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Les actes anti-musulmans cachent-ils une misogynie?

Une femme au marché de Mantes-la-Jolie en août 2013. Crédit: REUTERS/Youssef Boudlal

Une femme au marché de Mantes-la-Jolie en août 2013. Crédit: REUTERS/Youssef Boudlal

Les agressions contre les musulmans concernent beaucoup plus de femmes que d’hommes: elles représentent plus de 81% des victimes et la quasi totalité des agressions violentes. Ce n'est pas un hasard.

Le 4 juillet dernier, une jeune femme voilée est agressée. Des insultes fusent, de toutes sortes: «sale arabe», «sale musulmane», et aussi «sale pute». Les agresseurs se seraient, selon le Collectif contre l’islamophobie (CCIF) qui rapporte l’histoire à Slate, jetés sur la jeune femme pour lui arracher son foulard. Racisme, sexisme, ou les deux à la fois? 

Selon Elsa Ray, porte-parole du CCIF ( le Collectif contre l'Islamophobie en France), ce type d’agressions visant les femmes voilées et s’accompagnant de commentaires sexistes est courant. De fait, les agressions contre les musulmans concernent beaucoup plus de femmes que d’hommes: elles représentent plus de 81% des victimes et la quasi totalité des agressions violentes, selon le CCIF. Des statistiques du Ministère de l’Intérieur aboutissent à un constat similaire, selon la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), qui s’est inquiétée dans un rapport en avril 2014 que sur les 17 actions violentes à l’encontre des musulmans, 14 concernaient des femmes. «La typologie des faits infractionnels met en lumière un phénomène particulièrement préoccupant, celui d’une recrudescence des agressions à l’encontre des femmes, et particulièrement de celles portant le voile», écrit l’institution. Si bien qu’on peut se demander si ces actes ne cachent pas une forme de misogynie.

De fait, le débat en France autour de l’Islam et des musulmans s’est largement focalisé sur les femmes. A tel point que le commissaire européen aux droits de l’homme, Nils Muiznieks, s’en est alarmé dans un rapport en février dernier, inquiet de cette «stigmatisation». Et dès le début: la loi sur les signes ostentatoires religieux à l’école, votée en 2004, concerne certes tous les signes religieux, mais dans les faits, les femmes voilées sont les principales touchées. Selon un bilan établi un an après la loi par l’inspectrice de l’Education nationale Hanifa Chérifi, sur 639 signes religieux recensés en 2004-2005, 626 concernaient des foulards islamiques.

Une manifestation contre la loi sur le port des signes religieux visibles, en 2004. REUTERS/Charles Platiau.

 

Le foulard gêne, et pas qu’à l’école

Loin d’avoir apaisé les tensions, le vote de cette loi a ensuite suscité d’autres débats, cette fois autour d’organismes privés. Avec le licenciement d’une salariée de l’association Baby-loup en 2008, des élus se sont demandés s’il fallait autoriser le foulard au sein des crèches associatives, recevant des subventions publiques. Puis c’est la question du voile intégral dans l’espace public qui a fait débat, finalement interdit par les députés en 2010 et officiellement banni depuis 2011.

Un nouveau front a également été ouvert à l’université, notamment par un membre du gouvernement, en mars 2015: «L’université, c’est un lieu où on doit pouvoir parler de tout […] Je ne suis pas sûre que le voile fasse partie de l’enseignement supérieur», déclare Pascale Boistard, la secrétaire d’Etat aux droits des femmes. «Je ne vois pas la cohérence d'un système où on interdirait le voile à l'école, au collège, au lycée et où on l'autoriserait à l'université», lui emboîte le pas le patron de feu l’UMP, de concert avec sa Secrétaire nationale en charge des Valeurs de la République et de la Laïcité. A droite, le féminisme est d'ailleurs souvent le cache-sexe d'une islamophobie non-assumée, comme l'avait illustré l'affaire du maillot de bain à Reims, qui a suscité nombre de réactions de responsables politiques d'habitude peu prompts à défendre les droits des femmes. 

