ça se passait bien, je trouve, nous fusionnions autour de valeurs communes, ça allait baigner dans l’huile, cette Pléiade»

Soumission, cimetière littéraire

Léon Bloy par lui-même, domaine public via Wikipedia

De fait, Soumission consiste, pour une bonne part, à affabuler la problématique exhumation des vieilles gloires littéraires: Léon Bloy (aux oubliettes); le Parnassien José Maria de Heredia; Leconte de Lisle... Ce dernier, «méprisé, considéré comme ‘’un honnête artisan sans génie’’, pour parler comme les auteurs d’anthologies», quoiqu’il ait, dixit Houellebecq, «écrit dans ses vieux jours certains poèmes étranges, qui ne ressemblaient pas du tout à ce qu’il avait écrit auparavant, ni à ce qu’on écrivait à son époque, qui ne ressemblaient à vrai dire à peu près à rien du tout, et dont on pouvait dire à première vue qu’ils étaient complètement barrés.» Voilà qui donne envie! Mais par une fatalité à la puissance 2, celui à qui reviendra in fine la palme posthume, ce n’est pas au poète disparu, méconnu et justement célébré, mais à son thuriféraire (fictif), Loiseleur, lequel, si l’on en croit le narrateur, «avait eu le premier mérite de les exhumer, et le second de parvenir à en dire un peu plus, sans parvenir à les inscrire dans une filiation littéraire réelle (…)» et qui avait «ainsi acquis, dans ce domaine où il n’avait aucune concurrence, une certaine notoriété…»

Autant dire que pour Houellebecq, à l’ère du commentaire «savant», le génie créatif succombe, immanquablement étouffé par la cuistrerie de l’exégète. Ailleurs encore: 

«Mes doctorants m’avaient fait pas mal chier dans la journée avec des questions oiseuses, du genre pourquoi les poètes mineurs (Moréas, Corbière etc.) étaient considérés comme mineurs, qu’est-ce qui les empêchaient d’être considérés comme majeurs (Baudelaire Rimbaud Mallarmé pour aller vite; après on saute à Breton). Leurs questions n’étaient pas désintéressées tant s’en faut, c’étaient deux doctorants maigres et méchants dont l’un avait envie de faire une thèse sur Cros, l’autre sur Corbière, mais en même temps ils ne voulaient pas se griller…»

Soumission, grand cimetière sous les lunes d’une littérature endeuillée, de Péguy à Léon Bloy, est, latéralement, une charge vengeresse contre l’inanité d’une certaine recherche universitaire. Si Nietzsche est une «veille pétasse» (sic),  l’auteur des Particules élémentaires voue accessoirement une détestation particulière à Jean Paulhan, l’auteur il est vrai assez abscons des Fleurs de Tarbes, qui fut surtout une éminence grise du monde intellectuel du second XXème siècle, et le puissant patron de la NRF. Paulhan, combien de divisions?

Ressusciter Max Jacob

Qu’est-ce donc qui constitue la distinction entre un poète grand poète et un excellent poète qui n’est pas grand? C’est la part d’insondable que contient une œuvre

Max Jacob

Qui lire? Qui exhumer du néant? Qui redécouvrir? Max Jacob, romancier, peintre, poète et martyr, fut une figure essentielle de l’univers intellectuel du premier XXème siècle. Il faut souhaiter bonne chance à ses Méditations religieuses, somptueusement rééditées par La Table Ronde cet été, avec L’Homme de cristal, plus une conférence inédite millésimée 1937, La Vérité du poète, le tout agrémenté de dessins de sa main et de photos de lui, prises par ses bons amis: Man Ray, Cocteau… Jacob s’interroge: 

«Qu’est-ce donc qui constitue la distinction (…) entre un poète grand poète et un excellent poète qui n’est pas grand? (…) C’est la part d’insondable que contient une œuvre.»

