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Aux États-Unis, les gens font feu plus rapidement sur des personnes noires

Image extraite de la vidéo montrant le meurtre de Walter Scott par un policier, en avril 2015.

Image extraite de la vidéo montrant le meurtre de Walter Scott par un policier, en avril 2015.

Un nouveau rapport met en avant un nouveau biais entre les blancs et les noirs.

La communauté noire américaine a connu de nombreuses tragédies ces dernières années, avec bien souvent, le même scénario: un jeune homme noir (ou une jeune femme noire), non armé, est abattu par un policier, souvent blanc, dans un contexte qui ne justifiait pas forcément des tirs. Walter Scott, Michael Brown… Ces noms sont devenus le symbole de la violence policière et du racisme ordinaire.

Une nouvelle étude, réalisée par l’université de l’Illinois, a tenté d’expliquer pourquoi ce genre de coups de feu était tiré aussi rapidement. Le site Motherjones, qui relaie l’étude, explique que «le biais racial peut affecter la décision de tirer chez quelqu’un, même si les tireurs ne réalisent pas qu’il y avait ce biais dès le départ.» La chercheuse Yara Mekawi et son équipe ont rassemblé les données de 42 études qui proposaient à des volontaires de réagir face à des cibles représentant des personnes blanches ou noires, armées ou non.

Il apparaît désormais que les gens sont plus à même de tirer sur des cibles montrant des personnes noires que celles avec des blancs. Dans le détail de l'étude, on remarque aussi que le coup de feu était tiré plus rapidement si la personne noire était armée, et que la décision de ne pas tirer sur une personne noire non armée était plus longue à prendre que si elle était blanche. Dans les États où le port d’armes est moins stricte et où la diversité est plus importante, le constat est encore plus dramatique.

L'effet turban

Il y a quelques mois, après les attentats de Charlie Hebdo, Aude Lorriaux rappelait sur Slate.fr d’autres expériences menées dans ce sens, mais avec des personnes portant des turbans. «La menace, expliquait alors le chercheur en psychologie sociale Thomas Arciszewski, était alors perçue comme plus grande juste à cause du turban, l’effet était même renforcé lorsque l’existence du terrorisme était rappelée aux participants.»

Pour la chercheuse responsable de cette nouvelle étude au États-Unis, le constat le plus troublant est ailleurs, comme elle l’a expliqué à la radio NPR:

«Cela montre surtout que, peu importe que la personne dise qu'elle n'est pas raciste ou qu'elle n'a pas de préjudices, l'origine peut quand même avoir une influence les décisions qu’elle prend en moins d’une seconde.»

Mais comment cette idée intrinsèque se met-elle en place dans nos esprits?

La peur de l'autre est conditionnée par notre cerveau

Mother Jones explique qu’il existe un conditionnement biologique à la peur de l’autre qui peut se mettre en place au sein de notre cerveau, et que nous ne contrôlons évidemment pas. Selon le neurologue David Amodio, qui participait l’année à un podcast du site, tout se joue autour de l’amygdale, une partie de notre cerveau qui s’active notamment quand nous sommes en présence de personnes d’origine différente. 

«L’amygdale est impliqué dans l’apprentissage, expliquait-il alors, et plus précisément dans l’apprentissage du conditionnement à la peur… Le problème est que, parce que notre culture est remplie de stéréotypes raciaux, beaucoup d’entre nous “apprennent des informations fausses et préjudiciables à propos de ceux qui ont l’air différents. Et l’amygdale opère très rapidement, bien avant que notre conscience ait le temps de réagir.»

Cette étude est donc utile pour nous aider à prendre conscience de nos propres biais, volontaires ou non, et pour mettre en place par exemple des programmes de sensibilisation à ce phénomène. Que l’on soit policier ou non. 

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