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L’affaire du ministre qui a traité la reine Elizabeth par-dessus la jambe

La reine Elizabeth II au château de Bellevue, à Berlin (Allemagne), le 24 juin 2015 | REUTERS/Stefanie Loos

La reine Elizabeth II au château de Bellevue, à Berlin (Allemagne), le 24 juin 2015 | REUTERS/Stefanie Loos

Que se passe-t-il quand un ministre du gouvernement Blair commente le physique de la reine Elizabeth II? Tout le monde serre les fesses.

Bientôt 90 balais au compteur et pas prête à mordre la poussière: la reine Elizabeth II détiendra, le 10 septembre prochain, le record du plus long règne britannique. Depuis juillet, nous vous avons réuni vieux dossiers et anecdotes sur la monarque dure-à-cuire. Cette semaine, retour sur une remarque déplacée qui aurait bien pu ne pas lui faire une belle jambe.

À une époque où les stars prennent des selfies avec leurs admirateurs, les règles protocolaires inhérentes à la monarchie deviennent désuètes.

Quand une publicité diffusée à la radio irlandaise parle de «son Altesse Royale» –un titre alors réservé aux princes et princesses– pour désigner la reine, les médias irlandais retiennent leur souffle. Hillary Clinton lui souhaite un joyeux anniversaire une semaine en avance? Shoking! François Hollande monte en premier dans la voiture qu’il doit partager avec Elizabeth II? Quel goujat. Michelle Obama qui enlace la reine comme si c’était une amie de longue date? On parle de crime lèse-majesté. Sans parler de l’Italien Silvio Berlusconi qui se fait chambrer pour avoir parlé un peu trop fort ou de George W. Bush qui déclare qu’elle est née en 1776.

La liste des entorses au protocole royal est longue, et quand on voit que, même les petites filles peuvent se faire gifler par un garde, on se dit que personne n’est à l’abri.

Mais si les ignorants sont pardonnés par Sa Majesté, les attaques venant de l’intérieur continuent à faire tache.

L’an passé, David Cameron a ainsi dû prendre son téléphone pour s’excuser platement après avoir confié que la reine avait «ronronné» de plaisir à l’issue du référendum sur l’indépendance de l’Écosse. Encore qu’il s’agissait là d’une observation politique… Mais que se passerait-il si une observation sur le physique de la reine était faite?

Denis McShane, ancien ministre du gouvernement Blair, a tenté l’expérience.

«Remarque un peu sexiste»

Dans l’excellent documentaire Ballade pour une reine de Don Kent, disponible en VOD sur Arte, l’ex-membre du Parti travailliste revient sur l’affaire:

«J’ai fait une horrible gaffe quand j’étais ministre. J’ai dit à un ami écrivain que j’avais vu la reine une semaine auparavant et que je trouvais ses jambes –pardon, c’est une remarque un peu sexiste mais–, que je trouvais ses jambes superbes pour son âge. Et cet homme en a aussitôt fait un article stupide pour le publier dans un hebdomadaire!

 

Par chez nous, on en a décapité pour moins que ça

Les ministres ne sont pas censés répéter quoi que ce soit sur la reine, ce qu’ils voient ou ce qu’ils entendent à propos d’elle. Mon cœur s’est arrêté. J’étais transi de peur. J’ai immédiatement appelé Buckingham Palace pour parler à son secrétaire privé, son directeur de cabinet. J’en bégayais. Je me suis confondu en excuses auprès de Robert [Fellowes]: “Je suis tellement tellement tellement désolé.”»

Il est vrai que, par chez nous, on en a décapité pour moins que ça. Et la réponse de Lord Fellowes ne se fait pas attendre:

«Denis, Denis… Calme-toi. Sa Majesté est ravie. Aucun ministre n’a eu des mots aussi gentils pour elle depuis des années.»

Comme quoi, un petit cœur bat sous la poitrine royale.

Le politiquement incorrect est facile mais l’art de satisfaire la reine reste difficile. À ce jour, seule l’écrivaine Kathy Lette peut revendiquer la parfaite maîtrise des deux: en 2011, elle a choisi le meilleur tailleur pour rencontrer la reine. Un tailleur à imprimé corgis.

Ce qui ne veut pas dire qu’Elizabeth II soit elle-même irréprochable… Les historiens pop se souviennent de ce jour de mars 2005 où elle se pencha vers Eric Clapton, alors en visite au Buckingham Palace pour lui demander:

«Et vous jouez depuis longtemps?»

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