La loi de 2004 n’a pas réglé les problèmes à l’école

Même au sein de l’école, où l’on aurait pu croire les choses réglées par la loi de 2004, les limites et contours du texte semblent toujours flous, toujours remis en question. Les activités connexes à l’école, comme les sorties scolaires, sont dans le viseur de certains responsables politiques. En novembre 2014, l’actuel président des Républicains s’est ainsi opposé à ce que des mères voilées puissent être présentes lors des sorties scolaires. Là encore, ce sont des femmes qui étaient essentiellement visées. Un député de son parti, Eric Ciotti, a d’ailleurs déposé en février une proposition de loi en ce sens, quelques jours avant que Nicolas Sarkozy affirme: 

«Nous ne voulons pas de femmes voilées».

Quelques semaines plus tard, ce sont les filles aux jupes «trop» longues qu’on veut exclure. Sarah K., âgée de 15 ans, est interdite d'entrée au collège Léo-Lagrange de Charleville-Mézières par deux fois en avril. Son vêtement est jugé contraire à la laïcité. Le 6 mai, c’est une autre jeune fille qui explique dans les colonnes de la République du Centre avoir été priée de laisser sa jupe chez elle, suscitant une nuée de tweets sous le hastag #JePorteMaJupeCommeJeVeux.

Cette crispation sur le foulard et les femmes musulmanes n’existe d’ailleurs pas qu’en France. Au Canada le Premier ministre Stephen Harper a récemment déclaré que le voile était «contre les femmes» et s’est opposé à une décision qui les aurait autorisées à porter un niqab durant les cérémonies d’accueil dans la citoyenneté canadienne. Une étude de l’université Teesside au Royaume Uni montre que quatre agressions dans la rue sur cinq visant explicitement des musulmans touchent des femmes.

Femme voilée par l'Europe | Olivier Duquesne via Flickr Licence by

 

Des femmes jugées plus faibles

Pour expliquer ce phénomène, une première raison vient en tête: les femmes avec leur foulard sont tout simplement plus facilement identifiables comme musulmanes que ne le sont les hommes avec leur barbe. Pour Abdallah Zekri, vice-président du Conseil Français du Culte Musulman et président de l'Observatoire de l'islamophobie, ce serait même la seule et unique raison de l'agression des femmes musulmanes, et il n'y aurait derrière ces gestes aucune «misogynie» cachée. «La femme musulmane qui porte le voile se fait agresser, la femme musulmane sans voile ne se fait pas agresser. C'est un attribut uniquement religieux qui est visé. Les agressions sont des agressions cela n’a rien à voir avec le sexisme», juge-t-il, concédant néanmoins que c'est aussi parce que la femme est selon lui plus «vulnérable» qu'elle est visée.

«C’est le seul signe visible sur laquelle la loi pouvait agir. Le débat s’est donc focalisé sur les femmes», estime la militante et journaliste Rokhaya Diallo. A cela s’ajoute, selon la fondatrice de l'association Les Indivisibles, la peur qu’inspirent chez beaucoup de gens «l’homme arabe», qui renvoie dans l’imaginaire collectif une image de violence et d’agressivité. Cette image découragerait les amateurs d’agressions islamophobes: en somme, il serait plus facile de s’en prendre à des femmes, jugées plus faibles. Il est d’ailleurs assez courant que les victimes soient des femmes en position particulière de fragilité, souligne Elsa Ray, comme des femmes enceintes ou des femmes accompagnant des enfants.

Des agressions «connotées sexuellement»

Mais par delà ces explications les plus immédiates, n’y aurait-il pas aussi dans ces agressions une autre cause, moins évidente, et comme masquée par la discrimination la plus visible: le sexisme? Une discrimination pourrait-elle en cacher une autre?

68%

La part d'agressions de femmes voilées commises par des hommes en 2014 en France

Regardons d’abord le sexe des agresseurs. Selon le CCIF, qui a procédé pour Slate à un décompte genré des agressions commises en 2014 et 2015, une majorité d’entre eux sont des hommes, mais ils ne sont pas tous des hommes, loin de là. Sur 19 agressions de femmes voilées commises en 2014, 13 l’ont été par des individus de sexe masculin (68%). Pour l’année 2015, du 1er janvier au 20 juillet, ce chiffre est de 58% (15 hommes pour 11 femmes). C’est un premier élément intéressant, mais insuffisant. Si le sexisme ou la misogynie semble être plus souvent une affaire d’hommes envers les femmes, il émane aussi de femmes, et n'est pas exclusivement attaché à un genre: les femmes ont même pu à certaines époques être encore plus «traditionnalistes» et attachées aux rôles genrés que les hommes, votant par exemple massivement moins à gauche que les hommes.

