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Après la Méditerranée, les migrants risquent leur vie sur les routes

Des migrants se reposent sur les rails près de la frontière gréco-macédonienne, le 21 août 2015. REUTERS/Alexandros Avramidis

Des migrants se reposent sur les rails près de la frontière gréco-macédonienne, le 21 août 2015. REUTERS/Alexandros Avramidis

Plus de 70 cadavres ont été découverts sur le bord d'une autoroute en Autriche. Une preuve tragique que de plus en plus migrants ont changé de stratégie pour traverser l'Europe.

Mise à jour 28/08/15: Lors de la première publication de cet article, on estimait que le nombre de victimes à entre 20 et 50 cadavres.

Plus de 70 cadavres ont été découverts dans un camion, garé au bord d'une autoroute en Autriche ce jeudi 27 août. D'après les premiers éléments, ils seraient morts de suffocation. Après une série noire de naufrages qui ont fait plus de 1.600 morts ou disparus en Méditerranée en début d'année, la mort attend désormais les migrants et réfugiés sur les routes.

Les eaux de la Méditerranée étant maintenant réputées dangereuses, et les patrouilles en mer se multipliant, ils sont nombreux (aiguillés par les passeurs) à préférer désormais emprunter la route des Balkans.

Une longue route derrière eux

Originaires pour la plupart de Syrie, d'Afghanistan ou d'Irak, ils arrivent via la Turquie ou les îles grecques. L'itinéraire-type les amènent ensuite à traverser la Grèce, la Macédoine et la Serbie. S'ils souhaitent rejoindre la France et l'Angleterre, ils bifurqueront vers l'Italie. Ceux qui visent l'Allemagne passeront par la Hongrie puis l'Autriche.


Les migrants –vraisemblablement syriens– découverts dans ce camion en Autriche avaient donc déjà une longue route derrière eux. L'autoroute A4 le long de laquelle ils ont été retrouvés relie Budapest, la capitale hongroise, à Vienne.

La première étape, et les premiers dangers, arrivent une fois qu'ils ont rejoint les côtes turques. Là, il faut avoir de quoi payer un passeur pour s'embarquer sur un zodiac surchargé pour rejoindre une des îles grecques, comme Kos ou Samos. En effet, un mur de barbelés sépare désormais la Grèce et la Turquie.

La mafia recrute directement des migrants afghans sans argent comme hommes de main pour attaquer d'autres migrants

Enregistrés auprès de la police, il leur faut ensuite patienter –et espérer– pour recevoir le précieux sésame: un avis de non-expulsion valable six mois les autorisant à prendre le ferry pour la Grèce. À Athènes, aucune structure d'accueil n'existe. Les plus pauvres, même femmes et enfants, dormiront dehors.

Il leur faut ensuite à nouveau payer des passeurs: ceux qui les mèneront sur la route des Balkans. Là encore, il faut compter plusieurs centaines d'euros (800 euros par pays traversé, rapportent deux reporters du Monde dans un long reportage).

Passage en force

C'est le prix à payer pour ne pas se retrouver battu, dépouillé et refoulé en Grèce dès l'arrivée en Macédoine. Comme le rapporte le reportage du Monde, la mafia recrute directement des migrants afghans sans argent comme hommes de main pour attaquer d'autres migrants.

Une famille de migrants dort près d'un parc à Belgrade, en Serbie. REUTERS/Marko Djurica

Franchir la frontière gréco-macédonienne est une des étapes les plus difficiles. Pendant des semaines, le flux de migrants a été toléré. Mais depuis le 20 août, le gouvernement de Skopje a déclaré l'état d'urgence et des forces spéciales de police et de l'armée s'assurent de bloquer le passage. Et pourtant, deux jours plus tard seulement, 1.500 personnes ont pénétré de force, en passant les barbelés pendant que les forces de l'ordre leur lançaient des grenades assourdissantes. 

Sur les routes de Macédoine, beaucoup dorment dans des campements sauvages. Le jour, ils sont nombreux à marcher le long de la voix ferré. Un chemin risqué. Le site DW rapporte qu'en avril, alors qu'ils étaient une centaine à marcher ensemble, le train Express à direction de Belgrade les a pris de court. Quatorze d'entre eux ont été fauchés. Au moins trente personnes sont mortes de la même manière durant les douze derniers mois.

En Serbie, les migrants sont un peu mieux reçus. Des centres d'accueil sont ouverts dans les villes frontalières de Mitrovac et Presevo où ils peuvent se restaurer et obtenir des documents les autorisant à rester dans le pays. À Belgrade, de nombreuses tentes sont installées en centre-ville, où la population est très sensible à leur sort. Mais la majorité reprend la route jusqu'à la Hongrie avec l'espoir de pénétrer dans l'espace Schengen.

Nouveau mur de barbelés

Là-bas, un nouveau mur de barbelés les attend: celui de quatre mètres de hauteur, qui s'étend sur 175 km, érigé par le gouvernement hongrois pour la fin août. Porte d’entrée de l’Union européenne, le pays est, après la Suède, celui qui accueille le plus grand nombre de réfugiés par rapport à sa population. Environ 54.000 depuis le mois de janvier.

Beaucoup achèveront leur course dans des camps de fortune

S'ils parviennent à passer, une longue route les attend encore pour rejoindre l'Allemagne ou l'Angleterre, que la plupart cherchent à rejoindre. Beaucoup achèveront leur course dans des camps de fortune, comme ceux présents en nombre à Paris ou à Calais.

Les responsables européens et dirigeants des Balkans de l’Ouest se réunissent justement ce jeudi 27 août à Vienne à l'occasion d'un sommet consacré à la crise des migrants. 

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