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Un article de 2011 avait prédit la crise chinoise

REUTERS/Andy Clark

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Pourquoi les marchés financiers n'auraient pas dû être pris au dépourvu par les évènements de ces derniers mois.

En mars 2011, les économistes Barry Eichengreen, Donghyun Park et Kwanho Shin ont publié une étude intitulée «When Fast Growing Economies Slow Down: International Evidence and Implications for China». Celle-ci se concentrait sur la croissance rapide des grands marchés émergents à la fin du XXe et au début du XXIe siècle, et en particulier à la croissance à deux chiffres connue par la Chine. Elle s'interrogeait sur la date d'un possible ralentissement du moteur chinois, et présentait ainsi ses conclusions:

«Les statistiques suggèrent que les économies en croissance rapide connaissent un ralentissement significatif, au sens où leur taux de croissance diminue d'au moins 2 points, quand leur revenu par tête atteint environ 17.000 dollars en prix constants de 2005, un niveau que la Chine devrait atteindre aux alentours de 2015.»

Cette phrase est tirée du résumé de l'article, qui a été tweeté le week-end dernier par Matt O'Brien, du blog du Washington Post Wonkblog. Après les évènements des dernières semaines, marquées par des dévaluations du yuan, de mauvaises statistiques économiques et des turbulences sur les marchés financiers, elle apparaît de plus en plus prémonitoire.

Dans leur étude, les économistes examinent des exemples passés de ralentissement dans le monde entier. Ils relèvent que ceux-ci sont étroitement corrélés à une chute de la croissance de la productivité totale des facteurs de production de 3% ou plus à près de zéro. Les ralentissements, notaient-ils, «coïncident avec le point dans le processus de croissance où il ne devient plus possible de doper la productivité en transférant davantage de travailleurs de l'agriculture à l'industrie et où les gains provenant de l'importation de technologies étrangères diminuent». Comme noté dans le résumé de l'étude, donc, les ralentissements avaient aussi tendance à se produire quand le revenu par tête (en prix de 2005) grimpait autour de 17.000 dollars et quand l'industrie représentait environ 23% de la population active. Les pays présentant une population vieillissante et à la monnaie «fortement surévaluée» avaient aussi plus de risques de connaître un ralentissement.

Plus tôt dans la semaine, j'ai appelé Eichengreen pour lui demander s'il pensait que les prévisions faites dans son étude de 2011 tenaient toujours. «Elles collent avec ce que nous voyons en Chine aujourd'hui», m'a-t-il répondu. «Je pense que nous assistons à deux phénomènes séparés. Le taux de croissance a ralenti de 10% il y a quelques années à 6 ou 7%, et c'est ce dont nous parlons dans l'article. Et puis il y a un second phénomène, largement distinct, qui a vu la Bourse plus que doubler de valeur entre décembre dernier et le début de l'été; maintenant, elle a perdu environ la moitié de ses gains et toutes sortes de personnes sont perplexes, tous ces petits porteurs et ces investisseurs locaux qui étaient entrés sur le marché boursier. Ils y avaient été encouragés par les autorités pour doper l'économie, mais leurs efforts ont échoué.»

Dans leur article, Eichengreen et ses collègues prédisent que l'économie chinoise va croître de 6,1 à 7% par an durant la décennie actuelle, puis de 5 à 6,2% par an dans la décennie suivante. Si ses projections sont cohérentes avec des recherches précédentes, une étude de 2010 du Conference Board traçait des perspectives plus noires, suggérant que la croissance chinoise pourrait décélérer à 3,9% en 2020. Alors que des segments clés de l'économie chinoise, comme les biens de consommation, la construction et les services financiers se sont dégonflés récemment, des inquiétudes se font de plus en plus entendre sur le ralentissement que pourraient dissimuler les chiffres officiels du gouvernement chinois. La décision du pays de dévaluer sa monnaie les a exacerbées, poussant certains à se demander si les pouvoirs publics n'avaient pas renoncé à leurs efforts de rééquilibrage de l'économie pour tout miser à nouveau sur les exportations.

Ces peurs sont-elles infondées? Nicholas Lardy, chercheur senior au Peterson Institute for International Economics, pense que oui. «Davantage qu'un effondrement financier et économique, la Chine connaît une correction attendue de longue date de ses marchés financiers», a-t-il écrit dans une tribune publiée mercredi dans le New York Times. Eichengreen porte le même regard sur la situation. «Nous n'avons rien vu qui doive nous inquiéter», m'a-t-il dit à propos de la dévaluation chinoise. «Mais les gens ont réagi négativement, les marchés aussi, parce qu'ils croient que le moins 3% sera suivi par un autre, puis encore un autre...» Pour l'instant, ce n'est pas ce qui s'est produit. Et ce ralentissement économique plus global que traverse la Chine, qui a semblé prendre les investisseurs au dépourvu et semer le chaos dans les marchés mondiaux? Au moins trois économistes l'avaient vu venir il y a des années.

 

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