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Les roucoulades de Manuel Valls et Pierre Gattaz

 Le chef du gouvernement et le patron des patrons semblent partager les mêmes objectifs. En attestent leurs multiples roucoulements | .jocelyn. via Flickr CC License by

Le chef du gouvernement et le patron des patrons semblent partager les mêmes objectifs. En attestent leurs multiples roucoulements | .jocelyn. via Flickr CC License by

Au-delà des postures habituelles, le Premier ministre et le président du Medef ont affiché des objectifs convergents pour promouvoir le travail, améliorer la compétitivité des entreprises et alléger les contraintes administratives.

Quelle belle rentrée, qui voit le chef du gouvernement et le patron des patrons partager les mêmes objectifs et s’inscrire dans les mêmes dynamiques pour stimuler la croissance économique.

Dans une tribune aux Échos dont il a repris les thèmes à l’université d’été du PS à La Rochelle, Manuel Valls a encouragé l’effort, l’initiative et la prise de risque pour promouvoir le travail. Dans son discours à l’université d’été du Medef, Pierre Gattaz a insisté sur le goût de l’effort et le sens du mérite pour défendre le travail, en ajoutant l’audace et le courage pour les entrepreneurs. Les entendant tous deux, un martien en transit pourrait penser que ces deux hommes partagent les mêmes idées sur la valeur travail, «valeur centrale de la gauche», a souligné le ministre de l’Économie Emmanuel Macron.

D’autant que, sur les politiques à mener pour soutenir l’économie, ils se rejoignent encore. Le patron des patrons dénonce-t-il une fiscalité «parmi les plus élevées d’Europe» et «totalement dissuasive pour l’investissement»? Il faut la réformer, répète-t-il en boucle, en commençant par une réduction des dépenses publiques, qui est «la mère de toutes les réformes».

Or, Manuel Valls lui fait écho en présentant la baisse de la fiscalité parmi les objectifs prioritaires, parce qu’«une fiscalité et un coût du travail élevé, ce sont aussi des entreprises moins compétitives dans une économie mondialisée». Et lui-aussi considère que, pour faire baisser la pression fiscale, il faut «maîtriser la dépense publique». Même constat, même projet. Pas de fausse note, apparemment.

Hommage patronal au gouvernement socialiste

Bien sûr, Pierre Gattaz n’a pas forcément apprécié que le Premier ministre ait clos sèchement à La Rochelle la polémique qui naissait sur une éventuelle remise en cause des 35 heures après les propos équivoques du ministre de l’Économie Emmanuel Macron («La gauche a cru que la France pouvait aller mieux en travaillant moins, c’était des fausses idées.»). Mais le président du Medef ne pouvait raisonnablement pas espérer qu’un gouvernement qui se veut de gauche s’engage sur une réforme de la durée légale du travail alors que la droite s’en était bien gardée.

Bien des chefs d’entreprises hésiteraient eux-mêmes à ouvrir la boîte de Pandore. Et on aura compris que le ministre de l’Économie, recadré par le chef du gouvernement, avait juste imprudemment résumé, en s’affranchissant des tabous, le projet de sa loi de libéralisation de l’économie. Une loi pour laquelle le Premier ministre a lui-même «mouillé la chemise». Ainsi était-on seulement en cette fin d’été dans un de ces jeux de rôles que les uns et les autres affectionnent particulièrement à la veille d’une rentrée pour remobiliser leurs troupes au sortir des vacances. Cela, le martien l’aura bien compris.

L’an dernier, Manuel Valls avait proclamé  «j’aime l’entreprise». Après les grandes déclarations, les travaux pratiques

Même chose sur la compétitivité: on ne peut que constater la convergence de Manuel Valls et de Pierre Gattaz. Celui-ci a d’ailleurs salué la mise en œuvre par le président de la République et le gouvernement du Pacte de responsabilité à hauteur de 41 milliards d’euros, amorçant la nécessaire baisse des charges qui pèsent sur les entreprises.

