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En Syrie, François Hollande est prêt à mener des batailles, mais pas la guerre

Francois Hollande à Paris, le 7 septembre 2015. REUTERS/Charles Platiau

Francois Hollande à Paris, le 7 septembre 2015. REUTERS/Charles Platiau

Lors de sa conférence de presse du 7 septembre, le Président de la République a fait des annonces de vols reconnaissances au-dessus de la Syrie mais refuse l'idée de troupes au sol.

Comme un baigneur qui tâte la température du bout du pied, François Hollande s’avance prudemment dans la guerre en Syrie. A l’été 2013 il avait subi une déconvenue quand il avait été lâché par les Britanniques et les Américains hostiles à des frappes contre Bachar el-Assad, coupable d’avoir utilisé des armes chimiques contre son propre peuple. Depuis, la France avait armé des groupes de rebelles syriens supposés hostiles à la fois aux islamistes et au régime de Damas. Puis elle s’était engagée aux côtés de la coalition internationale montée par les Etats-Unis à l’automne 2014 pour bombarder Daech. Mais le président de la République avait décidé alors que les frappes françaises viseraient l’Etat islamique seulement sur le territoire irakien et pas en Syrie. La raison avancée était double: d’une part, en Irak, la France et la coalition interviennent à la demande du gouvernement du pays, ce qui ne serait pas le cas en Syrie; d’autre part, les frappes en Syrie risquaient de conforter indirectement Bachar el-Assad.

Ces deux raisons ne semblent donc plus valables même si François Hollande, au cours de sa conférence de presse, n’a pas justifié son revirement. Pour ménager la transition, il veut procéder par étape. A partir du mardi 8 septembre, l’aviation française procède à des vols de reconnaissance pour «savoir ce que Daech prépare contre nous et contre la population syrienne», a déclaré le chef de l’Etat. 

C’est le prélude à une deuxième étape: des bombardements contre les positions de l’Etat islamique en Syrie. François Hollande a exclu la présence de troupes françaises au sol, à l’exception sans doute de quelques forces spéciales déployées pour guider les frappes. Une présence au sol serait «inconséquente et irréaliste», a-t-il dit. Parce que des pays de coalition, la France serait la seule et parce que cette force serait très vite vue comme une force d’occupation. Il revient aux Syriens et aux forces régionales de prendre leurs responsabilités, a ajouté le président.

Il ne peut guère compter sur le soutien de l’opposition. Sur le sujet, les Républicains sont divisés. Sans être autrement précis, Nicolas Sarkozy affirme que «quand on fait la guerre, il faut la faire jusqu’au bout». Sans aller toutefois jusqu’à souhaiter ouvertement l’envoi de troupes françaises au sol. Contrairement à Bruno Le Maire, qui s’y déclare favorable. Fort sans doute de son expérience de ministre des affaires étrangères, seul Alain Juppé soutient l’élargissement des frappes françaises en Syrie tout en se prononçant contre une présence militaire française sur le terrain.

Russes vs Occidentaux

Cette escalade dans la présence militaire française dans la région intervient à un moment où d’autres bruits de botte se font entendre. Les Russes qui sont déjà en Syrie sont soupçonnés par les Américains de renforcer leur présence militaire en envoyant plusieurs milliers de soldats. Les Iraniens, également, se battent aux côtés des forces de Bachar el-Assad, avec le Hezbollah libanais. Vladimir Poutine, qui a reçu récemment les représentants de tous les acteurs de la région, y compris les Saoudiens alliés traditionnels de Washington, essaie de former autour de la Russie une coalition de pays arabes, distincte sinon rivale de la coalition internationale organisée par les Américains, pour lutter contre Daech tout en confortant le régime baasiste de Damas.

C’est ce qui sépare fondamentalement les Russes des Occidentaux. Les premiers soutiennent Assad, au moins aussi longtemps qu’une solution politique garantissant leurs intérêts dans la région ne sera pas trouvée. Les seconds veulent mettre hors d’état de nuire l’Etat islamique et les autres groupes radicaux qui luttent contre Damas, sans pour autant donner l’impression de venir au secours du dictateur. Dans sa conférence de presse, François Hollande a fait allusion à ce dilemme en exprimant sa «réserve par rapport à une action qui ne serait pas maîtrisée». La diplomatie française craint que Barack Obama ne soit enclin à ménager, au moins provisoirement, Bachar el-Assad pour donner la priorité à la lutte contre l’Etat islamique.

Les mouvements militaires actuels autour de la Syrie peuvent faire craindre une escalade du conflit qui impliquerait les puissances extérieures à la région alors que la tension reste forte entre les Russes et les Occidentaux à propos de l’Ukraine. Mais ils peuvent être aussi le signe annonciateur d’une reprise prochaine des pourparlers diplomatiques, chacun cherchant à renforcer ses positions avant de s’assoir à la table des négociations.

François Hollande a répété que la solution était politique et non militaire. Et cette solution passe par le départ du pouvoir de Bachar el-Assad «à un moment ou à un autre», a-t-il précisé. Ce départ n’est pas –n’est plus– un préalable, mais devrait être l’aboutissement de la négociation à la suite d’une période de transition. Pendant ce temps un gouvernement d’union nationale, avec des éléments du régime Assad et des représentants de l’opposition, à l’exclusion des islamistes, gérerait le pays. Ces idées étaient déjà à la base des conférences de Genève 1 en 2012 et de Genève 2 en 2014. Elles sont restées lettre morte.

Il reste à convaincre les Russes et surtout les Iraniens, qui sont fermement derrière Bachar el-Assad, qu’elles constituent toujours une base d’accord. L’enjeu est aussi de mettre un terme à une guerre qui dure depuis plus de quatre ans, qui a fait plus de 230 000 morts, plusieurs millions de personnes déplacées, et qui met sur les routes vers l’Europe des centaines de milliers de réfugiés.

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