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Le football français se mobilisera-t-il pour les réfugiés?

Capture d'écran du compte Twitter du New York Times.

Capture d'écran du compte Twitter du New York Times.

Ces dernières semaines, l'Allemagne a été à la pointe dans ce domaine, et les initiatives se multiplient.

Face à la crise des réfugiés, les supporters allemands se sont régulièrement distingués ces dernières semaines. Mardi 8 septembre, ceux de St Pauli et du Borussia Dortmund —match où 1.000 migrants ont été invités par le club de deuxième division— ont ainsi dévoilé cette banderole, lors de la rencontre amicale qui opposait les deux équipes.

«Qu'on le dise haut et fort, les réfugiés sont les bienvenus ici.»

On avait déjà vu de telles banderoles lors de la troisième journée de Bundesliga, dans plusieurs stades, à la fin du mois d'août, comme le racontait alors La Voix du Nord:

«Ce soutien public intervient au moment où des réfugiés, essentiellement syriens, tentent d’entrer en Allemagne. Si des rassemblements anti-migrants ont été organisés ces derniers jours outre-Rhin, certains groupes de fans des différentes divisions professionnelles ont décidé d’adopter une position inverse en brandissant des banderoles de bienvenue aux migrants.»

Pour le sociologue et spécialiste des mouvements de supporters Nicolas Hourcade, ce soutien marqué outre-Rhin n'est pas très étonnant:

«C'est une des spécificités des ultras allemands: beaucoup ont une conscience sociale. Pour eux, le foot est l'objet de beaucoup d'enjeux. Ils sont très revendicatifs et prennent position sur le monde du football mais aussi sur des questions sociales. De plus, de nombreux groupes ultras allemands se sont construits en opposition aux hooligans, qui eux sont souvent d'extrême-droite.»

Serait-il possible de voir des banderoles du même type se déployer dans des stades de foot français, par exemple ce week-end à l'occasion de la 5e journée de L1? Selon le sociologue, quelques clubs français comme Marseille, Bordeaux ou Metz possèdent des supporters dont les idéologies sont proches de celles des ultras allemands.

Quelques soutiens sur Twitter

Les supporters bordelais ont d'ailleurs rappelé leur soutien aux migrants sur Twitter, comme le montre ce tweet de Laurent Perpigna, l'un des leaders des Ultras.

Le 15 décembre dernier, le réseau Alerta, un mouvement anti-fasciste avait –avec les Ultramarines bordelais et l'association AFEVinvité huit enfants demandeurs d'asile au match entre Bordeaux et Saint-Etienne. Une des photos publiées sur le site montre les supporters bordelais déployer alors une banderole sur laquelle est inscrit en italien (c'était l'époque où les naufrages se multipliaient du côté de Lampedusa): «Nous sommes tous clandestins.»

Du côté marseillais, les Winners expliquent ne pas encore avoir évoqué le sujet entre eux. Leur équipe doit affronter Bastia au Vélodrome, ce dimanche. L'entraîneur marseillais Michel a lui exprimé son soutien aux réfugiés sur son compte Twitter.

La question des banderoles

Selon l'article 521 du règlement de la Ligue de football professionnel, qui est consacré à la liste des objets interdits:

«L’interdiction d’accès au stade doit obligatoirement s’appliquer aux personnes 

[...]

En possession de banderoles, insignes, badges, tracts ou tout autre support dont l’objet est d’être vus par des tiers à des fins politiques, idéologiques, philosophiques, injurieuses ou commerciales ou présentant notamment un caractère raciste ou xénophobe.»

Cela ne signifie pas pour autant qu'une banderole de soutien aux réfugiés pourrait être vue comme ayant une fin politique ou idéologique: contactée, la LFP indique que «le règlement n'interdit évidemment pas ce type de messages».

Cette question des banderoles est sensible en Ligue 1. Maxime Allais, membre du bureau des Indians Tolosa, les Ultras de Toulouse, rappelle ainsi que lors du dernier match du TFC, face à Monaco, les supporters toulousains avaient fait entrer des banderoles hostiles à la direction de la Ligue, le matin. Quand ils sont revenus en fin d'après-midi pour les récupérer, avant le match de 20 heures, «elles avaient été mises à la poubelle à cause de messages apparemment insultants»:

«On peut mettre tout et n'importe quoi dans cet article 521. C'est vraiment à l'appréciation des dirigeants.»

