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La Russie serait le refuge le plus adapté en cas d’«apocalypse zombie»

Un zombie à Comic-con en juillet 2015. REUTERS/Mario Anzuoni

Un zombie à Comic-con en juillet 2015. REUTERS/Mario Anzuoni

Des chercheurs se sont penchés sur les conséquences d'une éventuelle propagation d'un virus zombie. Comme dans «Walking Dead», mais dans le monde bien réel cette fois.

Cela commence avec des nouvelles étranges à propos d’un virus mystérieux. Puis, des rumeurs commencent à apparaître sur Internet au sujet de morts qui reviendraient à la vie. Rapidement, le gouvernement est contraint de prendre des mesures, souvent avec violence. Puis viennent la panique, les mises en quarantaine et l’effondrement de l’économie mondiale, à mesure que les villes et les pays tentent de se protéger… mais il est déjà trop tard. Le monde tel que nous connaissions est mort.

C’est l’invasion zombie qui commence.

Ce scénario sert de point de départ à un genre de science-fiction en plein essor, qui explore la chute d’une civilisation suite à une épidémie qui fait revivre les morts et les transforme en machines à tuer décérébrées. Depuis le 23 août, Fear the Walking Dead, spinoff de la série à succès The Walking Dead, est diffusée sur la chaîne américaine AMC (et en France sur Canal+ Séries) au rythme d’un épisode par semaine. 

 

L'effondrement de toute civilisation

Mais alors que la série d’origine traitait des aspects moraux de la lutte pour la survie dans un monde post-apocalyptique, la «préquelle» se concentre sur les débuts de la peste zombie et montre de quelle manière la civilisation s’effondre à Los Angeles, aux États-Unis, puis finalement dans le reste du monde. La série en elle-même se limitera au sud de la Californie, mais les effets politiques et économiques des pandémies sont généralement internationaux (comme nous avons pu le constater à de nombreuses reprises dans le «vrai monde», du Libéria à la Chine).

Les leaders autoritaires seraient-ils les plus à même de prendre les mesures nécessaires à la survie de leurs peuples

En cas d’une hypothétique invasion de zombies, quelles villes et quels pays auraient le plus de chances de s’en tirer? Les leaders autoritaires, façon Vladimir Poutine ou Kim Jong Un, seraient-ils les plus à même de prendre les mesures draconiennes nécessaires à la survie de leurs peuples? La steppe eurasienne pourrait-elle être l’endroit le plus sûr pour échapper aux hordes de morts-vivants? Les gouvernements mondiaux parviendraient-ils, en étant réalistes, à s’accorder pour mettre en commun leurs efforts au nom de l’intérêt général?

Modélisation de l'«apocalypse zombie»

Afin de mieux comprendre de quelle manière se déroulerait probablement cet effondrement de l’ordre international, nous avons parlé à des chercheurs qui ont envisagé «l’apocalypse zombie» comme un exercice intellectuel permettant d’établir des modèles sur la diffusion des maladies et leurs implications, tant au niveau local que mondial.

«La première chose à remarquer est que, partout, l’obtention des ressources se fait au travers de mécanismes qui permettent la diffusion de la maladie, affirme Robert Smith? (oui, le point d’interrogation fait partie de son nom), professeur associé au département de mathématiques et statistiques à l’université d’Ottawa et auteur du livre Mathematical Modelling of Zombies («Modélisation mathématique des zombies»). Ce type d’interconnexions implique que la peste zombie se répartirait à travers le monde avant même que quiconque ne réalise qu’elle existe, et qu’il faudrait quasiment stopper l’économie mondiale dans son ensemble pour empêcher la propagation.»

L’histoire récente est pleine d’exemples de maladies traversant le monde à toute vitesse. À la fin de la Première Guerre mondiale, donc avant même l’avènement de l’aviation commerciale, les soldats, en rentrant dans leurs pays, avaient diffusé la grippe espagnole à travers toute l’Europe. Près d’un siècle plus tard, en 2003, le virus SARS s’est répandu de Hong Kong à Toronto en quelques heures seulement. De la même manière, à l’été 2014, il a suffi de seulement quelques semaines pour que le virus Ebola passe de l’Afrique de l’Ouest au Texas —engendrant au passage une véritable destruction économique. Encore aujourd’hui, l’Arabie saoudite tente tant bien que mal de contenir le MERS-coronavirus avant que des milliers de musulmans ne fassent leur grand pèlerinage (Hajj) à la Mecque le mois prochain. «Si la peste zombie était réelle, il suffirait de quelques jours pour avoir une pandémie», a déclaré Smith?.

Démocratie vs régime autoritaire

Dans le modèle présenté par Smith?, la maladie zombie atteindrait une envergure catastrophique, paralysant les infrastructures et les chaînes d’approvisionnement. Devant à la fois contenir l’infection et gérer des populations de plus en plus inquiètes, les gouvernements se trouveraient dans un véritable bourbier. La réponse la plus simple et la plus efficace serait une quarantaine agressive: fermer les frontières et isoler les villes les unes des autres, contrôler les médias et restreindre considérablement la liberté des citoyens.