Douloureux et mystique, l’homme n’aimait que Dieu et les garçons. Il eut une liaison compliquée avec le sulfureux Maurice Sachs (encore un fantôme). Max forniquait entre deux confessions, claquemuré dans les piaules où il se plaisait à vivre, quoiqu’il finît par gagner assez bien sa croûte: au 7 de la rue Ravignan, à Montmartre, il logea, jeune, dans un appentis qui sert aujourd’hui de local-poubelles. Ses visiteurs d’alors ont noms Apollinaire, Reverdy, Cingria, Picasso, Juan Gris –excusez du peu. Pourtant, Jacob mourra seul, en 1944, interné à Drancy, une étoile jaune fichée sur sa Légion d’honneur. Tout disponible qu’elle soit en 2015 «dans les bonnes librairies» sous forme de pavé «quarto» chez Gallimard, son œuvre lui survit-elle, au XXIème siècle? 

Et Henri de Régnier

Un autre cas? Prenez celui d’Henri de Régnier –encore un astre mort dans la galaxie des belles-lettres. Patrick Besnier lui consacre une biographie, parue cette année chez Fayard dont la qualité est d’entrer scrupuleusement dans le détail; et la limite, de ne proposer qu’un point de vue pétri d’indulgence. 

De souche aristocratique mais désargentée, provincial monté à Paris, Régnier commence par versifier dans les pas de Mallarmé, dont il fréquente les «mardis». Démodé par avance, il portera le monocle jusqu’à la tombe, cinquante ans après le symbolisme et trente ans après la Belle époque. Poète (avec des vers du genre: «Et, merveilleux combat héraldique et païen/ On ne reverra plus se heurter sous les branches/ Le Centaure au poil rouge et la Licorne blanche»), puis romancier, auteur de contes, feuilletoniste intarissable –Les Amants singuliers, La double maîtresse, Le Passé vivant, La Peur de l’amour, La Pécheresse (à eux seuls les titres sont tout un programme…).  Académicien, Régnier sera, si c’est dieu possible, plus mondain encore que Proust, ou que Valéry, mais sans le génie absolu du premier, et sans l’apothéose tardive du second,  bronze officiel de la Troisième République. Pas un salon ne lui échappe: Marie-Laure de Noailles, Martine de Béhague (la muse et maîtresse de Paul Valéry) et j’en passe. Le Journal de Gide, évoquant celui de Jeanne Muhlfeld, assure: 

«Rien ne dira l’inanité, la médiocrité, la sottise des conversations qu’on tient dans ce salon; mais on y va tout de même, et bien peu sauraient dire pourquoi». 

Régnier, lui, passera toute sa vie à se fatiguer en sautant comme un cabri de l’un à l’autre. Epuisé, il finit par s’éteindre en 1936, à soixante- douze ans. Le «gens–de–lettres» à l’état pur. Toute une époque.

Admirateur de Sully Prudhomme (qui le lit encore, lui?), Régnier commence par épouser la fille du poète des Trophées, Jose Maria de Heredia, susnommé. Beau mariage, mais blanc. Car Marie copulera beaucoup –ailleurs. Avec le poète (survivant?), Pierre Louÿs, d’abord (et même avant, puis pendant), lequel lui fait un mouflet, surnommé «Tigre». Régnier le reconnait d’emblée pour son fils, convenances obligent. La deuxième fille Heredia est amatrice d'écrivains: de Jean-Louis Vaudoyer à Henry Bernstein, en passant par Edmond Jaloux, Emile Henriot, etc. (autres gloires éteintes). Tous y passent. Henri, éternel mais digne cocu, s’accommode en façade de cette insatiable fureur. Madame de Régnier publie elle-même des romans, sous un nom d’homme: Gérard d’Houville. Ils connaissent un certain succès immédiat –mais sans lendemain. C’est qu’Henri, bon prince, en assure la promo dans ses chroniques du Figaro. Reconnaissante, Marie? Femme au foyer, elle intime son époux de faire changer le lino de la cuisine, les peintures de la salle de bain… Le biographe Besnier n’a même pas cru devoir intégrer  «Marie de Régnier, née Heredia» dans son index, c’est dire dans quelle estime il la tient! On peut oublier Gérard d’Houville.

