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À Trieste, hommes et femmes se baignent séparés par un mur depuis un siècle

Bagno Lanterna - El Pedocin Fabio Omero via Flickr CC License by

Bagno Lanterna - El Pedocin Fabio Omero via Flickr CC License by

Depuis 1903, un mur de trois mètres de hauteur coupe en deux une plage payante de Trieste pour «ménager la décence». Hommes et femmes se dorent au soleil et se baignent séparément dans la mer adriatique. Jamais abandonnée, cette «tradition» est devenue une curiosité locale dont les habitants de cette ville italienne semblent s'accommoder, malgré le sexisme évident du dispositif.

Un journaliste de Libération qui s'était rendu sur place décrivait ainsi la plage de la Lanterna, surnommée «El Pedocin» par les Triestins, dans les colonnes du journal en 2014:

«Un édifice bétonné, assez classique, typique des plages italiennes aménagées. Avant de passer au guichet, les familles et les groupes d’amis se disloquent, les filles d’un côté, et les garçons de l’autre. Voilà la spécificité des bains publics de la Lanterna: ils ne sont pas mixtes, fait unique sur une plage européenne.»

Cet été, une journaliste italienne, Micol Brusaferro, a publié un livre consacré à cette incongruité. Interviewée par le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, elle explique que les Triestines apprécient particulièrement la présence de ce mur qui sépare à la fois la plage et la zone de baignade:

«La séparation entre les sexes rend plus libre, en particulier du côté des femmes. Les Triestines aiment cet endroit car elles peuvent s'y baigner de manière décontractée. 90% des femmes sont seins nus et on voit des strings très échancrés sur la place, ce que les femmes n'oseraient jamais porter dans des bains public mixtes.»

La partie de la plage réservée aux femmes est plus grande que celle où se trouvent les hommes. Les garçons y sont admis jusqu'à l'âge de 12 ans, rapportait Courrier International il y a quelques années.

Le seul homme qui peut apercevoir les femmes quand elles sont sur la plage est le maître nageur, qui trône au sommet du mur. Mais le réglement est souvent contourné, explique Micol Brusaferro:

«Le mur de trois mètres de haut s'enfonce dans la mer sur plus de dix mètres. On peut donc se rencontrer à l'endroit où il s'arrête. C'est un lieu de rencontre classique pour les couples.»

Libération rapportait également qu'une «entorse à cet esprit littéralement réactionnaire a parfois lieu, quand les gosses jouent au volley-ball depuis l’eau, filles contre garçons, et transforment le mur en un filet imaginaire».

Mais les habitants ne se plaignent pas de cette séparation. Micol Brusaferro rapporte en effet qu'un sondage a été organisé il y a quelques années et que «l'immense majorité s'est prononcée pour le maintien de la traditionnelle séparation des sexes».

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