Analysons donc la nature de ces agressions. Nombre de ces actes seraient accompagnés, selon Elsa Ray, d’insultes sexistes, ou seraient «connotés sexuellement». Vêtements arrachés, parfois suivis d’attouchements sexuels: ce n’est pas seulement le voile qui est visé, mais le corps des femmes et ses attributs typiquement féminins, juge la responsable du CCIF.

Le dévoilement de l'indévoilable

«Il s’agit bien sûr d’actes misogynes», commente la chercheuse Christine Delphy, chercheuse au CNRS sur les questions de genre, et leur lien avec les notions de race et de classe. «Les agresseurs expriment le sentiment qu’ils peuvent imposer aux femmes ce qu’ils veulent. On continue de décréter ce que les femmes doivent pouvoir porter. C’est évidemment une mainmise sur la liberté des femmes», estime la chercheuse.

L'idée que les femmes rendent inaccessible leur corps au regard contredit la construction dominante de la féminité selon laquelle les femmes doivent se rendre disponibles

Amélie Le Renard

Pour la chercheuse Amélie Le Renard, membre de l'équipe Professions, réseaux, organisations du centre Maurice-Halbwachs et qui a animé l'année dernière un séminaire de recherche sur «classe, race et genre», «l’idée que les femmes rendent inaccessible leur corps au regard contredit la construction dominante de la féminité selon laquelle les femmes doivent se rendre disponibles», et c’est ce qui expliquerait aussi cette réaction de la part d’hommes qui ne supporteraient pas cette indisponibilité. 

La figure de la «beurette», très recherchée dans les films pornographiques en France, serait aussi un symptôme de cette «frustration» d’essence machiste, puisqu’elle joue précisément sur le dévoilement de l’indévoilable. Elsa Ray souligne par ailleurs que bon nombre de commentaires désobligeants sur les femmes musulmanes qui fleurissent dans la fachosphère sont souvent accompagnés de contenus pornographiques, ou de commentaires à caractère sexuel. Elle cite en exemple les propos de l’adjoint du maire de Wissous, un élu qui avait refusé des femmes voilées sur la plage de sa commune. Son bras droit avait déclaré, sous un post du compte Facebook de son patron: «S’ils croient qu’on risque de leur piquer leurs laiderons parce qu’elles montreraient leurs cheveux… Il faudrait avoir vraiment faim.»

Plus généralement, au delà de ces agressions, ce sont les attaques et discours contre le voile, ou du moins certaines attaques contre le voile, dont on peut se demander s'ils ne sont pas empreints de «sexisme», comme le relevait dans une tribune il y a deux ans la politologue Virginie Martin et deux co-auteurs

«On est bien face à un cumul de sexisme et de racisme car cette guerre déclarée au voile agresse directement les libertés des femmes musulmanes et non celles des hommes musulmans. Toutes les mesures législatives qui depuis 2004 visent l'Islam en France, visent uniquement les femmes musulmanes. Sexisme et racisme sont donc les deux fléaux qui dévastent main dans la main les Droits humains, c'est donc à eux, grâce à un féminisme renouvelé, que la société française doit déclarer la guerre.»

Occultation de la dimension sexiste

Mais bien souvent, quand il existe, le caractère sexiste des agressions contre les femmes musulmanes est passé sous silence. «Quand on couple la question de genre avec un autre critère, il y a quelque chose qui coince, on a du mal à voir de l’intersectionnalité», estime Slimane Laoufi, le chef du pôle «emploi privé» du Défenseur des droits. 

Concept sociologique forgé en 1989, l'intersectionnalité désigne la prise en compte des mutiples discriminations qui visent une même personne, en les considérant globalement. Pour la féministe noire Kimberlé Crenshaw, il consistait à prendre en compte à la fois le sexisme et le racisme, pour mieux inclure les femmes noires dans la lutte féministe, et éviter par exemple d'avoir à leur demander de choisir entre différents aspects de leur personnalité, indissociables. 

