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Le stylo à bille a (aussi) tué l’écriture à la main

 Pens par Barta IV via Flickr CC 2.0 License by

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Si vous êtes né avant 1985, vous avez forcément connu le stylo-plume. Avec sa pointe en biseau souvent tachée d'encre et ses reflets métallisés, il fut le compagnon régulier de plusieurs générations d’enfants. Il est toujours présent dans certaines écoles, comme l'a constaté 20 minutes, mais force est de constater que cet objet semble aujourd'hui appartenir à un autre âge, l'âge de bronze des fournitures scolaires. Le stylo-plume a depuis longtemps fait place dans les écoles au stylo à bille ou à d’autres types de stylo. Or pour Josh Giesbrecht, écrivain, artiste et professeur d’école, ce passage de la plume à la bille serait une des raisons du déclin de l’écriture à la main, qui aurait peut-être autant joué que l’apparition des smartphones et ordinateurs, écrit-il sur The Atlantic.

Je ne me souviens plus, pour ma part, pourquoi j’ai abandonné le stylo-plume. Mais je me souviens effectivement qu’un jour, j’ai constaté que les cartouches d’encre s’accumulaient dans ma trousse sans que je les utilise. J’ai mis quand même des années avant de les jeter toutes: encore l’année dernière, j’en ai retrouvé tout un lot dans une boîte à stylos.

LégendeEsterbrook fountain pen par Karen via Flickr CC 2.0 License by

 

Technologie de rupture

Je me souviens aussi que j’aimais particulièrement le contact de la plume sur le papier, avec cette sorte de fluidité. Quand j’oubliais ma plume à la maison, je me trouvais bien embêtée de devoir utiliser un «Bic» toute la journée à l’école. J’avais l’impression qu’il fallait appuyer horriblement dessus. Puis, sans m’en apercevoir, et en même temps que j’ai commencé à utiliser l’ordinateur, j’ai abandonné la plume.

LaAi-je abandonné parce que j'utilisais l'ordinateur, ou mon inconfort avec le premier aurait-il accéléré le passage à ce dernier? Aux Etats-Unis, j’ai eu la chance de suivre les cours d’Alan Mutter. Fondateur de plusieurs start-up, ancien rédacteur chef adjoint au quotidien californien San Francisco Chronicle, entrepreneur dans l’âme, Alan Mutter nous préparait, nous les apprentis journalistes, à nous mouvoir dans l’écosphère médiatique de demain. Plutôt que de nous apprendre les recettes de l’époque, il voulait surtout nous aider à anticiper les changements en cours, une méthode qui a l’avantage de ne jamais se périmer, au contraire des cours de Flash que j’ai suivis.

Le stylo à bille n'a pas changé

Et pour ce faire, il nous a fait réfléchir à la notion de technologie de rupture, ou comment des objets du quotidien finissent par mourir, remplacés par de nouveaux objets radicalement différents, souvent moqués ou peu pris au sérieux au moment de leur apparition. Parce qu’ils n’avaient pas vu venir Craigslist aux Etats-Unis ou le Bon coin en France, les journaux ont perdu toute une manne de petites annonces - leur poule aux oeufs d’or. Kodak a aussi fermé ses portes faute d’avoir anticipé le virage numérique. Et l’écriture à la main, pense-t-on, serait condamnée par le clavier.

Mais les personnes qui écrivent beaucoup ont-elles réellement abandonné l’écriture à la main parce que l’ordinateur présentait mille fois plus d’avantages ou parce que les stylos qu’elles utilisaient étaient peu pratiques? Bic est-il en train de perdre la bataille parce qu’il a trouvé plus fort que lui ou parce qu’il produit le même crayon depuis des années, et que celui-ci ne s’est guère amélioré?

Douleurs au poignet

A contre-courant de la lecture actuelle, Josh Giesbrecht soutient la deuxième option. Les stylos à bille, dont le concept a été imaginé à la fin du 19è siècle mais qui ont véritablement débarqué dans les années 1960, permettent d’éviter les taches, n’ont pas besoin d’être rechargés, et sont très peu chers. Mais ils requièrent que l’on appuie beaucoup plus sur le papier, pouvant donner à force des douleurs au poignet. Et comme ils glissent beaucoup moins, ils permettent sans doute d’écrire moins vite que les premiers. Enfin, il faut les tenir assez haut, plus haut que les stylos-plume, ce qui est moins confortable. «Les stylos-plume veulent relier les lettres entre elles. Les stylos à bille doivent être un peu forcés», résume Josh Giesbrecht.

De là à imaginer un retour en force du stylo-plume débarrassé de ses petits défauts ou l'invention d’un stylo-à-bille moins récalcitrant, il n’y a qu’un pas. Voilà peut-être un créneau pour les disciples de Marcel Bich, l’empereur Bic? Et peut-être même, qui sait, de quoi concurrencer le clavier...

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