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A quoi ressemble un fan de foot au pays du soccer?

Avant le match entre les New York Red Bulls et DC United, le 30 août 2015.

Avant le match entre les New York Red Bulls et DC United, le 30 août 2015.

Les clubs de foot américains de la Major League Soccer ont aussi leurs supporters, même si ce sport reste marginal dans le pays.

Ils constituent une sorte d'anomalie et sont pourtant jusqu'à plusieurs milliers selon les stades. Ils étaient ainsi un peu plus de 1.500 au Yankee Stadium de New York et à peu près autant du côté de la Red Bull Arena, dans le New Jersey, les 29 et 30 août derniers, pour voir le New York City FC s'incliner contre Columbus (1-2) et les New York Red Bulls battre DC United (3-0).

Ce sont les membres de clubs de supporters américains d'équipes de la Major League Soccer, qui s'apprête à fêter ses vingt ans. Des fans de foot au pays du soccer. Un pays où pour certains, «un intérêt croissant pour le soccer ne peut être qu'un signe de la décrépitude morale nationale». Rien de moins.

Alors comment comprendre ce phénomène —encore marginal certes— dans un pays où la culture supporter n’est pas très présente et où se rendre à un événement sportif est parfois plus synonyme de relations sociales? Lors de matchs de baseball, de football américain, de hockey ou même de basket, il n’est pas rare de voir des gens arriver en retard, partir tôt et quitter leur place pour aller commander un hot-dog ou une bière en plein milieu d’une action cruciale.

Comme le note Ronald Zubar, ancien défenseur de l’Olympique de Marseille, et aujourd’hui joueur des New York Red Bulls, la culture européenne n’a pas encore complètement envahi les stades américains:

«C’est vrai qu’en France, on a les kops aux quatre coins de la tribune, même si cela se perd un peu. Ici, les gens viennent surtout voir un spectacle. Regarde, à la fin, on gagne 3-0, mais les gens ne restent pas jusqu’au bout et rentrent chez eux (rire). Ils nous ont vus gagner et sont contents. C’est comme pour tous les sports américains. Au basket, c’est pareil, avant la fin du match, ils sont déjà tous partis, alors que moi je me dis que je vais rester pour les applaudir, et je me retrouve tout seul. C’est un peu spécial, mais je ne regrette rien.»

«Scuzzy» – Bob Larson, Stellar Performance Photography

La Ligue américaine, qui a mené des études sur ce sujet, explique que les fans de foot le sont en moyenne depuis moins de quatre ans. La Ligue étant également relativement jeune, il n’y a pas encore vraiment de culture familiale partagée autour d’une équipe.

Pourtant des noyaux de supporters se sont créés un peu partout dans le pays, comme le raconte Rox Fontaine, président du Third Rail, l'un des clubs de supporters du New York City FC, quand on lui demande en quoi la culture supporter est différente aux Etats-Unis:

«C'est pareil que partout ailleurs dans le monde. La relation qu'ont les fans de foot avec leur équipe est plus personnelle que dans n'importe quel autre sport. On aime notre club, et même s'il n'a qu'un an, on l'attendait depuis tellement de temps. Beaucoup de nos membres étaient déjà attachés à une équipe ailleurs, mais ils attendaient la possibilité d'avoir la leur, chez eux.»

 

En fait c’est en se rendant au stade que certains spectateurs se prennent au jeu et deviennent supporters. C’est ce qui est arrivé à David alias «Scuzzy», un banquier new-yorkais qui a récemment rejoint la Viking Army, l’un des trois clubs de supporters des Red Bulls:

«J’avais pris un abonnement à l’année vers le centre du terrain et puis j’ai vu ce groupe de supporters derrière le but qui avaient l’air de s’éclater. Et quand je me levais pour célébrer un but, je me retournais ensuite pour demander si je ne gênais pas. C’était très étrange. Alors j’ai pris un abonnement derrière le but pour être avec eux. C’est très différent de n’importe quel autre sport.»

Comme lui, on a été légèrement surpris lorsque l’on est rentré dans la Red Bull Arena —l’enceinte des New York Red Bulls— et que l’on a découvert un gros groupe de supporters derrière l’un des deux buts en train de faire beaucoup de bruit. On a fini d’être dérouté quand on a vu des fumigènes être allumés (leur usage est désormais interdit en France) du côté des kops, à l’entrée des joueurs, puis à chaque but, lors du match face à DC United.


Les Red Bulls ne sont pas une exception dans le championnat nord-américain, mais ils n'ont pas encore atteint le niveau des Seattle Sounders, club du nord-ouest des Etats-Unis où l'ambiance est similaire à celle des plus belles que l'on peut trouver en Europe.


Pour en revenir aux Red Bulls, Damien Perrinelle semble plutôt apprécier. L'autre défenseur français de la franchise a passé plusieurs saisons en Ligue 2, avant de connaître la Ligue 1 en 2009-2010 avec Boulogne et de partir de l’autre côté de l’Atlantique au cours de la dernière saison:

«Il y a un engouement qui commence à être sympa, un kop qui est cool, qui chante tout le match. Je préfère jouer ici qu’à Clermont ou à Istres, comme cela a pu être le cas pour moi. C’est sans commune mesure. Ce serait entre le top 5 et le top 10 des stades de Ligue 1.»

Mais n’allez pas croire que les supporters américains peuvent faire ce qu’ils veulent en tribunes. «Scuzzy» précise ainsi:

«Seul le chef a le droit d'allumer les fumigènes. Il les met ensuite dans un pot rempli de sable. Des extincteurs sont à portée de main. À tout moment, ils doivent être en capacité de les éteindre.»