Mais les victimes de sexisme et de racisme peuvent elles-mêmes occulter une de ces dimensions, notamment lorsqu'elles leur semblent entrer en contradiction ou en conflit, comme ce peut être le cas aujourd'hui pour certaines femmes qui portent un foulard et voient d'un mauvais oeil tout ce qui est lié au féminisme, résumé à un mouvement anti-voile. Depuis son poste d'observation, Slimane Laoufi estime par exemple que près des trois quarts des discriminations à caractère religieux dans l’emploi en France concernent les femmes, en grosse majorité pour des raisons liées au foulard. Pourtant, quand ces discriminations ont aussi un aspect sexiste, cette dimension est souvent occultée par les victimes. «Elles n’en ont pas conscience, voire refusent qu’on mette en avant cet aspect, même quand il est manifeste. C’est comme ancré en elles. Elles ont du mal à appréhender ce critère et attachent plus d’importance à la liberté religieuse qu’à l’égalité hommes-femmes», souligne Slimane Laoufi. 

D’autres, estime l’expert, vont laisser se développer des remarques sexistes au travail et ne vont en prendre conscience ou commencer à s’en offusquer qu’à partir du moment où ces prétendues «blagues» vont s’accompagner de remarques sur la religion ou l’origine. Comme si le sexisme en lui-même n’était pas suffisant à déclencher leur exaspération.

Une histoire récente

La raison en est d’abord que le sexisme a été mis en lumière de manière plus récente que le racisme ou la xénophobie, et qu’il fait sans doute encore l’objet d’une plus grande acceptation sociale: «La prise en compte de la discrimination sexiste a été très tardive en France au niveau juridique, et sa mise en oeuvre effective est récente», commente le chef du pôle «emploi privé» du Défenseur des droits. L'occultation par les victimes de la dimension sexiste de la discrimination qui les touche «est le prolongement de cette histoire».

Par ailleurs, souligne Amélie Le Renard, il peut aussi être difficile de démêler dans une agression, une injure ou un propos dénigrant ce qui serait simplement «raciste» de ce qui viserait ensuite plus spécifiquement la «religion» et enfin le caractère «sexiste» de l’acte.

On n'est jamais juste une femme

Amélie Le Renard

«Ces violences sont indistinctement sexistes et islamophobes. La question de savoir si c’est plutôt sexiste ou islamophobe est une impasse. En vrai, on n'est jamais juste une femme. On n’est pas dans la tête des agresseurs non plus: le passage à l’acte est très complexe. Mais ce qu’on peut analyser, ce sont des statistiques. Et on voit des violences sur les femmes qui portent le voile et qui sont spécifiques», estime Amélie Le Renard.

Les femmes voilées, «une population d’enfants»

Deux faces d’une seule et même réalité, donc. Et qui se font echo, femmes et immigrés étant deux populations souvent regardées comme simplement inférieures, moins capables de volonté, moins «éduquées» que les blancs non-immigrés, et qui écopent toutes deux de remarques infantilisantes. «Je ne compte plus le nombre de fois où les gens me disent "tu t’es mariée avec un arabe" pour expliquer pourquoi je porte un voile, comme si je n’avais pas la capacité à prendre la décision moi-même», affirme Elsa Ray.

Ce regard sur les femmes des quartiers qui seraient nécessairement sans capacité d’analyse et de décision propres, des «femmes-enfants», a été analysée par Christine Delphy, dans «Antisexisme ou antiracisme? Un faux dilemme». Il a été révélé et renforcé par les discours sur le foulard qui ont fait irruption en 2004, où les adversaires de la loi sur les signes religieux ont été nombreux à prétendre que les femmes devaient tout simplement fuir leurs quartiers:

«Le seul point commun à ces "raisons" diverses, souvent contradictoires entre elles et avec leurs objectifs affichés, réside dans le regard porté sur les Françaises d’origine immigrée, un regard qui les construit comme des êtres incapables de discerner le vrai du faux, le bon du mauvais: une population d’enfants qui ne peuvent que "se tromper". Des enfants à la place desquels on doit décider, pour leur bien; plus: imposer cette décision par la contrainte s’il le faut. Que des politiciens aient cette attitude n’étonne pas. Mais comment des féministes qui dénoncent le paternalisme des hommes peuvent-elles ne pas voir que la même logique est à l’œuvre dans la prétention à "sauver" des femmes malgré elles et contre leur gré?»

