Santé

Comment une opération du cerveau peut-elle transformer une personnalité?

Temps de lecture : 2 min

Oliver Sacks, neurologue et auteur à succès, est décédé d'un cancer le 30 août 2015. Voici son dernier article, sa dernière histoire, sur un patient dont la personnalité a changé après une intervention chirurgicale.

légende | John M via Flickr CC License by
légende | John M via Flickr CC License by

Oliver Sacks, neurologue britannique mort le 30 août dernier, consacrait le plus clair de son temps à étudier des patients ayant subi des troubles aux lobes de leur cerveau, et s'appliquait ensuite à rapporter et analyser ces cas sous forme de récit, rendant ainsi accessibles ses conclusions au grand public.

Si vous n'avez pas lu ses livres ni ses articles, si vous ne connaissez pas son plus grand succès de librairie, L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau, publié en 1985, qui décrit les affections les plus étranges qu'il a rencontrées chez ses patients, vous pouvez découvrir son travail grâce à son ultime article, lisible en intégralité sur le site de la New York Review of Books, de manière posthume, après être apparu dans la revue September 24 issue.

Des crises d'épilepsie à la pédophilie

Il était une fois... «Walter B., homme affable et ouvert de 45 ans, qui est venu me voir en 2006», raconte Oliver Sacks. Adolescent, à la suite d'une blessure à la tête, le jeune Américain avait commencé à être victime de crises d'épilepsie. Les médicaments étant sans effet, il avait subi, dix ans plus tard, deux interventions chirurgicales.

C'est après cette opération que sa personnalité s'est mise à changer du tout au tout. Walter, qui mangeait modérement, a commencé à se lever au milieu de la nuit pour avaler des paquets entiers de cookies ou de fromage. Et il est devenu très irritable. Jusqu'à se faire arrêter pour avoir insulté, fait un doigt d'honneur et lancé une mug de café en métal à un autre conducteur qui l'avait serré d'un peu trop près en voiture. Son attention elle aussi s'est trouvée très affectée: soit il ne parvenait plus à se concentrer plus de quelques minutes sur une activité, soit il restait «scotché», et jouait du piano, par exemple, pendant neuf heures d'affilées.

Plus inquiétant, il a développé un appétit sexuel insatiable. D'amant attentionné et tendre, il est devenu très direct et pressait sa femme d'avoir cinq ou six rapports sexuels par jour. Pour assouvir ses envies, qui ont fini par dépasser celle de la relation «monogame hétérosexuelle» qu'il avait avec sa femme, il s'est tourné vers la pornographie sur Internet, passant plusieurs heures à se masturber chaque nuit. Puis il est devenu curieux d'autres sortes de stimulations sexuelles: homosexuelles, fétichistes, zoophiles... et pédophiles.

Victime du syndrome de Klüver-Bucy

Honteux et alarmé de ces pulsions si éloignées de son passé, Walter a lutté pour garder le contrôle, continuer d'aller au travail, voir des amis. Il a vécu une double-vie pendant neuf ans. Jusqu'à être arrêté par les agents fédéraux pour détention de pornographie infantile.

Un traitement a réduit sa libido à quasi zéro et sa femme a retrouvé «un amant aimant et compatissant». Mais au tribunal, le procureur a considéré que son état neurologique était un prétexte non valable pour justifier ses actes. Walter encourait jusqu'à vingt ans de prison.

A quel point une opération chirurgicale du cerveau peut-elle modifier la personnalité? Le neurologue qui avait opéré Walter, ainsi qu'Oliver Sacks, qui l'a suivi après son arrestation, ont tout deux souligné à la cour que Walter était victime d'un syndrome rare mais bien connu: le syndrome de Klüver-Bucy, qui se manifeste par un désir de manger et un désir sexuel insatiables, parfois combinés à de l'irritabilité et un esprit distrait.

Walter B. a finalement été condamné à seulement 26 mois de prison et suit aujourd'hui un traitement médicamenteux strict. «Quand je l'ai revu récemment, lit-on dans l'article d'Oliver Sacks, il profitait de la vie, soulagé de ne plus avoir de secret à cacher. Il rayonnait comme je ne l'avais jamais vu auparavant».

Slate.fr

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