La Poste arrose le désert
Gérer plus ou moins en douceur la mort lente du courrier ne fait que retarder les choix douloureux. La Poste doit investir et vite dans les colis et la banque.
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Faîtes un test. Vous souvenez vous du courrier que vous avez reçu la semaine dernière. Deux ou trois factures, téléphone, assurances? Une quittance de loyer? Un remboursement de la Sécu? Des relevés de banque. Beaucoup de prospectus. Un magazine... Une invitation peut-être et un faire part de mariage.
Admettez-le: la majeure partie de ce que vous a apporté le facteur n'aura, au train où se diffuse la révolution Internet, plus besoin bientôt que d'un clic électronique pour vous parvenir directement. Et d'un autre clic pour répondre, payer, confirmer ou encore contester. Il reste, certes, encore des obstacles à lever pour imaginer un tel changement. De l'équipement de l'ensemble du territoire en réseau Internet haut débit à la présence d'ordinateurs dans les foyers, du surpassement de la fracture générationnelle à la légalisation de la facture numérique en passant par la dématérialisation des feuilles de paie. Toutes ces objections sont recevables.
Le grand basculement du courrier dans l'ère électronique n'en paraît pas moins inéluctable. Question de temps. Deux, trois, cinq ans? D'équipement. Les fonds collectés par le grand emprunt ne doivent-ils pas en partie permettre d'installer le numérique partout en France. D'économies pour les administrations, les entreprises, les organismes de protection sociale... L'Etat n'est pas le dernier, en poussant par exemple le contribuable à déclarer ses revenus sur Internet, à pousser à la roue. Et surtout d'acceptation. Du blocage psychologique à la question du lien social que le réseau postal entretient sur le territoire, là réside évidemment le principal sujet d'inquiètude des élus locaux.
Une sorte de tragédie grecque à la mode postale va donc se jouer ces prochaines années. Le facteur a beau conserver la plus forte cote de popularité chez les Français, la chute spectaculaire du courrier, l'un des trois piliers de la Poste à coté de la livraison des colis et les services financiers, paraît être un phénomène inéluctable. On a beau tourner et retourner le problème dans tous les sens. L'activité courrier, qui représente encore la moitié des revenus de la Poste, tombe comme une pierre.
Au cours des six premiers mois de l'année, le volume distribué a chuté de près de 7%, soit deux fois plus vite que ce que prédisaient les Cassandre. La crise n'est pas étrangère à ce phénomène. Mais plus personne ne se hasarde à lui faire endosser seule la responsabilité de cet effondrement. Qu'il s'agisse du courrier d'affaires ou du courrier des particuliers, les facteurs qui expliquent la chute -Internet, télétransmission, marketing direct...- vont encore s'accélérer. Au point que la direction de la Poste anticipe une chute du tiers du volume des lettres distribuées à l'horizon de 2015.
A l'heure où le gouvernement s'apprête à présenter son projet de transformation du statut de la Poste au Parlement, il n'est pas absurde de se demander s'il n'est déjà pas en retard d'une guerre.
Fin juillet, le Conseil des ministres a adopté un projet de loi faisant de La Poste une société anonyme à capitaux publics. La condition, explique le gouvernement, pour procéder à l'injection de 2,7 milliards d'euros dans La Poste pour lui permettre de se moderniser à temps avec l'ouverture totale du courrier à la concurrence en Europe au 1er janvier 2011. Les syndicats y voient la première étape d'une privatisation qui n'ose pas dire son nom. Ils appellent cette semaine à la grève. Pour les salariés, ils prédisent un remake du malaise social qui hante actuellement France Télécom. Pour les clients, ils font peser la menace de la fin de la distribution du courrier sept jours sur sept et la disparition d'un prix du timbre unique.
En face, le gouvernement réfute toute privatisation rampante, assure que la Poste restera une société à 100% à capitaux publics dans laquelle l'Etat et la Caisse des dépôts injecteront l'argent nécessaire pour se moderniser. Peut-il faire autrement? A s'appliquer à présenter son projet comme un effort financier consenti à l'ensemble des activités de la Poste -courrier, colis, banque- il fait surtout tout, et comment vraiment lui reprocher?- pour éviter d'ouvrir la boite de Pandore.
