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Qui aime encore François Hollande? Moi

François Hollande à Paris le 7 septembre 2015. REUTERS/Charles Platiau

François Hollande à Paris le 7 septembre 2015. REUTERS/Charles Platiau

Il a su conquérir une stature de chef de guerre, et l’idée de la France qu’il a en tête me convient bien.

Un sondage Ifop pour RTL et Le Figaro nous dit que 78% des Français ne souhaitent pas que François Hollande se représente en 2017. S’il le faisait, il serait battu au premier tour, dit le même sondage, ne recueillant que 19% des suffrages, contre 27% pour Marine Le Pen et 25% pour celui que sera le candidat des Républicains, Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé. Il n’y a donc plus qu’un quart des Français à encore apprécier François Hollande. J’en suis.

Ce n’est pas un aveu facile, j’en conviens, tant le monsieur a de gros défauts. Tant il provoque des critiques sur le thème d’un président «mou», pas décidé, pas président quoi. Ces critiques je les partage aussi en partie. Mais au bout du bout, je trouve le monsieur pas si mal. Et surtout, surtout, il faut le juger par rapport aux autres, il faut choisir dans une classe politique à gauche déserte de présidentiable ou presque.

Le centre gauche

Mais ce n’est pas qu’un choix par défaut. C’est d’abord un choix de ligne politique: François Hollande se trouve au centre gauche et c’est de là, je pense, que la France doit être gouvernée. 

Il faut que ce pays retrouve la martingale entre économie et social, entre les entreprises et les salariés, compétitivité et solidarité. Cette martingale est possible, la France est un pays d’entrepreneurs malins, elle est aussi un pays dont l’exigence sociale n’est, sur le fond, pas un désavantage mais la clé pour réussir dans un monde schumpétérien. L’innovation ne vient pas seulement d’en haut, dans un monde de réseaux, elle vient de partout; ne réussiront que les entreprises qui sauront motiver l’ensemble de leurs salariés, ne réussiront que les pays qui savent ne laisser personne de côté. Marier le capital et le travail façon XXIe siècle est nécessaire et possible, la France peut être en avance, un modèle.

Réhabiliter la synthèse

On notera qu’il est un autre mot pour martingale, un mot moins ludique, plus philosophique, ce mot c’est la synthèse. Il fait rire aujourd’hui, il est renvoyé à la figure de François Hollande comme la preuve de son irrésolution, comme la marque de son incapacité présidentielle. A notre époque, le mot de synthèse mérite une réhabilitation: rien n’est plus urgent aujourd’hui que de refuser de voir le monde en blanc ou en noir et que de penser que les solutions intelligentes sont «au milieu», au centre, disais-je. François Hollande a pu constater combien le «compromis» n’est pas dans la culture nationale, et encore moins dans la culture médiatique qui préfère le «fight», les débats sous forme de combats.

Il a essayé, avec Michel Sapin, de tirer la France vers cette culture germanique de la négociation, il a été beaucoup déçu. Il ne renonce pourtant pas, comme il l’a déclaré récemment. Mais les syndicats français, hormis la CFDT, refusent cette culture du compromis parce qu’ils sont trop faibles et déchirés par les batailles politiques. 

Ce qu’il faut reprocher à Hollande ce n’est pas de croire à cette synthèse nécessaire, c’est de ne pas avoir fait ce qu’il fallait pour qu’elle éclose

Ce qu’il faut reprocher à Hollande en l’occurrence, ce n’est pas de croire à cette synthèse nécessaire, à ce pilier de la social-démocratie, c’est de ne pas avoir fait ce qu’il fallait pour qu’elle éclose. C’est de ne pas avoir poursuivi les réformes de Nicolas Sarkozy sur la représentation syndicale. Ce n’est pas la synthèse qu’il faut critiquer mais le médecin qui ne l’accouche pas.

Ligne du centre gauche donc. Mais ligne trop hésitante: tout Hollande est là. Un arbre planté au bon endroit mais au tronc trop souple. Le chêne et l’olivier forment le blason de la présidence, François Hollande a trop du rameau d’olivier.

Un chef de guerre

Mais précisons. Car François Hollande s’est révélé, contre toute attente, un chef de guerre. Il a été très vite en la matière: un chêne «à la hauteur» dès qu’il a fallu engager nos soldats contre le terrorisme. Il l’a été au Mali, «la journée la plus importante de sa vie politique», et il l’est depuis. 