Honni par Maurras, tôt brouillé avec Gide, méprisé par Breton, haïssant quant à lui les Daudet et dédaignant Céline, volontiers pasticheur du style XVIIIème et idolâtre de Versailles, plus encore qu’un «écrivain-de-son-temps», Régnier est un anachronisme vivant. Il chante les nymphes, les ruisseaux, les fleurs, le charme suranné de la province, les belles demeures, les antiquités, Venise, les voyages mondains, accessoirement les névroses vénériennes. Lecteur compulsif, il bouffe à tous les râteliers de la littérature contemporaine, mais sans parvenir à distinguer clairement le grain et l’ivraie. Il sera ami de Vielé-Griffin (autre relique!) puis de Paul Morand (tendance maréchaliste, comme on l’a vu), mais ne croisera jamais l’immense écrivain Valery Larbaud (l’arriviste du quai d’Orsay Alexis Léger –futur barde des lointains sous l’évanescent pseudo Saint John Perse– faisant obstruction). Il fraye avec le poète pastoral et bigot Francis Jammes– encore un passé à la trappe! –mais ne prend pas un instant la mesure, par exemple, de l’immortel poète des Elégies de Duino, Rainer Maria Rilke. Et s’il rend hommage à Proust, c’est post mortem: au moment de sa publication, il aura jugé Du côté de chez Swann… «inabouti». Bref, forte myopie, en dépit du monocle. 

La fin de l'oisiveté lettrée

Plus globalement, ce qui frappe, dans la description pointilleuse que fait Patrick Besnier de ce petit (ou grand) monde, c’est son étroitesse presque strictement franco-française, son odeur  rance de coterie endogamique. En creux, la NRF des compères André et Gaston (Gide & Gallimard) apparaît rétrospectivement infiniment plus exigeante,  moderne, ouverte. Ainsi vont les cénacles et les réputations: imprévisibles, volatiles. Emilie Driard, auteur célèbre de romans guerriers? Disparu. Robert de Bonnières, chroniqueur, poète et romancier? Disparu. La liste est infinie.

Remontons plus loin: adieu, Ô République des Lettres, si délicatement célébrée par Marc Fumaroli, dans un recueil qui combine haute érudition et incomparable élégance de plume! L’académicien émérite y rappelle ce que fut, sous «l’Ancien Régime français à son zénith», le règne du «loisir lettré», ce «temps de luxe dont jouissait une minorité de Français soustraits à une vie de labeurs physiques et manuels…», cette «économie des loisirs, dont la vaste gamme allait du loisir-repos chevaleresque du guerrier au loisir lettré et urbain, au loisir studieux de l’érudit, au loisir contemplatif du moine», et qui, «loin de signifier l’oisiveté stérile» (…), le rendait «très productif en biens spirituels et en richesses symboliques». 

Cette oisiveté luxueuse en voie de disparition, qui peut être assuré du sort que la postérité réserve aux BHL, Sollers,  Beigbeder et consorts–  pour ne citer qu’eux? Dans ses Conversations d’un enfant du siècle, livre d’entretiens, justement, avec quelques hautes figures de l’intelligentsia et de la littérature du tournant du siècle, d’Umberto Eco à Antonio Tabucchi, de Bernard Frank à Alain Finkielkraut, de Françoise Sagan à Jean d’Ormesson…–  notre Frédéric confesse:

«Si Alexandre Dumas vivait aujourd’hui, ne ferait-il pas du cinéma? En comparaison, la littérature est un art quasi moribond». Anticipation qui lève par avance tous les remords: si la littérature est déjà morte, elle n’a plus besoin de lecteurs.