A l'heure où les relations sociales se crispent un peu partout, le gouvernement ne peut se permettre un collapsus général de la Poste et de ses 180 000 agents qui achèverait, en pleine crise économique et sociale, de mettre par terre le réseau de PME déja à genoux. Cela a au moins le mérite de continuer à faire avancer les choses. Il n'empêche: tel qu'il le présente, son projet d'injecter de l'argent au niveau de l'organe de tête de La Poste cache difficilement sa résignation à courir tous les lièvres à fois, quitte à risquer de n'en débusquer aucun. Et quitte à arroser le désert.
Ce choix risque en effet de revenir à accompagner au mieux la mort lente du courrier sans mobiliser les moyens nécessaires pour soutenir et sauver les autres activités -colis et banque- plus prometteuses. Le plan d'urgence présenté fin juin par Jean Paul Bailly, le président de la Poste, vise à redéployer l'activité courrier vers de nouveaux services (marketing direct pour les PME, international), améliorer la productivité en modernisant l'outil industriel en ne remplaçant pas les départs à la retraite, et réduire les coûts de 7 milliards sur sept ans. N'est-il pas déjà condamné à seulement ralentir le raz de marée, pour gagner du temps, sans résoudre l'équation?
Ne vaudrait-il pas mieux «mettre le paquet» sur le colis et la banque en leur consacrant l'essentiel des moyens mobilisés? Qui plus est, comment évaluer à deux à trois ans et donner un prix à la branche courrier en chute libre?
A ceux qui font valoir que le coût de la réorganisation du courrier, destiné à l'éteindre sans trop de vagues, va être énorme pour la collectivité sans assurer l'avenir de la Poste, les opposants ont beau jeu de rétorquer que le coût d'un séisme social et la désorganisation générale de l'activité qu'il provoquerait, serait encore plus pénalisant.
L'argument n'est pas faux. Mais en attendant, ce débat risque d'occulter les vrais enjeux pour l'avenir: comment mettre réellement en valeur ce qui constitue la vraie richesse de la Poste, son réseau de 17 000 points de vente sur tout le territoire? Mettre la branche colis en état de jouer sa partie dans le grand bain de la concurrence européenne n'implique-t-il pas des moyens autrement plus importants? Anticiper le rôle de la Poste dans la consolidation du secteur bancaire français suppose-t-il de conserver et de développer à tout va la banque postable dans tous les métiers d'une banque universelle? Ou ne convient-il pas de rapprocher plus vite et plus étroitement certains de ses métiers avec ceux de partenaires?
Autant de questions auxquelles il n'est pas donné de réponse à la collectivité qui va devoir mettre près de 3 milliards sur la table. Comme pour voir. Mais avec toutes les chances de perdre.
Philippe Reclus
Image de Une: Centre de tri de La Poste Regis Duvignau / Reuters
Mis à jour le 22/09/2009 à 12h52










































Je suis d'accord avec bien des points de l'article sinon que son auteur oublie quelques aspects.
D'abord, quel est, quels sont les métiers de La Poste ? Qu'est-ce qui relève du Service Public et qui ressort du secteur marchand ? Qu'est-ce qui doit être ouvert à la concurrence dans les prochains mois et qu'est-ce qui peut ne pas l'être ?
Tous les amalgames sont faits sur cette entreprise multiforme dont les missions ou métiers deviennent très différents. Je suis bien d'accord sur le fait que la concurrence du colis, de la messagerie sont déjà dans les faits depuis longtemps. La Poste est d'ailleurs déjà organisée pour faire face à ce métier concurrentiel et le fait plutôt bien. La Banque Postale n'est rien d'autre qu'une banque du domaine concurrentiel lui aussi etc etc etc ...
Pour résumer ma pensée, je me demande si La Poste ne devrait pas être "éclatée" selon ses métiers, certains étant privatisés totalement, libres de voguer dans leur métier et d'y développer les savoirs faire qui sont déjà nombreux. D'autres, de pur Service Public, devraient rester dans le giron de l'administration parce que leur mission technique est trop mêlée avec des missions d'aménagement du territoire. Dans ce cadre, pourquoi ne pas faire alors évoluer ces missions, les élargir, les rendre plus "publiques" pour utiliser le formidable maillage existant au service de la population ?
sans être traumatisé par France Telecom ou Edf, je ne vois pas l'intérêt pour l'usager d'acheter au prix fort des centrales aux USA pour y prendre des part de marché ou de développer des réseaux d'antennes en Grande Bretagne. Demain, je ne vois pas non plus ce que m'apportera que La Poste privatisée distribue du courrier en Albanie ... entre l'égo démesuré de certains dirigeants de grandes entreprises publiques et la réalité de ce que les missions DEVRAIENT être, il y a souvent des arbitrages pas toujours faits dans le sens de l'intérêt collectif.
