Barack Obama: divorce entre Noirs et Blancs?
Moins qu'au racisme, Obama se heurte aujourd'hui à la culture protestante et inégalitaire des Etats-Unis.
- Reuters/Yuri Gripas; Obama à Washington -
Barack Obama est-il en passe de perdre le soutien des électeurs blancs? Ses difficultés grandissantes à mettre en place une réforme du système de santé sont indissociables de ce que la chroniqueuse Joan Walsh a nommé sur Salon.com le «blackening» du président. Jimmy Carter n'a pas hésité à parler de racisme, en expliquant qu'aux yeux de nombreux citoyens du sud mais aussi du nord, les «Africains-Américains ne sont pas qualifiés pour diriger ce grand pays». Peut-on s'en tenir à cette explication? Plusieurs maladresses habilement exploitées par l'opposition républicaine contribuent à expliquer la fin prématurée de cet état de grâce. Mais si, sur un choix de société comme la réforme du système de santé, la question de la couleur de peau joue bien un rôle déterminant, ce n'est pas celle du président qui est en question.
Commençons par rappeler les faits. Alors que John Kerry n'avait été soutenu que par 41% des électeurs blancs en 2004, 43% d'entre eux ont voté pour Obama en 2008. Le candidat avait réussi à déminer la question raciale, incarnant une Amérique ayant su tourner la page. Et qui en était fière: après sa victoire, Obama a vu sa popularité croître au sein de l'électorat blanc jusqu'à atteindre 63% le jour de sa prise de fonction, un score qui s'est maintenu jusqu'au mois de mai, d'après les sondages hebdomadaires de l'institut Gallup. En juin, ce score commença à s'effriter et fin août, seuls 43% des Blancs approuvaient son action. Comment expliquer cette chute vertigineuse de 20 points en trois mois?
Sotomayor, Louis Gates, et le favoritisme des minorités
Deux événements ont contribué à ternir son image et plus précisément à la noircir, aidant ses adversaires républicains à le faire apparaître aux yeux de l'opinion non plus comme l'incarnation d'une Amérique ayant neutralisé la question raciale, mais au contraire comme un représentant des minorités, abusant de son pouvoir pour les favoriser et partageant leurs passions. Le premier fut la nomination de Sonia Sotomayor à la Cour suprême, un processus qui commença fin mai pour s'achever le 9 août: les auditions au sénat furent l'occasion pour certains élus républicains comme Jeff Sessions ou Tom Coburn de dénoncer l'éviction de candidats blancs au profit de cette représentante des minorités visibles (Sonia Sotomayor est d'origine portoricaine et l'anglais n'est pas sa langue maternelle).
La nomination finalement acquise le 6 août se fit dans une atmosphère polémique. Les politiques d'«affirmative action» font depuis quelques années l'objet d'un débat, une partie de la population américaine considérant qu'elle favoriserait indûment les membres de minorités. Le président Obama, expliquant dans l'hiver que ses propres filles appartenaient à un milieu privilégié et qu'il serait injuste qu'elles en bénéficient pour entrer à l'université, avait semblé adopter une position raisonnable et relativement neutre. La nomination de Sotomayor à un des postes les plus élevés des institutions américaines a brouillé l'image du président sur ce terrain très sensible.
Au même moment a eu lieu l'affaire Henry Louis Gates Jr, du nom d'un professeur noir de Harvard arrêté par la police alors qu'il rentrait dans sa propre maison. Réagissant à chaud, le président dénonça la stupidité des policiers; ce qui apparut à la fois comme une réaction déplacée de la part du plus haut représentant de l'Etat et surtout comme une réaction de solidarité raciale. Là encore, l'image de «neutralité» qu'avait su cultiver Obama en souffrit.
Ces deux événements ont contribué à «ethniciser» le président, et à suggérer que son métissage pourrait influencer ses jugements. Au cours de l'été la rumeur déjà ancienne selon laquelle Obama ne serait pas né aux Etats-Unis a connu un regain de vigueur, en dépit des preuves évidentes de falsification des quelques «pièces à conviction» qui étaieraient cette théorie. Il est évident que ce qui se cache derrière cette suspicion de non américanité, c'est la question de la couleur de peau. Le racisme supposé des Américains se serait-il réveillé? Ce réveil expliquerait-il la chute brutale de popularité du président ? C'est ici qu'intervient la question de la réforme du système de santé, qui oblige à une réponse plus nuancée.
L'accusation de «socialisme», resurgie à la faveur de cette réforme, met en cause l'altérité du président, son étrangeté à «notre Amérique»: on voit sur Fox News des adultes en pleurs demandant «qu'on nous rende notre pays». Avec les death panels dénoncés par Sarah Palin, la diabolisation du président a connu une nouvelle étape. Quand l'ancienne candidate républicaine à la vice-présidence feint de craindre que les comités d'évaluation du futur système de soins aient un pouvoir de vie et de mort sur les patients, elle joue avec l'image d'un président «antéchrist», associé à la mort et au crime, qui a séduit une partie de l'électorat américain.
Barack Obama, un président comme les autres
Mais il suffit de relire la presse républicaine de l'année 1993 (la réforme de santé ratée du président Clinton) ou celle de 1998 (le scandale Monica Lewinsky) pour trouver des attaques aussi violentes et aussi malhonnêtes. En 1998, certains des manifestants contre Clinton portaient des pancartes l'accusant de meurtre et de viol, et on se souvient peut-être du pasteur Jerry Falwell, un célèbre prédicateur qui l'accusait de tous les maux. Obama, en somme, après une brève lune de miel, connaîtrait un destin similaire à celui de son prédécesseur démocrate. Le racisme ne ferait en somme qu'offrir ses stéréotypes à la disqualification morale et politique à laquelle travaillent ses adversaires républicains. Le métier de président n'est pas de tout repos aux Etats-Unis, Clinton — mais aussi Bush! — en ont fait l'expérience.
Le rôle du racisme dans les difficultés actuelles d'Obama demande donc à être remis en perspective. Il n'explique pas à lui seul la violence des attaques. On ne peut toutefois ignorer le rôle de la «question raciale» dans les difficultés à faire passer la réforme du système de santé; sur ce point les travaux d'Alberto Alesina et Edward L. Glaeser, deux économistes de Harvard, permettent de mieux comprendre ce qui est en jeu.
Il a été martelé dans le débat public que le système actuel est inégalitaire et coûteux. Mais la population reste réticente, notamment une partie des catégories qui en bénéficieraient le plus directement: un sondage du Pew Center publié fin août montre que les femmes, les Blancs gagnant moins de 30.000 dollars par an et les habitants des Etats industriels de la Rust Belt sont les catégories parmi lesquelles Obama a perdu le plus de points à cause de cette réforme.
La préférence américaine pour l'inégalité
On touche ici, directement, à la «préférence pour l'inégalité» qui caractérise depuis longtemps la société américaine et dont Alesina et Glaeser ont analysé les ressorts. Les dépenses publiques représentent 30% du PIB américain, contre 46 % en France et plus de 50% dans les pays nordiques. Cet écart tient d'abord aux politiques sociales: les institutions de l'Etat-providence sont plus développées en Europe qu'aux Etats-Unis. Les institutions expliquent en partie cette construction. Dans un système fédéral marqué par la détermination locale des politiques fiscales et sociales, l'Etat central ne peut taxer la côte Est au profit des pauvres du Midwest. La séparation géographique entre centres politiques et centres industriels n'a jamais favorisé le mouvement ouvrier américain: une grève à Detroit n'a jamais paralysé Washington.
La sociologie particulière de l'Amérique, pays de migrants structurés en communautés souvent concurrentes les unes des autres, semble aussi avoir entravé la constitution d'un mouvement ouvrier assez puissant pour peser en faveur d'une plus grande redistribution.
Le scrutin majoritaire et le bipartisme apparaissent également comme des freins à la mise en œuvre d'une politique de redistribution. Le scrutin proportionnel favorise l'élection de représentants des minorités ou l'émergence de partis plus favorables à la redistribution. Alesina et Glaeser citent ainsi des études montrant que plus la dose de proportionnelle est importante, plus la politique sociale est redistributive. En Amérique, quelques villes ont adopté la proportionnelle entre 1910 et 1930 mais l'ont abandonné ensuite. Or ce refus de la proportionnelle ne sort pas du néant. Il est directement lié, expliquent les chercheurs, à l'existence d'une minorité noire.
Comparant ainsi les programmes sociaux des différents Etats américains, Alesina et Glaeser montrent que le degré de redistribution est étroitement corrélé à l'homogénéité raciale. Plus la population d'un Etat est hétérogène, plus sa politique sociale est limitée. Celle-ci est ainsi plutôt généreuse dans les Etats très majoritairement blancs du nord et du nord-ouest, comme l'Oregon et le Minnesota, et dans certains Etats de Nouvelle-Angleterre; elle est en revanche peu développée dans le sud-ouest et le sud-est, qui sont beaucoup plus hétérogènes sur le plan racial.
Comment comprendre cette corrélation? Elle n'est sans doute pas spécifiquement américaine. Alesina et Glaeser citent des expérimentations et des sondages suggérant que l'on fait plus facilement confiance aux personnes qui nous ressemblent et qu'on s'en sentira plus solidaire. La classe moyenne blanche considérera ainsi plus naturellement que les pauvres ne méritent pas l'aide de l'Etat si ces pauvres se trouvent essentiellement parmi les Noirs. En revanche, notent-ils, c'est plus difficile en Norvège, pays où les pauvres sont blancs. L'idée d'une communauté de destin et le sentiment d'une nécessaire solidarité sont d'autant plus problématiques aux Etats-Unis que la culture pionnière et les valeurs protestantes privilégient une lecture morale des situations de pauvreté. 60% des Américains considèrent ainsi que les pauvres sont paresseux, contre seulement 26% des Européens.
C'est à cette culture que se heurte aujourd'hui Obama. Qu'elle ait une composante raciale, plutôt que raciste, est un fait. Que les politiciens de droite, hostiles à la redistribution et soucieux de faire voter les «petits blancs» contre leurs intérêts aient souvent avivé cette culture politique «dissociative» au moyen de stéréotypes racistes en est un autre. Et le fait qu'Obama soit noir ne joue pas en sa faveur, même si ce n'est pas lui le problème.
Richard Robert
Image de une: Jim Young / Reuters; Obama à Washington
Mis à jour le 23/09/2009 à 11h59









































Parler de racisme anti-noir est très facile pour les pro-Obama, personnellement, je parlerai de désenchantement de l'électorat et de maladresse de la part de B. Obama.
Les Américains ont voté en masse pour Barack Obama parce qu'il promettait beaucoup, donnait de l'espoir, prônait une réconciliation Blancs/Noirs et demandait aux Noirs de se prendre en main.
Depuis l'investiture, quel est le bilan : la crise financière : il n' a pratiquement rien fait. L'écologie : rien fait. Israël/Palestine : rien fait. La santé : une réforme mal présentée, mal expliquée parce qu'il y a trop de compromis. La guerre en Afghanistan et Irak : les troupes se retirent un peu en Irak pour partir en Afghanistan !
Bref, beaucoup de jolies paroles pour peu de résultats. En outre, les nominations successives sont pour les minorités. Où est la réconciliation, le vivre ensemble ?
Barack Obama donne l'impression de jouer un rôle. Il n'est pas encore entré dans son rôle de président et commet des fautes tant de communication que de politique.
Enfin, toujours mettre sa famille en avant est un peu trop ostentatoire et artificiel. Durant sa visite en France, il n'était entouré que de Noirs ! Tous ces messages subliminaux sont négatifs.
Vous n'avez pas vraiment suivi ce qui lui est reproché apparement, la perte de confiance se situe plutot sur sa droite et viendrait plutot des points suivants, non de ce que vous énoncez:
On lui reproche d'avoir beaucoup trop faiit pour lutter contre la crise justement, que son plan de relance s'apparente 1a du socialisme. Et le socialisme c'est encore pire que d'être noir.
Il est beaucoup trop proche des palestiniens, si il n'a pas encore fait beaucoup, c'est surtout que le sujet aux USA est très sensible (Population très pro-isarelienne) mais à Tel Aviv ils ont senti le vent tourné.
Quand à son plan de santé, c'est son existence même qui est remis en cause, beaucoup n'en veulent pas, ils ne voient pas où est le problème avec l'actuel.
J'ai l'impression que vous vous désolez qu'il ne soit pas plus à gauche, mais justement, son problème est qu'il est déja beaucoup trops à gauche pour beaucoup (Enfin c'est ce qu'on essait de faire croire aux américains)
Il est assez étrange que le protestantisme soit considéré par vous comme un facteur culturel allant à l'encontre de la redistribution.
Vous citez la Norvège comme pays où la redistribution à lieu, alors que c'est l'un des pays d'Europe où l'empreinte du protestantisme est la plus forte. Cela pourrait d'ailleurs élargi aux pays scandinaves en général qui sont de forte culture protestante et pourtant sont les pays les plus égalitaires du monde.
La même remarque pourrait être faite à propos du Minnesota, état dont la population est à majorité protestante et qui pourtant a une politique sociale distributrice.
Enfin, il faudrait savoir de quel protestantisme on parle, celui ci étant très divers.
Monsieur Richard Robert,
Sortez de la lucarne du péjoratif et du mépris. C'est quoi pour vous un petit blanc? Ouvrez grand les yeux et vous verrez que le monde d'aujourd'hui aspire à l'assainissement des rapports entre humains plutôt qu'à son avillissement. Loin de moi l'idée de prôner l'angélisme, mais je crois profondement que l'humain que je suis et vous êtes nous aspirons à la même chose. Vouloir vivre en paix, en harmonie avec soi et avec nos semblables. Quel sens donniez-vous à cette phrase de votre article? Je vous cite: On fait plus facilement plus confiance aux personnes qui nous ressemblent et qu'on s'en sentira plus solidaire. Seriez'vous de ceux qui vont jusqu'à ignorer que sur terre il n'y a qu'une race, la race humaine implantée bien sûr dans des endroits et donc dans des cultures différentes! Qu'est-ce que vous venez nous importuner avec votre culture religieuse du protestantisme. Cette culture serait révolutionnaire et source de bien-être pour l'humanité ça se saurait. Là où votre pensée vous a réellemnt dépassé, d'où mon choc et mon étonnement au point de réagir. C'est lorsqu'à la fin de votre article vous affirmer sans vergogne que le président BARACK OBAMA est noir! Vous portez atteinte par omission à la personne de sa mère, dont la contribution n'est pas moindre pour que le Président OBAMA soit. Je vous laisse face à votre propre jugement et à la source, j'en suis sûr éronnée de votre information. Je vous soupçonne de vous repprocher quelque chose dans votre conscience du fait que dans les gènes de cet homme il y a du sang noir. Souhaiteriez-vous que celui-ci échoue dans sa tentative d'améliorer un tant peu soit-il la condition de ses semblables, en demandant à ceux qui en ont trop de partager un peu avec ceux qui n'ont vraiment rien? En tout cas à mon humble avis je ne vois pas ce qui a de négatif dans une telle mesure. J'attendais plus de vous dans votre article, que ce vous avez eu à nous dire. Vous parlez de divorce, savez -vous les conséquences d'un divorce? Souffrance pour toute les parties concernées. Que les nantis défendent leur beafteck, c'est normal, c'est leur droit. Mais qu'ils empêchent un président responsable de parler pour les démunis, là se pose un autre problème. A ceux qui, français comme moi, claironnent pour le désenchantement du peuple américain d' avoir élu le Président OBAMA.Je leur dit à chacun, de regader la poussière qui est dans son oeil, avant de pointer du doigt la poutre qui est dans l'oeil du voisin. Quant à moi, je sais une chose, tout peuple a les dirigeants qu'il mérite. Martin LELO
Pour avoir un proche attaché à une des très nombreuses communautés religieuses aux USA, je puis vous dire que leur fonctionnement me déroute un peu.
Les pasteurs vivent souvent comme des stars pour les plus connus, emmission TV, voitures de luxe, et j'en passe, on est loin de la simplicité. Pour ce qui est de leurs oeuvres, ils donnent aux pauvres mais ce qui les fait le plus agir, ce sont les malades. Ils tentent des guérisons par la prière dans une ambiance de transe, de gens qui parlent en "langues", bref ayant assisté à un culte à plusieurs reprises, j'ai été plus que perplexe sur ces pratiques. Guérir un malade leur fait une grande publicité et ce qui compte c'est d'avoir le plus possible de fidèles, de préférence généreux.
Les églises se construisent comme des champignons, elles se vendent comme de simples commerces quand elles deviennent trop petites pour accueillir leurs fidèles.
Ce que préconisent ces américains moyens, ce n'est pas l'amour de n'importe quel prochain, mais celui-ci doit-être de préférence quelqu'un d'honnête et de pas trop marginal.
Je comprend un peu leurs idées dans la mesure où les USA, même après plusieurs siécles, restent ancrés dans la mentalité du pionier, courageux, croyant et bataillant dur pour acquérir son lopin de terre. L'assistanat pour eux est une forme de faiblesse, "aide toi, le ciel t'aidera" c'est aussi un pays très individualiste, chacun pour soi, où la réussite est tout ce qui compte à leurs yeux. On est loin de l'église catholique qui dit d'aimer son prochain comme soi-même. Aux USA, la religion est aussi un gros buisness.
Le Président OBAMA, risque gros en contrariant les communautés religieuses dans ce Pays, ils ont un impact énorme sur la politique. N'ont-ils pas aidé G. BUSCH à être élu ? Quand on entend cette illuminée de S. PALLIN, nous autres européens sommes atterrés par tant d'ignorance et de propos réacs, par contre aux USA, elle a de très nombreux admirateurs et pas que des gens que l'on pourrait penser "un peu arriérés". Les USA ne sont pas qu'une grande nation démocratique, ils charient avec eux, dans certains milieux des idées d'une autre époque. Le racisme est bien ancré, quelques enthousiasmes de campagne électorale, ne feront pas oublier les vieux démons de l'Amérique dite "profonde". Pour ma part, j'espère et je souhaite que le président OBAMA garde sa côte de popularité pour mener à bien ses promesses électorales, pour une meilleure prise en charge de la médecine pour tous.