Un inhabituel hommage patronal à l’action du gouvernement socialiste, même si le patron des patrons juge que l’effort sur la fiscalité n’est pas encore suffisant, et si le Premier ministre –qui assure que le soutien aux entreprises ne sera pas remis en cause malgré des pressions contraires à gauche– réplique en demandant au patronat de tenir ses engagements en matière d’investissement et d’embauche.

Chacun à sa place, les deux hommes expriment bien les mêmes souhaits pour atteindre le même objectif. Rien que de très normal pour notre martien, qui n’en est pas à son premier passage sur Terre: il se souvient que l’an dernier, le même Manuel Valls avait proclamé devant les mêmes patrons «J’aime l’entreprise». Après les grandes déclarations, les travaux pratiques.

Rassurer le patron des patrons

Il reste bien des points noirs, comme le poids des contraintes administratives et la réglementation du travail. Justement, comme par hasard, alors que Pierre Gattaz dénonce «une complexité administrative asphyxiante» et un «marché du travail trop complexe et trop rigide», Manuel Valls regrette que l’économie soit «entravée par des réglementations excessives ou trop complexes» et propose de «repenser la façon d’élaborer la réglementation du travail».

Comment? Entre autres, en laissant «plus de liberté aux entreprises et aux salariés pour prendre les décisions les mieux adaptées pour eux», indique le Premier ministre dans sa tribune. Et en donnant plus de place aux accords d’entreprises qu’à la loi en matière de droit du travail. Avec plus de souplesse pour les entreprises et un dialogue social redynamisé, a-t-il répété à La Rochelle, quitte à heurter certains militants socialistes, qui l’ont sifflé.

De quoi rassurer le patron des patrons, qui veut «favoriser l’accord d’entreprise ou de branche par l’inversion de la hiérarchie des normes» et qui reconnait qu’«un certain consensus est en train d’apparaître parmi les responsables politiques ainsi que d’éminents juristes, de droite comme de gauche, autour de cette nécessaire évolution».

À écouter les uns et les autres, le martien a pu repartir rassuré sur la qualité des relations entre un gouvernement dont le chef revendique son positionnement social-démocrate et un patronat qui, tout en reconnaissant une certaine complicité passée dans certaines dérives imputées à l’État, espère en la victoire d’une France «réunie, rassemblée et apaisée avec elle-même». Quel bel acte de foi!

Nous voilà rassurés sur la qualité des relations entre un gouvernement social-démocrate et le patronat

Le problème n’est pas pour le martien, mais pour ceux qui restent. Car les entreprises n’ayant pas relancé leurs investissements et l’emploi tardant à repartir, le chômage en France est toujours deux fois plus important que dans d’autres pays européens, avec un taux supérieur à 10% (comme la Suède, la Pologne ou les Pays-Bas) alors que l’Allemagne, le Royaume Uni, l’Autriche et la République Tchèque sont autour de 5% (voire moins).

«Les entreprises créent à nouveau des emplois, mais c’est encore trop faible», a reconnu Manuel Valls. Il faut amplifier le mouvement, dépasser les postures. Comment passer d’une convergence de points de vue à des travaux pratiques avec des résultats? Les patrons vont-ils juger le moment venu de réinvestir? Le ministre des Finances publiques Michel Sapin y croit. «La reprise est bel et bien engagée», insiste-t-il après avoir maintes fois rappelé les patrons à leurs responsabilités.

Il faudra plus que la stabilisation du nombre de chômeurs en juillet pour convaincre l’opinion. Mais, après les universités de l’été 2015, on peut espérer que les uns et les autres vont passer à l’action pour amplifier le faible mais réel regain d’activité enregistré depuis le début de l’année (0,7% sur le semestre) et le diffuser dans les entreprises par des créations de postes. L’espoir est un moteur pour l’action. Sur Mars, assurément. Mais dans l’économie française?

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