Nicolas Hourcade confirme que des messages sont régulièrement interdits à l'entrée des stades lorsqu'ils concernent la Ligue ou le ministère de l'Intérieur et que faire entrer une banderole dépend vraiment des clubs, certains étant «plus souples que les autres».

Le soutien allemand

Reste que ce ne sont pas que les supporters qui ont marqué leur soutien. Comme le notait Metro, le Bayern Munich a fait une liste sur son site des actions entreprises en faveur des réfugiés:

«Mise à disposition du centre d'entraînement des équipes de jeunes, où, en plus de taquiner le cuir, les enfants réfugiés suivront des cours d'allemand et prendront des repas, à la charge de la municipalité; don d'un million d'euros, tiré des recettes d'un match amical à venir; organisation d'évènements à destination de ces enfants par la fondation du club. Plus symbolique: lors du match face à Augsburg, prévu le 12 septembre, les joueurs du Bayern entreront sur le terrain en tenant, par une main, un enfant allemand et, par une autre, un petit réfugié.»

Le grand rival sportif du club bavarois, le Borussia Dortmund, a lui invité près de 200 réfugiés à une rencontre d'Europa League.

Même au niveau national, la fédération allemande s'est impliquée, explique l'AFP.

«Elle a publié une vidéo dans laquelle le capitaine Bastian Schweinsteiger, Jerome Boateng, Ilkay Gündogan, Mesut Özil et Toni Kroos s’affichaient "pour l'ouverture sur le monde, pour la tolérance, pour l'entraide, pour le respect, pour le fair-play" et "contre la violence et la xénophobie".»

 

#DieMannschaft setzt ein Zeichen: für Weltoffenheit, für Toleranz, für Hilfsbereitschaft, für Respekt, für Fairplay.

Posted by DFB-Team (Die Mannschaft) on Wednesday, September 2, 2015

Contactée après le dernier match amical contre la Serbie, la FFF a indiqué qu'une opération similaire n'était pas prévue. En revanche, la fédération confirme avoir fait un don de 100.000 euros à l'association Salam, basée à Calais, qui vient en aide aux réfugiés. Sa présidente avait également donné le coup d'envoi fictif du match face à la Serbie, lundi 7 septembre.

Dans les tribunes, c'est plus compliqué. La Fédération précise quelle ne soutient pas «dans les stades les messages à caractère politique ou personnel, qu’ils soient de soutien ou de contestation pour quelque cause que ce soit», ce qui explique –en partie– l'absence de message dans le nouveau stade de Bordeaux lors de la rencontre face aux Serbes.

Lors du match face au Portugal, Didier, membre des Irrésistibles Français, un des clubs de supporters de l'équipe de France, indiquait également ne rien avoir remarqué en tribunes et expliquait ne pas prévoir de revendications de son côté, pour «ne pas mélanger sport et politique»

L'Allemagne n'est pas seule

L'Allemagne n'est pas la seule à avoir connu de telles initiatives. En Écosse, par exemple, le Celtic Glasgow a annoncé qu'il allait monter un partenariat avec une organisation internationale pour recueillir des dons et les utiliser «de la façon la plus efficace, utile et ciblée possible». En Espagne, raconte l'Equipe, «le Real Madrid va "donner un million d'euros pour les réfugiés accueillis en Espagne" et mettre à leur disposition des locaux ainsi que des kits sportifs a annoncé le club samedi». Dans le même genre, Porto annoncé qu'il reverserait un euro par billet vendu lors de son premier match de Ligue des champions à domicile, et a invité les autres clubs à faire de même lors des deux premières journées.

La Gantoise, le Borussia Moenchengladbach, Séville, Malmö et le Dynamo Zagreb ont déjà annoncé qu'ils se joindraient à cette initiative, comme l'indique le club portugais sur son site Internet. Il y annonce également que l'UEFA, l'instance qui organise la compétition, encourageait les clubs à y répondre de façon positive. 

Contacté à ce sujet, le PSG n'a pas indiqué s'il allait suivre cette initiative. En revanche, la fondation du club a décidé de s'engager avec le Secours populaire français et l'UNHCR (l'agence des Nations Unies pour les réfugiés). Elle doit également fait un don d'un million d'euros aux deux organismes.

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