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Le milieu du porno n'a toujours pas renoncé à ses positions racistes

Des actrices pornos à Berlin, 2013. Fabrizio Bensch

Des actrices pornos à Berlin, 2013. Fabrizio Bensch

Coucher avec un homme noir est encore considéré aujourd'hui comme une des transgressions ultimes.

James Deen, grande star du porno américain, a parfois des échanges de textos pour le moins surpenants. Et ceux-ci ne sont pas toujours flatteurs pour le milieu dans lequel il travaille, rapporte Vocativ. Le site américain cite notamment le cas d'une actrice qu'il finit par traiter de «raciste» après qu'elle a refusé de tourner une scène avec un garçon noir. Celle-ci tente ensuite de se justifier: «Ça fait seulement cinq mois que je suis dans le circuit. Je n’ai pas encore fait d’interracial.»

«Interracial», le mot est lâché. Comme s’il s’agissait d’une pratique en tant que telle. Dans son article, Vocativ explique que dans le parcours classique d'une actrice porno blanche, avoir un rapport sexuel avec un homme noir est bien souvent considéré comme étant au bout de la hiérarchie des tabous. Après le rapport anal, le gang bang, il y a le sexe interracial.

Primes de salaire

James Dean fait mention d’une performeuse qui lui demande une majoration de 500 dollars pour une scène avec un homme noir, quand un acteur porno préférant rester anonyme, confie que des actrices sous contrat avec des gosses sociétés touchent 2.000 dollars de prime pour leur première scène «interraciale».

Les actrices noires n'auraient pas   l'innoncence d'une blanche aux cheveux blonds

Nikki Darling

À l’inverse, un homme noir ne touche pas de bonus pour tourner avec des actrices blanches. Selon une étude de Mireille Miller-Young, une spécialiste des études féministes à l’université de Californie, un acteur ou une actrice porno de couleur gagne entre la moitié et les trois-quarts de ce que gagne un acteur blanc. Pour l’actrice SM Nikki Darling, cela vient du fait que les femmes noires sont moins considérées: on s’attend à ce qu’elles aient des carrières moins longues et on leur propose d’emblée des scénarios plus transgressifs.

«Dans le porno mainstream, iI y a cette idée que les femmes noires sont plus difficiles à marketer. Nous n'aurions pas l'innoncence d'une blanche aux cheveux blonds

Vocativ et Vice rapportent aussi le témoignage de l’acteur noir Mickey Mod qui évoque les nombreux clichés des scènes qui lui sont soumises.

«Tu arrives (sur le plateau) et ils te disent “Voilà la situation: elle est à la maison. Elle rentre de l’école et tu entres par infraction dans la maison.” Je ne connais pas d’autres acteurs porno qui découvriraient comme ça “ah d’accord, je joue le dealer aujourd’hui

«Fast-food» du fantasme

Selon lui, si les réalisateurs en viennent à s’appuyer sur de tels stéréotypes, c’est qu’ils font partie de nos représentations culturelles. Le porno reposant sur «un modèle fast-food» où on ne «fait pas les choses si personnes ne les achète», on propose au spectateur des scénarios que l’on pense adaptés à sa machine à fantasmes. 

La situation évolue difficilement et il est parfois compliqué d'évaluer pourquoi un acteur renonce à tourner une scène. Simple racisme? Stratégie carriériste? Autre? Quelques comédiennes refuseraient justement de tourner certaines scènes interraciales pour ne pas alimenter les clichés.

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