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Obama est un hypocrite du climat

Mouvement de protestation lors de la venue de Barack Obama en Alaska, le 31 août 2015 (REUTERS/Jonathan Ernst)

Mouvement de protestation lors de la venue de Barack Obama en Alaska, le 31 août 2015 (REUTERS/Jonathan Ernst)

Le président américain tente d'alerter sur le changement climatique quelques jours seulement après avoir accordé un permis de forage à Shell.

C'est l'une des lignes de front du changement climatiqueLundi 31 août au matin, le président Obama s'est envolé pour l'Alaska pour un voyage que la Maison Blanche qualifie de «coup de projecteur sur ce que les Alaskains, en particulier, ont appris à connaître: le changement climatique est l'une des plus grandes menaces auxquelles nous devons faire face, il est provoqué par l'activité humaine et bouleverse aujourd'hui même la vie des Américains».

Le problème, c'est que ces mots sonnent creux lorsqu'on les compare au bilan mitigé d'Obama en matière de lutte contre le changement climatique. Ce voyage très médiatisé intervient au cœur d'une séquence assez délicate pour le président. Voici à peine deux semaines, son administration autorisait la compagnie pétrolière Shell à forer au large de l'Alaska, sur la côte arctique nord-ouest –pas vraiment le genre de décision qu'on attendrait de quelqu'un qui se targue de «diriger par l'exemple».

Priorité à l'énergie

Les baux d'exploitation permettant à Shell de forer l'Arctique ont été attribués sous l'administration de George W. Bush et le président actuel n'avait que peu de moyens de les bloquer. Pour autant, comme le fait remarquer ThinkProgress, Obama aurait pu tout simplement les révoquer, ou initier un processus visant à déclarer la région zone marine protégée, pour que tels contrats soient impossibles à l'avenir. Deux actions qui n'auraient pas été faciles, mais qui auraient permis d'envoyer un message fort à l’industrie: à partir de maintenant, la lutte contre le changement climatique passe avant l'exploration énergétique. Point final.

Une malheureuse et contradictoire juxtaposition de paroles et d'actions

Des écologistes se sont bruyamment opposés à cette autorisation: le mois dernier, des militants en kayak avaient brièvement bloqué un brise-glace de Shell dans le port de Portland, en Oregon. Récemment, Hillary Clinton, favorite dans la course démocrate à la Maison Blanche, exprimait elle aussi son opposition.

«Personne ne dit jamais non»

Pour un groupe militant, Credo Action, cette malheureuse et contradictoire juxtaposition de paroles et d'actions correspond au «Mission accomplie» d'Obama, en référence au discours tristement célèbre de Bush déclarant la victoire en Irak. Je suis du même avis.

«Il marque un peu contre son propre camp en tendant d'abord la pelle à Shell, puis en se rendant sur place», me dit l'écologiste Bill McKibben. Il y a quelques mois, McKibben écrivait dans le New York Times que l'immobilisme du président allait le rendre coupable de «déni climatique» si jamais le permis de forage était accordé à Shell. «Même en ces temps les plus extrêmes, personne n'est visiblement capable de tenir tête à l'industrie des énergies fossiles. Personne ne dit jamais non», tançait McKibben.

En matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, le bilan d'Obama aura été au mieux médiocre

Après des décennies d'atermoiements, les scientifiques affirment désormais que le monde –et surtout des pays comme les États-Unis, où les émissions sont historiquement élevées– doit immédiatement s'embarquer sur une voie radicalement audacieuse pour espérer contrer le changement climatique. Pour le moment, en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, le programme mis en place par Obama –malgré ses tambours et ses trompettes– aura été, au mieux, médiocre. Pour beaucoup d'écologistes, qu'Obama permette à Shell de forer l'Arctique est la cerise d'un gâteau fourré à hypocrisie.

Un président en Arctique alaskain, une première

Pour Elijah Zarlin de Credo, qui a travaillé dans l'équipe de campagne d'Obama en 2008, la rhétorique de la Maison Blanche quant à la visite présidentielle en Alaska est «incroyablement culottée», vu le blanc-seing offert à Shell.

«L'hypocrisie se fait voir d'elle-même quand vous l'entendez dire des choses comme “l'heure du réveil a sonné, vu son bilan en matière de pétrole, de gaz et d'extraction de charbon, déclare Zarlin. Ses paroles [sur le changement climatique] sont éloquentes, mais elles sonnent de plus en plus creux. Au bout du compte, cela me rend triste, parce que je croyais en ce type.»

Lors de ce voyage, Obama deviendra le premier président américain en exercice à se rendre en Arctique alaskain. Il visitera le village côtier de Kotzebue, où Shell stationne certains de ses équipements de forage, pour voir en direct les effets de la montée des eaux et de la fonte du permafrost. Il apparaîtra dans un épisode de «Running Wild With Bear Grylls», pour discuter du changement climatique et recevoir une «formation accélérée en techniques de survie», selon un communiqué de la chaîne NBC.

Fonte des glaciers: un rythme effréné

En Alaska, les effets du réchauffement climatique ne cessent de s'accélérer. Cette année, la saison des feux de forêt a atteint un record, en réussissant même à percer le permafrost. La semaine dernière, non loin des lieux que visitera Obama, des milliers de morses s'échouaient sur une plage, un phénomène inquiétant prouvant combien la banquise manque dans l’Arctique alaskain. Dimanche, le gouvernement annonçait que le Mont McKinley, le plus haut sommet d'Amérique du Nord, allait changer officiellement le nom et devenir le Denali. Une information sur laquelle le président n'a pas suffisamment insisté: sur le Denali, les glaciers fondent à un rythme effréné.

Nous n'accordons pas de permis les yeux fermés

Barack Obama

Dimanche, lors de son allocution hebdomadaire, Obama évoquait le scandale Shell en ces termes: «Nous n'accordons pas de permis les yeux fermés». Mais ce que le président semble oublier, c'est que les militants écologistes ne sont pas tant préoccupés par le potentiel dévastateur d'une marée noire en Arctique, que par le message qu'une telle autorisation envoie au reste du monde: lutter «radicalement» contre le changement climatique ressemble beaucoup à de l'immobilisme.

En réalité, l'ampleur des actions que requiert la lutte contre le changement climatique dépasse de loin ce qu'Obama a pu mettre en place. Ce problème, les États-Unis ne le résoudront pas tous seuls, mais leur leader pourrait faire montre d'un héroïsme véritable sur la question climatique. Visiblement, Obama est loin d'en avoir la trempe. 

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