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En Inde, la condamnation de deux jeunes filles à être violées suscite une indignation internationale

Femmes indiennes lors d'une veille de solidarité avec une nonne violée, mars 2015. Rupak De Chowdhuri/Reuters

Femmes indiennes lors d'une veille de solidarité avec une nonne violée, mars 2015. Rupak De Chowdhuri/Reuters

Le grand frère des deux sœurs condamnées par le conseil de leur village s’était enfui avec une jeune femme mariée au sein d’une caste plus élevée.

La décision odieuse et arbitraire d’un conseil de village indien condamnant deux jeunes filles à être violées pour le mariage de leur frère avec une femme d'une autre caste suscite une vague d'indignation internationale. Une pétition lancée par Amnesty international a récolté plus de 130.000 signatures et dressé contre cette sentence des milliers de commentaires négatifs sur les réseaux sociaux.

Au Royaume-Uni, l'acteur écossais Douglas Henshall a estimé la sentence répugnante et invité les internautes à signer la pétition. Le guitariste du groupe de rock Queen a jugé cet acte «incroyable» et s'est demandé comment faire pour combattre «la montagne de méchanceté» dans le monde.  

En France, où la nouvelle s'est diffusée plus tardivement, l'association féministe Ni Putes ni soumises a estimé que le viol n'était pas une sanction mais «un crime». La secrétaire nationale à la santé des Républicains, Valérie Boyer, a commenté avec cette interrogation:

«Pourquoi tant de haine? #barbares

Conflit de castes

Meenakshi Kumari, 23 ans, et sa petite sœur de 15 ans ont été condamnée à être violées et exhibées nues, le visage peint en noir, dans leur village, au nord du pays. Ce terrible verdict a été rendu par un conseil uniquement masculin dont aucun membre n’est élu. Elles se sont enfuies pour échapper à ce sort. 

Selon le média indien Zee media, la sentence du conseil du village a été fixée dans l’optique de déshonorer la famille de ces deux sœurs. La cause: leur grand frère, Ravi, s’était échappé avec une jeune femme mariée de force en février 2015, alors que les deux jeunes gens étaient en couple, à un membre de la caste des Jats, alors qu’il est lui-même issu de la caste la plus basse qui soit, celle des Intouchables. La famille de Ravi redoute à présent aussi des représailles à l’égard de la jeune femme, car elle est sans doute aujourd'hui enceinte de son amant, comme le précise The Mirror.

Tribunaux masculins illégaux

Le conseil de village qui a condamné les deux sœurs le 31 juillet 2015 était notamment constitué de membres de la haute caste des Jats. Bien que les tribunaux ne reconnaissent pas ce genre de conseil présidé notamment par de vieux hommes, ces derniers gardent une influence dans beaucoup de villages de l’Inde rurale.

Comme le rapporte le magazine Time, Meenaski Kumari s’est rendue depuis à la cour suprême d'Inde. Elle y cherchait protection, pour elle et sa famille, expliquant que des membres de la caste des Jats avait pillé et détruit leur maison.

La Cour suprême indienne a ensuite demandé à l'État de l'Uttar Pradesh de répondre à la requête des deux sœurs d'ici le 15 septembre. L'ennui, c'est que la police du district où se trouve le village affirme pour l'instant n'avoir pas trouvé trace d'un tel conseil. Le chef de la police locale va même plus loin, affirmant qu'il n'y aurait jamais eu trace d'une telle sentence.

Correction: nous avions précédemment écrit que «Khap Panchayat» était le village des deux jeunes filles condamnées; ce terme signifie en réalité «conseil du village».

 

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