L’insalubrité de l’eau, les problèmes nutritifs et, parfois, les autres gens peuvent aussi tuer

Smith?

«Au final, le bien public l’emporterait sur les libertés individuelles, mais il y a fort à parier que les gens s’opposeraient à la quarantaine. Se pose alors la question de savoir si un gouvernement pourrait utiliser la force contre sa propre population. Cela pourrait bien être le seul moyen d’empêcher la propagation de la maladie», affirme Smith?.

Mais les actions résolues de ce type sont rarement prises dans les démocraties, où la coopération politique est nécessaire à la prise de décisions (une notion particulièrement problématique aux États-Unis, où les dysfonctionnements entravent la bonne marche du Congrès depuis huit ans, si ce n’est plus). Cela pourrait donner aux pays autoritaires (où les obstacles à la prise de décision sont rares et où l’on n’hésite généralement pas à employer la force pour maintenir l’ordre), un avantage de taille pour lutter contre le virus zombie. 

La destruction de l'ordre public

Mais si les échanges commerciaux internationaux devaient s’arrêter, tout, des denrées alimentaires aux matières premières, en passant par les médicaments, finirait par manquer. Et, de plus en plus, les zombies ne seraient plus les seules menaces à la survie.

«Les zombies ne sont pas les seuls dangers, explique Smith?. L’insalubrité de l’eau, les problèmes nutritifs et, parfois, les autres gens peuvent aussi tuer. En outre, une pénurie de nourriture amènerait sans doute des révoltes. La destruction de l’ordre public peut être tout autant meurtrière que les zombies.»

Si les nations s’effondrent, les survivants les plus tenaces et obstinés tenteront sans doute de se rendre ailleurs afin d’augmenter leurs chances de survie. Mais où aller pour échapper aux zombies? Le nord du Canada? La Mongolie? La Russie?

La durabilité d’un pays face aux zombies dépendrait beaucoup de la taille de sa population et de la solidité de ses infrastructures

Matt Bierbaum

Dans son livre World War Z (dont a été tiré un film, bien inférieur avec Brad Pitt), Max Brooks décrit l’île relativement isolée et autonome de Cuba comme une enclave de stabilité, tandis que l’Islande (important carrefour aérien dans lequel il est aisé de se rendre) est littéralement envahie par des hordes de morts vivants. 

«La durabilité d’un pays face aux zombies dépendrait beaucoup de la taille de sa population et de la solidité de ses infrastructures», déclare Matt Bierbaum, doctorant en physique à l’université Cornell.

Vingt-huit jours plus tard

En mars dernier, Bierbaum et son collègue Alex Alemi ont présenté une carte des États-Unis simulant une épidémie de peste zombie. Les deux chercheurs ont estimé qu’il suffirait de vingt-huit jours environ pour que le pays soit totalement envahi par les morts-vivants. Le duo a également trouvé que si les villes densément peuplées finiraient inévitablement par tomber, ce seraient les zones situées entre plusieurs grandes métropoles qui seraient les plus exposées, puisque l’on pourrait y voir converger les zombies de plusieurs grandes villes. Selon ce modèle, le nord de la Pennsylvanie serait la zone la plus durement exposée, suivi par la San Joaquin Valley en Californie, où se retrouveraient les zombies de San Francisco et Los Angeles (où se déroule Fear the Walking Dead).

«Les meilleures zones pour échapper aux invasions de zombies ne sont pas nécessairement les moins peuplées, explique Bierbaum, mais plutôt les zones les plus éloignées d’autres centres fortement peuplés.»

D’après ce modèle, la zone très densément habitée qu’est l’Asie du Sud et du Sud-Est, avec ses mégacités très proches les unes des autres, ne ferait pas long feu non plus. Il en va de même pour les pays avec de grandes mégalopoles animées, comme l’Égypte, l’Iran ou le Nigeria.

Sur le long terme, au final, l’invasion serait générale

Un reflet de nos peurs collectives

La Russie, avec sa population en baisse et son vaste territoire eurasien, pourrait être un bon refuge. «La Sibérie et l’extrême est de la Russie seraient sans doute les meilleures solutions», conclut-il. Néanmoins, ces facteurs ne vaudraient que pour le court ou moyen terme: «Sur le long terme, au final, l’invasion serait générale.»

Tout cela n’est bien sûr que pure conjecture. Les zombies n’existent pas et les structures médicales sont, pour l’instant, toujours parvenues à garder sous contrôle les grandes épidémies modernes. Néanmoins, les zombies continuent d’avoir une résonnance particulière dans la culture populaire, notamment parce qu’ils semblent refléter certaines peurs collectives de l’humanité. Preuve de l’attrait massif de ces angoisses, une deuxième saison de 15 épisodes de Fear the Walking Dead a déjà été prévue. Cela nous promet encore de nombreuses occasions de fantasmer sur la fin du monde.

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