Les auteurs finissent toujours par avoir les lecteurs qu’ils méritent

Mais le roué Beigbeder sait bien que, même ressuscités sur le tard, les auteurs finissent toujours par avoir les lecteurs qu’ils méritent. C’est le cas d’un Maurice Rheims (1910-2003), qui fut un classique dans les années 1970. Sous forme de deux petits volumes de ses Cahiers rouges, Grasset ranime les braises de cet historien de l’art comme on n’en fait plus, désinvolte autant qu’érudit, commissaire-priseur et académicien, quoique parfait autodidacte. S’immerger aujourd’hui dans sa Vie d’artiste, c’est plonger dans le bain émollient d’ une langue légère, savoureuse et précise, qui –pour évoquer tout aussi bien  l’état de fortune que le vêtement de l’artiste-plasticien au fil des siècles, sa relation au suicide, sa formation, son rapport au pouvoir ( par exemple la situation du peintre de cour),  les typologies du tableau, depuis l’art du portrait jusqu’aux codes de la peinture d’histoire, les modalités de la diffusion artistiques, des salons aux collectionneurs…  - passe du coq-à-l’âne avec une liberté qu’aucun chercheur actuel ne s’autoriserait plus.  

Un  dernier exemple? Prenez un type comme Henri Calet, l’auteur du Tout sur le tout, gros succès en 1947. Avant de mourir à 52 ans, il fut journalise à Combat et chroniqueur radio très connu de l’après-guerre (la seconde). Le Dilettante, au printemps dernier, a eu la bienveillante initiative d’éditer ses Huit quartiers de roture, guide à la fois érudit, subjectif et désenchanté d’un Paris disparu, celui des XIXème et XXème arrondissements. Sur des sites à présent totalement métamorphosés –Saint-Fargeau, Belleville, le Père-Lachaise…–  ce flâneur de la rive droite dépose pour nous rétrospectivement sa poésie sans apprêt, faite de notations simples. Préfacés par Jean-Pierre Baril, ces textes  firent, en 1952, l’objet d’une adaptation radiophonique, dont l’éditeur joint au volume un CD d’extraits, dont le délice tient pour une bonne part à ce que la voix de Calet s’entrelarde de chansons anciennes, ce qui nous vaut par exemple –ces couplets immortels de Pierre-Jean de Béranger – barde, en son temps, plus renommé que Victor Hugo – millésimés 1817, évoquant les retrouvailles de deux grognards,  vétérans de la retraite de Russie: «Te souviens-tu? Mais ici ma voix tremble/ Car je n’ai plus de noble souvenir;/ Viens t’en l’ami, nous pleurerons ensemble/ En attendant un meilleur avenir. / Mais si la mort, planant sur ma chaumière,/ Me rappelait au repos qui m’est dû,/ Tu fermeras doucement ma paupière, / En me disant: Soldat, t’en souviens-tu?»  - piano et ténor! On en a la larme à l’œil. Comme quoi, il en va des pépites de la littérature comme des fouilles archéologiques: il suffisait d’attendre.  

A LIRE AUSSI

Michel Houellebecq. Soumission. Roman. Flammarion. 21€

Paul Morand, Roger Nimier. Correspondance, 1950-1962. Gallimard. 34€

Max Jacob. La Vérité du Poète. Proses, poèmes, conférence inédite.  La Table ronde. 30€

Patrick Besnier. Henri de Régnier, de Mallarmé à l’Art déco. Biographie. Fayard. 32€

Frédéric Beigbeder. Conversations d’un enfant du siècle. Entretiens. Grasset. 20€.

Marc Fumaroli. La République des lettres. Essai.  Gallimard. 25€

Henri Calet. Huit Quartiers de roture. La Différence. 20€

Maurice Rheims. La vie d’artiste. En deux tomes : 1, Les artistes ; 2, L’art. Les Cahiers rouges. Grasset. 10,50€/11,50€

 

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte