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La peste, une «maladie du passé» qui hante toujours le monde moderne

Des cas de peste ont récemment été recensés en Californie et à Madagascar, pays le plus touché par la maladie.

La peste est une «maladie du passé» qui n'a jamais vraiment disparu. Les grandes épidémies ayant ravagé l'Europe entre le XIIIe et XVIIe siècle ont beau appartenir à l'histoire, comme celle de peste noire qui tua entre 30 et 50% de la population du continent entre 1347 et 1352, la bactérie n'a jamais été éradiquée. Et des cas sont toujours régulièrement recensés à travers le globe –environ 2.000 par an–, principalement dans les pays en développement mais aussi aux États-Unis où deux cas ont été enregistrés ces dernières semaines dans le parc californien du Yosemite. 

«Une des caractéristiques des épidémies de peste est leur capacité à “s’éteindre pendant plusieurs années avant de réapparaître brutalement sous forme épidémique», souligne l'Institut Pasteur de Paris sur son site web. Des pays qui se croyaient débarrassés de la maladie ont ainsi assisté à son retour. Comme en Jordanie en 1997, alors qu'aucun cas n'avait été recensé dans le pays depuis plus de quatre-vingts ans, ou en Inde où la bactérie est réapparue en 1994 après trente ans de «sommeil». Dans les dernières lignes de La Peste où une épidémie touche la ville d'Oran en Algérie, Albert Camus décrivait, avec poésie, ce phénomène. 

«Écoutant, en effet, les cris d’allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse.»

Une éradiction quasi-impossible

Deux variantes de la maladie existent: la peste bubonique, la forme la plus courante aussi appelée peste noire, et la peste pulmonaire, plus létale et contagieuse que sa cousine et qui se déclare quand la bacille infecte directement les poumons du malade. La bactérie Yersinia pestis, responsable de la maladie, est transmise par des puces qui piquent des animaux infectés –principalement les rats– avant de transmettre la bacille à l'homme. Des millions d'animaux sont en permanence porteurs de la bactérie dans le monde, ce qui rend une éradication de la peste quasi-impossible. Aux États-Unis, les chiens de prairies sont l'un des principaux «réservoirs» de la maladie. 

90% des cas de peste touchent aujourd'hui le seul continent africain

Aujourd'hui, 90% des cas de peste touchent le continent africain, où les antibiotiques qui permettent de guérir très bien de la maladie depuis les années 1930 sont souvent difficiles d'accès. «La peste est une maladie bactérienne mais c'est aussi une maladie sociale», résume avec justesse le Dr Rogier, directeur de l'unité de la peste de l'Institut Pasteur de Madagascar, dans le documentaire de Vice sur le retour de la peste noire sur l'île.


Une épidémie en août à Madagascar

Sur l'île de Madagascar, pays le plus touché au monde, la peste est devenue endémique depuis les années 1980. Entre septembre 2014 et février 2015, 71 personnes y sont décédées de la maladie, selon l'Organisme mondial de la santé (OMS). Une nouvelle épidémie en août a provoqué huit décès supplémentaires dans la région de Moramanga. Un facteur, explique en partie, cette forte prévalence de la peste à Madagascar, comme nous l'explique Elisabeth Carniel, responsable de l'unité de recherche de la peste de l'Institut Pasteur à Paris: 

«Il n'y a aucun autre rongeur que le rat à Madagascar et le rat vit à proximité de l'homme. À l'inverse, au Kazakhstan ou aux États-Unis qui sont aussi des foyers de la peste, les animaux porteurs de la bactérie vivent de manière plus éloignée de l'homme.»

De manière plus générale, «c'est souvent un cas humain qui déclenche l'alerte que la peste est là, et que le foyer de rongeur s'étend», ajoute Elisabeth Carniel. 

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