Il aurait pu hésiter, la France n’a plus une armée qui puisse inverser le cours du Djihad, tant ce mouvement  trouve à s’enraciner profondément et largement dans le malheur arabe. Mais dans un contexte de démission américaine et britannique et de non-existence de l’Allemagne sur cette scène (en recul même par rapport à l’époque de Joschka Fischer), la France pouvait se hisser, le président l’a fait. C’est très courageux de décider une guerre.

Politique intérieure

Cette stature présidentielle en matière de politique étrangère, François Hollande commence à l’avoir sur le plan intérieur. L’idée de la France qu’il a en tête me convient bien. Il a en dessiné les traits lors de sa conférence de presse du 7 septembre. Devant «la crise» des migrants, il faut faire preuve «d’humanité». La vocation de la France n’est pas de s’enfermer dans «le repli». Les migrants viennent «faire France avec nous», très belle expression. Nous seront jugés «par nos enfants». Et de prendre la mesure du problème en évoquant les 4 millions de Syriens partis de chez eux et les «centaines de milliers» de la Corne de l’Afrique. 

Il a mis du temps à monter à cette hauteur; il y a trois semaines, la France restait frileuse. Et à la fin, accueillir 24.000 migrants, c’est hélas bien peu. Mais encore une fois la ligne est, à mes yeux, la bonne.

Et l’économie? Ah l’économie, son point faible… Le chômage, l’échec mensuel, la promesse de ne pas se représenter si la courbe ne s’inverse pas durablement…  le thème est repris ad nauseam depuis trois ans. Et de subir une double critique: la gauche qui lui reproche de ne pas conduire une politique «de gauche», la droite qui lui reproche l’inverse, d’avoir augmenté les impôts et de ne pas baisser les dépenses publiques. C’est la logique du centre que d’être assailli de la sorte, se dit François Hollande qui en tire une sorte de sérénité. Il croit bien faire ce qu’il a à faire, il avance, il demande à n’être jugé qu’«à la fin». 

La politique économique de François Hollande n’est pas à la hauteur

Ce serait une défense légitime si nos voisins n’obtenaient pas des résultats meilleurs que nous. La politique économique de François Hollande n’est pas à la hauteur. Armé d’une mauvaise analyse du mal français puisque le PS pensait qu’il suffisait de taxer les riches pour «relancer», le président élu  est parti dans une mauvaise direction, celle des hausses d’impôts. Dès avant sa victoire, il doutait de cette ligne « socialiste », il a été très prudent. Et il a corrigé très vite, dès l’été 2012, grâce au rapport Gallois. Mais le mal fiscal était fait.

Mais à sa décharge, pouvait-il faire avec une majorité pareille? François Hollande a en face de lui une Assemblée aubryste, habitée par un socialisme «première gauche», pour qui la social-démocratie est un mot sale. Avec un PS tel qu’il est, François Hollande pouvait-il s’y  prendre autrement? Pouvait-il éviter de «partir à gauche» pour ensuite, remettre la barre au centre?  Il peut plaider que non, avec raison. Il est coincé par sa majorité. Et que dès lors, il s’en sort au mieux: il est celui qui aura fait prendre le virage social-démocrate au PS et il doit être salué en tant que tel. Etant donné l’archaïsme de la rue de Solférino, la performance n’est pas mince.

Sauf qu’il ne suffit pas de remettre le navire dans la bonne ligne pour qu’il avance. François Hollande n’a toujours pas pris la mesure de l’état tempétueux de la mer. Il lui faudrait rebâtir le navire radicalement: l’école, les prestations sociales, l’Etat. Il ne fait rien.

François Hollande a pour lui d’avoir un fond de sérieux, d’humanité et de responsabilité, un fond d’homme de France. Voilà pourquoi, je lui trouve des vertus.

Mais il manque les muscles qui arment son bon esprit. Il lui faudrait, on y revient, être plus chêne. Il a avoué lors de sa précédente conférence de presse, qu’être président «c’est difficile». Il se plaint toujours que la mise en place des politiques soit «trop lente». Indulgent, il soupire devant «les résistances». Sa fonction lui donne pourtant tout le pouvoir.

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