Parce qu’on ne rigole pas vraiment avec la sécurité dans un stade américain. La plupart des clubs de MLS sont propriétaires de leur enceinte et peuvent faciliter la tâche de leurs supporters en les laissant faire entrer tambours et tifos, précise Howard Handler, responsable marketing de la MLS.

Mais les choses sont plus compliquées pour Rox Fontaine et le reste des supporters du New York CityCFC. Le Yankee Stadium n’est pas propriété de leur équipe: ils doivent donc suivre les règles imposées par le club de baseball.

«Prochain ordre du jour: s'occuper de la façon dont certains d'entre nous ont été traités aujourd'hui. C'était horrible. Je vais avoir besoin du soutien de vous tous.»

«Lors du match face à Columbus, l'un des supporters a été tasé à cinq minutes du terme. [...] Ça m'a fait peur. Le Yankee Stadium, ce n'est pas notre stade, c'est celui par défaut. Avec Orlando, nous sommes une des équipes du dernier élargissement de la Ligue. Les autres n'ont pas forcément ces problèmes. C'est le cas du Yankee Stadium, parce qu'il y a plus une culture baseball.»

Une culture qui n'est pas du tout la même que celle du football où les supporters vont porter leur équipe de la première à la dernière minute, rester debout, chanter, crier...

Quant à la vidéo de la bagarre entre supporters new-yorkais des Red Bulls et du New York City FC, qui a amené de nombreux médias américains à se poser la question du hooliganisme, les supporters et la Ligue assurent qu’il s’agit d’un événement isolé. Dans l’ensemble, résument-ils, les choses se passent plutôt bien dans les stades américains.


Si elles ne font pas le plein partout, les enceintes affichent malgré tout une affluence moyenne de 21.000 spectateurs, détaille la Ligue américaine, un peu moins que la Ligue 1 et ses 22.300 spectateurs de moyenne pour la saison 2014-2015. Et ce public, expliquent les supporters et la Ligue, est plus divers et plus jeune que dans les autres sports américains.

Cela s’explique également par le prix des billets. En MLS, ils peuvent revenir à une vingtaine de dollars, nous expliquent les spectateurs présents autour du Yankee Stadium et de la Red Bull Arena. Soit beaucoup moins que les prix affichés pour des rencontres de baseball, football américain ou même de basket, comme l'indique Rox Fontaine:

«Un billet que vous payez 40 dollars pour un match du New York City FC va vous revenir à 150 dollars pour un match des Yankees.»

Quelques supporters peuvent même s’autoriser de temps à autre un déplacement. Ils étaient ainsi une petite cinquantaine de DC United (Washington se trouve à 360 kilomètres) coincés en haut d’un virage de la Red Bull Arena. Ils étaient tout juste autant de Colombus (une ville de l’Ohio à 860 kilomètres de New-York) à être présents dans le stade des Yankees.

Il faut avouer que si le prix des places est encore relativement abordable, le coût et la durée d’un déplacement en rebutent certains. Josh, supporter du New York City FC et membre du Third Rail, nous explique sa bière à la main, qu’il est obligé de poser un jour de congé, ce qui n’est pas toujours possible. A titre d'exemple, un Los Angeles – New York, c'est un peu moins de 4.500 kilomètres.

En 2012 déjà, le Guardian rappelait que la MLS était ce championnat où un déplacement de 1.000 miles (1.600 kilomètres) n'était pas si énorme que cela:

«Le déplacement moyen d'un supporter en Amérique du Nord est l'un des plus longs que vous auriez à faire dans les autres championnats [européens]; les plus longs d'entre eux constituent plus des expéditions que des road trips. Pour les supporters des Portland Timbers, se rendre à New York est similaire à un voyage Londres-Bagdad. Si ceux des LA Galaxy vont à Boston, leur périple est plus long qu'un Tokyo-Manille.»

Sean et Josh, supporters du NYCFC.

Les supporters doivent également prendre en charge le prix d’un billet d’avion. S’ils ont réussi à aller à New England, à 560 kilomètres de New York, en bus pour 25 dollars (22 euros), pour se rendre à Dallas, dans le Texas, Sean et Josh ont dû lâcher 200 dollars (180 euros), mais «ça les valait», expliquent-ils.

Et ils ne sont pas les seuls à apprécier. Dans l'émergences des clubs de supporters, la MLS voit un joli produit d'appel et la possibilité de développer une marque qui n’existait pas vraiment jusque-là dans le sport américain, tout en faisant quand même apparaître les stades comme un lieu convivial où l’on peut amener ses enfants. Comme nous l'a expliqué Howard Handler: 

«Parmi les choses qui nous rendent spéciaux, il y a l'atmosphère des stades, cette électricité... J'ai travaillé pour la NFL, dans les années 90, je suis un grand fan de sport. Mais quand vous vous rendez dans un stade de MLS, c'est différent. Ils ont adopté beaucoup des traditions qui existent dans le monde. La culture des supporters est quelque chose que l'on a adopté.»

Reste alors à rejoindre le niveau des championnats étrangers pour finir d'implanter le sport sur un marché évalué à près de 250 millions de consommateurs. Même là, les Américains ont de l'ambition. Et les arrivées de Giovinco, Pirlo, Kakà, Lampard ou encore Gerrard ne pourraient être qu'un début. Le but est désormais de lancer et des joueurs de classe mondiale au sein de la ligue tout en y attirant de jeunes talents étrangers. La MLS se donne jusqu'à 2022 pour faire partir des meilleurs championnats du monde.

L'auteur de cet article a pu se rendre à New York dans le cadre d'un voyage de presse organisé par Eurosport, diffuseur en France de la MLS.

 

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