Bonne journée
Si déjà la Poste et ses dirigeants comprenaient que la qualité c'est de s'adapter aux besoins des clients et non à ceux des syndicats.
Vous êtes salarié ? Si vous recevez un colis ou un recommandé, quelles options vous sont-elles ouvertes ? Prendre une demie journée de congés ou bien faire une heure de queue le samedi matin. Donc, comme pour les recommandés vous n'avez pas le choix vous vous préservez des désagréments en faisant adresser vos colis chez le commerçant du coin qui lui, tout petit qu'il est, a compris depuis longtemps que ses clients venaient chez lui, le soir et durant le week-end et ouvre en conséquence.
Si monsieur Bailly avait juste autant de jugeote que mon épicier, il devrait en tirer les conclusions pour arriver à faire face à la concurrence (qui ne dispose pas de son réseau) sur les colis et la banque et ouvrir les bureaux au moment où les clients en ont besoin...
La poste est privatisée, ce sont des concessions données à des commerces de proximité, ca marche trés bien ca ne coute rien au contribuable. Pas de Grève, pas de blabla autour d'un soit disant service public ici on parle de service au public. Noté bien la différence. La distribution est donnée à des gens qui cumule aussi un autre job et tout va bien. Il faut qu'on arrête en France de se gausser sur des non sujets. Les complices dans cette histoire sont les élus pléthoriques qui ne vivent que du système et qui surenchérissent sur les copains à n'importe quelle occasion pour dire n'importe quoi. L'Etat n'a pas besoin de s'occuper de ca d'autant qu'aujourd'hui la poste n'a plus d'enjeu strategique, il faut que quelqu'un leur explique, ils ont pris et croqué pendant 40ans c'est fini, souvenez vous comment les postiers en grève on emmerdé le peuple...
Dear Peter,
Ayant vecu 20 ans à Londres, j'ai vu la privatisation de Royal Mail... C'est un désastre!
Si je suis d'accord sur la stratégie, son exécution est une farce.
Les facteurs Londoniens sont des gros chavs (beaufs) à la tête rasé type National Front qui volent les colis et insultent les clients de couleur. Le Customer Service est ubuesque et en déni total. Les franchises locales de Post Office sont souvent - pas toujours - une insulte au Service de Her Royal Majesty, qui était le premier service de postes de l'histoire. Mon "local post office" à Westminster était dans un cyber café complétement décati tenu par des Pakistanais ( je n'ai rien contre les Pakistanais) fondamentalistes musulmans ( là j'ai un problème). Le muezzin, enregistré sur cassette, chantait toute la journée dans la poste qui en plus de vendre deux ou trois rouleaux de scotch et trois feuilles de papier kraft avait un vaste rayon d'articles religieux dont de superbes tapis de prières avec boussole incorporée, hijabs approuvés par les autorités religieuses de Kaboul et guides à l'usage des femmes musulmanes. L'hygiène y était hallucinante et le personnel féminin en burka... je suis prêts à accepter qu'un bureau de poste partage ses locaux avec une boutique d'article religieux, pourquoi pas... mais, en bon agnostique laïque, je trouve préférable que Dieu et, sa musique ( prières musulmanes, chants grégoriens ou prières juives etc) ainsi que ses fans costumés restent à l'extérieure.
Ça, c'est mon expérience à Queens Park dans Brent. Moi, j'habitais Westminster, et tous les Post Offices dans un rayon de deux kilomètres avaient fermés.
Alors, prendre la privatisation Britannique en exemple, might be a step too far...
More info on: http://news.bbc.co.uk/2/hi/business/4700190.stm
La poste n'est plus un service stratégique pour les états. le service britanique fonctionne globalement et ne coute rien aux contribuables, ces communautés contribue à leur intégration qui reste communautariste, et cela est propre à la GB.
Maintenant a propos des gros beaufs anglais je crois que les francais de la poste n'ont rien à leur envier.
Si j'en juge par le lien de Zanafiotte, entre le courrier perdu, le courrier volé et celui qui arrive en retard, la poste britanique coûte une fortune à ses citoyens, ou en tout cas à ceux qui n'ont pas les moyens de s'en passer.