Des cérémonies de «dévoilement» forcées

Misogynie et racisme ont souvent fait bon ménage dans l’histoire de l’immigration, estime Rokhaya Diallo, qui cite à titre d’exemple les cérémonies de dévoilement dans l’Algérie des années 50, dont le but était de «normer le corps des femmes indigènes», dans le cadre d’une «guerre contre le voile» menée par les épouses des généraux français et responsable de l’OAS, Jacques Massu et Raoul Salan, comme le raconte le livre Les Féministes blanches et l’empire. Ces cérémonies ont été décrites par Frantz Fanon, dans le livre L’An V de la révolution algérienne, au chapitre «L’Algérie se dévoile». La plus célèbre de ces cérémonies est celle du 13 mai 1958, où selon Frantz Fanon, «des domestiques menacées de renvoi, de pauvres femmes arrachées de leurs foyers, des prostituées, sont conduites sur la place publique et symboliquement dévoilées aux cris de “vive l’Algérie française!”».

Affiche «Dévoilez-vous». Via TV5monde.com

Ces cérémonies étaient à tout le moins des démonstrations de force où les femmes étaient instrumentalisées, la «libération» devant servir à l’armée française d’abord à «déstructurer la culture algérienne», selon Frantz Fanon. 

Ainsi cette affiche éditée par le 5ème bureau d’action psychologique de l’armée française proclame à la fin des années 1950 à l’encontre des femme algériennes: «N’êtes vous pas jolie? Dévoilez vous!», comme le raconte la directrice du Centre des études féminines en Islam Asma Lamrabet dans une intervention à l’université de Grenade qui retrace l’histoire de l’utilisation politique et religieuse du foulard.

Scission au sein du féminisme entre pro et anti-foulard

Cette constante lutte autour des vêtements des femmes et de leur corps est d’autant plus mal vécue par les femmes voilées qu’elle serait encouragée, estiment certaines d’entre elles, par des groupes féministes, censés, pensent-elles, les protéger. La bloggueuse Ndella Paye a résumé ce problème dans un billet symbolique de ce déchirement, où elle décrit selon elles ces «violences sur d'autres femmes»: «Comment des femmes arrivent-elles à reproduire sur d'autres femmes ces mêmes mécanismes qu'elles dénoncent, sans que cela ne les ébranle le moins du monde? (...) C'est tellement infantilisant de se voir expliquer constamment le monde, de se voir traitée d'aliénée, d'éternelle enfant», regrette-t-elle. 

«Si les féministes françaises regardaient vraiment les musulmanes portant le foulard comme des femmes opprimées, alors elles devraient précisément s’abstenir de les exclure des écoles ou de restreindre leur liberté de mouvement, au contraire, elles devraient essayer de mieux les inclure», affirme quant à elle Christine Delphy dans une tribune au Guardian.

Un déchirement tel qu’il a conduit à une véritable scission au sein du féminisme, entre pro et anti-voile, pour le dire grossièrement, ou plus précisément entre des militantes d’un côté dénonçant le foulard, considéré comme anti-féministe, et refusant en leur sein les féministes qui le portaient et de l’autre des femmes qui s’inquiètent de cette stigmatisation et estiment qu’un grand nombre des critiques qui lui sont adressées sont d’essence xénophobe. Un conflit résumé dans le livre de Félix Boggio Éwanjé-Épée et Stella Magliani-Belkacem, Les féministes blanches et l’empire, qui estime que le «féminisme hégémonique» comme il le nomme («regroupant les forces autour du Collectif national pour les droits des femmes, Ni putes ni soumises et Osez le féminisme!») a été incapable de penser les relations entre sexisme et racisme, et aurait même favorisé l’agenda de l’Etat qualifié de «raciste» en excluant les couches sociales invisibilisées ou précaires.

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