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Les malheurs économiques de la Chine sont une bonne nouvelle pour le climat

Une femme et son enfant attendant que l’autoroute qui relie Beijing à la province du Hebei, fermée pour cause de mauvaise visibilité due à la pollution, réouvre, le 3 août 2015 | REUTERS/Damir Sagolj

Une femme et son enfant attendant que l’autoroute qui relie Beijing à la province du Hebei, fermée pour cause de mauvaise visibilité due à la pollution, réouvre, le 3 août 2015 | REUTERS/Damir Sagolj

La Chine cherche à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Et les nuages qui s’amoncellent sur son économie pourraient être de bon augure.

S'il y a du positif à trouver dans les gros nuages qui planent au-dessus de l'économie chinoise en cette fin du mois d’août, c'est qu'un tel ralentissement de l'activité économique pourrait être bénéfice à l'environnement. La Chine cherche depuis un certain temps à réduire ses émissions de gaz à effet de serre: lors d'un accord historique signé avec les États-Unis en novembre 2014, elle s'était engagée à atteindre le maximum de ses émissions d'ici 2030. Et dans le cadre d'un autre engagement signé en prévision de la COP21 de Paris, en décembre, elle a promis d'augmenter de 20% la part des énergies non fossiles dans son bouquet énergétique d'ici la même année et de réduire son intensité carbone –la quantité de CO2 émise par unité de PIB– de 60% à 65% sous les niveaux de 2005. Reste que, ces prochaines années, le contexte économique pourrait jouer un rôle aussi déterminant que les politiques gouvernementales en matière de réduction des émissions.

Comme le détaillait le Wall Street Journal en juillet dernier, la «guerre à la pollution» déclarée par le gouvernement de Xi Jinping, en réponse au mouvement d'indignation générale contre la pollution de l'air, de l'eau et des sols, notoirement élevée en Chine, se voit assistée par l'état désastreux de l'industrie lourde chinoise. À Pékin, les taux de particules fines dans l'air sont enfin en train de diminuer, et la capitale a pu profiter de longues journées de ciel bleu, jusqu'ici rares, grâce à l'arrêt des centrales à charbon décidé par le gouvernement, mais aussi parce que les usines ne cessent de fermer dans les environs de la ville.

Récession du changement climatique

Le ralentissement de l'économie chinoise est la principale raison de la stabilité des émissions en 2014

L'an dernier, la consommation chinoise de charbon –l'un des principaux vecteurs du changement climatique– aura baissé pour la première fois depuis un siècle, et des écologistes se risquent même à espérer qu'elle ait déjà atteint son pic, devançant les prévisions de plusieurs années. Les politiques environnementales chinoises ont sans doute ici joué un rôle important, mais tout comme un ralentissement général de l'industrie lourde, qui se manifeste aussi dans une diminution des importations de caoutchouc, minerai de fer et autres matières premières. Selon l'Agence internationale de l'énergie, le ralentissement de l'économie chinoise, et la réduction correspondante de sa consommation de charbon, est la principale raison de la stabilité des émissions en 2014, malgré une croissance économique mondiale de 3%.

Évidemment, une économie chinoise apathique n'est pas une solution à long terme au changement climatique. Aux États-Unis, les émissions ont baissé entre 2007 et 2012, largement à cause de la récession, mais sont ensuite reparties en 2013 avec la reprise économique. (Néanmoins, certains indices prometteurs laissent entendre que les émissions pourraient ne plus augmenter au même rythme que l'économie.) Durant cette crise, il faut que la Chine poursuive sa répression du charbon et promeuve des énergies plus propres.

Les plans de Xi en appellent à un déplacement du centre de gravité économique des industries lourdes vers les technologies et les services, ce qui pourrait contribuer à réduire les émissions, mais il y a un risque que, effrayée par l'instabilité des marchés et par de possibles répercussions en termes d'ordre public, la Chine recommence à investir dans des secteurs très gourmands en carbone et autres projets d'infrastructures afin de créer des emplois. Cela n'aidera pas non plus la planète si l'intensité carbonée du secteur manufacturier chinois se voit simplement transvasée dans des pays moins développés d'Asie du Sud-Est. Mais une baisse générale des émissions pourrait faire gagner du temps à la Chine, et lui permettre de mettre en place des politiques nécessaires pour réaliser ses objectifs. (Tout en sachant bien que, selon les scientifiques, les engagements actuels en matière de réduction du CO2 ne sont toujours pas suffisants pour éviter un changement climatique catastrophique.)

Limites à la consommation de charbon

Un signe prometteur, même au beau milieu du chaos actuel, vient des législateurs chinois et de leur projet de loi sur la pollution atmosphérique, susceptible de donner davantage de pouvoir au gouvernement central pour sanctionner des entreprises et des autorités locales négligentes, tout en imposant de nouvelles limites à la consommation de charbon.

Il y a un risque que la Chine recommence à investir dans des secteurs gourmands en carbone afin de créer des emplois

Si la crise chinoise pourrait être, en fin de compte, une bonne nouvelle pour la planète, reste qu'elle est une mauvaise nouvelle pour tous les pays dont les économies sont adjointes, en grande partie, à alimenter la croissance explosive de la Chine. S'il a pu quelque peu repartir mardi 25 août, à la faveur d'un rebond général des marchés, le prix du pétrole, depuis longtemps baissier, a atteint le 24 août son record le plus bas depuis six ans, et celui du charbon est descendu la semaine dernière à son plus bas niveau depuis douze ans, du fait de craintes de voir l’appétit insatiable de la Chine en matière d'énergie toucher bientôt à sa fin. Comme le New York Times le soulignait mardi, la baisse des prix du pétrole, causée par la diminution de la demande chinoise, mais aussi par une production obstinément haute aux États-Unis et en Arabie saoudite, accentue l'instabilité politique que peuvent connaître des pays comme la Russie, le Venezuela et l'Irak.

Et il ne faut pas non plus oublier l'Australie, dont le Premier ministre, Tony Abbott, s'entête à voir dans les exportations de charbon les fondements de la prospérité économique de son pays pour les années à venir. Ce qui lui a fait avaliser un tas de nouveaux projets miniers, qu'importe que l'opinion internationale soit de plus en plus critique envers ses politiques environnementales. Une telle stratégie exige que la Chine et l'Inde continuent à acheter le charbon australien. Avec une baisse des importations chinoises de charbon de 34% au cours des sept premiers mois de l'année, et l'Inde qui entend réduire sa dépendance aux importations étrangères, le pari ne semble pas des plus judicieux.

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