Les gothiques voient-ils la vie en noir?

Au festival Wave and Goth de Leipzig en 2014 (REUTERS/Thomas Peter).

Au festival Wave and Goth de Leipzig en 2014 (REUTERS/Thomas Peter).

Une nouvelle étude psychiatrique menée au Royaume-Uni tente de cerner les liens entre la mouvance gothique et les tendances suicidaires. Bien difficile d’y voir très clair.

C’est, renouvelée, la vieille question de l’habit et du moine. Une équipe de psychiatres et psychologues britannique, dirigée par le Dr Lucy Bowes du département de psychologie expérimentale à l'université d’Oxford, a cherché à quantifier les risques dépressifs et suicidaires auxquels seraient spécifiquement exposés les adolescents devenus adhérents à la contre-culture gothique

En clair: les traits caractéristiques de leurs comportements et de leurs choix (corporels et vestimentaires notamment) doivent-ils être plus ou moins compris comme une symptomatologie renvoyant à un tableau plus ou moins psychiatrique? Le «gothique» est-il pathologique ? Leurs conclusions sont publiées le 28 août dans The Lancet Psychiatry.

L'«effet dose»

Ce travail a été mené auprès de 3694 adolescents britanniques (recrutés via la «Avon Longitudinal Study of Parents and Children»). L’attention des chercheurs était focalisée sur ceux qui avaient embrassé la mouvance gothique vers l’âge de 15 ans. Tous les volontaires ont accepté de répondre à des interrogations spécialisées quant à leur état psychologique (états dépressifs, automutilations, tendances suicidaires) à leur majorité. Ils étaient également interrogés quant à leur adhésions aux différentes sous-entités plus ou moins constitutives de cette contre-culture (sporty, populars, skaters, chavs, loners, keeners, bimbos).

Les résultats obtenus semblent sans ambiguïté: à 18 ans les adolescents «gothiques» étaient trois fois plus susceptibles d’être cliniquement dépressifs (et cinq fois plus susceptibles d'automutilations) que les autres jeunes. Il semble également exister un «effet-dose»: plus l’adhésion aux valeurs du mouvement est forte, plus les symptômes psychiatriques sont fréquents. En 2006 une étude écossaise menée sur le même thème et publiée dans le British Medical Journal était parvenue à des conclusions similaires.

Qu’en conclure? C’est bien là la question. 

«Notre étude ne montre pas que le fait d'être un goth induit la dépression ou l'automutilation, reconnaît le Dr Lucy Bowes. Mais plutôt que certains jeunes Goths sont plus vulnérables.» 

Identifier les plus fragiles

Les données épidémiologiques laissent par ailleurs penser que les syndromes dépressifs (et les gestes d’automutilation) chez les adolescents britanniques ne concernent pas, loin s’en faut, les seuls membres de la mouvance gothique. Des données très directement socio-économiques semblent également jouer.

Notre étude ne montre pas que le fait d'être un goth induit la dépression ou l'automutilation

Dr Lucy Bowes

Rien, en d’autres termes qui permettent d’établir une quelconque relation de causalité. Rien non plus qui ne permet d’invalider une thèse opposée, celle qui fait valoir que l’adhésion à cette contre-culture peut-être comprise comme la nouvelle expression d’un nouveau rituel communautaire rebelle permettant aux adolescents qui le choisissent de se constituer une identité. La marginalisation inhérente à la mouvance gothique ne serait alors, qu’un miroir grossissant et paradoxal, une forme d’artefact attirant l’attention sur des adolescents plus fragiles. 

Les auteurs concluent de leurs observations qu’un intérêt particulier devrait être apporté aux jeunes de cette communauté où il conviendrait d’identifier les membres psychologiquement les plus fragiles de manière à leur fournir une aide adaptée. C’est là une proposition raisonnable qui risque fort, en pratique, de se heurter à la volonté de marginalisation qui, précisément caractérise généralement cette contre-culture.  

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