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Espérons que la bulle financière soit en train d’exploser

The bubble Big Bang | Rob Briscoe via Flickr CC License by

The bubble Big Bang | Rob Briscoe via Flickr CC License by

Si les investisseurs continuent de penser que cela vaut encore la peine d’acheter, nous nous préparons à de graves ennuis.

Les marchés boursiers ont-ils, ou non, atteint des prix trop élevés? Lundi 24 août, j’avais suggéré que le prix des actions avait grimpé au-delà de ce que les revenus des sociétés permettent de justifier, même en tenant compte des standards gonflés de ces derniers temps. Mais tout le monde n’est pas de mon avis: certaines personnes pourtant bien avisées ne voient aucun problème aux cours actuels et estiment même qu’ils pourraient encore continuer à grimper. Si elles ont tort, nous nous préparons à de gros problèmes. Si elles ont raison, nous nous préparons sans doute à des problèmes encore plus conséquents.

Comme cela est expliqué dans tout manuel d’économie, le cours des actions est censé être proportionnel à la valeur en dollars actuels de tous les bénéfices futurs de la société. Lorsqu’approchera la fin du monde, personne ne laissera son argent dormir dans une société, tous les bénéfices seront redistribués aux investisseurs. Lorsque les prévisions de bénéfices augmentent, le cours de l’action augmente avec.

En pratique, les cours des actions dépendent aussi de l’offre et de la demande. Et la demande d’actions de sociétés américaines a été énorme ces dernières années. Mais au fil des ans –et à mesure qu’approche la fin de monde (vous pouvez aussi l’imaginer comme la retraite… ou la mort)–, la valeur de l’action doit finalement reposer sur les fondamentaux de l’entreprise.

Buy signal

À l’heure actuelle, ces fondamentaux semblent un peu particuliers par rapport aux standards historiques. Comme je l’ai fait remarquer plus tôt, le ratio cours sur bénéfices établi par le prix Nobel d’économie Robert Shiller sur une décennie (ajusté à l’inflation) était autour de 15/1 des années 1880 aux années 1980. Puis est arrivée la bulle technologique. À son apogée, le ratio s’est approché des 45, mais même après l’explosion de la bulle un ratio tournant autour de 20 à 25 semblait plus viable. En théorie, cela s’expliquait par le fait que les sociétés technologiques étaient toutes nouvelles et ne pourraient pas générer de revenus importants avant plusieurs années.

Lorsqu’approchera la fin du monde, personne ne laissera son argent dormir, tous les bénéfices seront redistribués

Aujourd’hui, avec un ratio proche de 25, beaucoup de personnes avisées estiment que c’est le bon moment pour acheter des actions. Lundi 24 août, Morgan Stanley a par exemple lancé son premier «full-house buy signal» (pour résumer: un ordre d’acheter lancé à toute l’entreprise) depuis janvier 2009. Les signaux de ce type ne sont pas spécifiquement destinés à assurer des profits rapides à l’entreprise, mais plutôt à suggérer des titres considérablement sous-évalués, prometteurs de gros bénéfices à venir.

Valeur de l’avenir

Comment cela est-il possible? Certains experts, ignorant une foule d’indices qui prouvent le contraire, pensent que c’est parce que les investisseurs (aussi bien les investisseurs individuels que les banques, les fonds de pension et autres institutions) ont désormais une vision à plus long terme qu’auparavant. En d’autres termes, ils accordent désormais plus d’importance aux bénéfices qui apparaîtront à l’avenir, à moins qu’ils n’accordent juste plus de valeur à l’avenir qu’auparavant.

Cela paraît plausible: puisque les gens vivent plus longtemps qu’auparavant (et qu’ils semblent plus enclins à s’inquiéter pour eux-mêmes que pour leurs héritiers), la fin du monde ne semble pas si proche que cela aux investisseurs d’aujourd’hui. Aux États-Unis, cependant, l’espérance de vie des trentenaires n’a progressé que de quelques années depuis 1990. Il est difficile de croire que ce petit changement puisse suffire à justifier des cours plus élevés de 25% (soit un ratio cours sur bénéfices de 25 plutôt que de 20).

Promesse de longévité

S’il ne s’agit pas de l’espérance de vie des investisseurs, quelle est l’alternative? Il pourrait s’agir de l’espérance de vie présumée des sociétés. Les actions des sociétés dont on attend une espérance de vie longue valent plus, même si elles génèrent chaque année les mêmes bénéfices que les sociétés avec une espérance de vie plus courte. Peu importe qu’un investisseur donné ne possède les actions que pour une période brève; l’important est que quelqu’un possède toujours les actions, jusqu’au rachat ou la dissolution de la société.

Par exemple, disons que, jusque dans les années 1980, les investisseurs pensaient que la plupart des sociétés dans lesquelles ils investissaient n’allaient durer qu’une dizaine d’années supplémentaires. Après cela, il n’y aurait plus de bénéfices et il était donc inutile d’y penser lors de l’évaluation du cours de l’action. Puis, dans les années 1990, les investisseurs décidèrent que les sociétés allaient durer encore vingt ans et beaucoup plus de bénéfices entrèrent donc dans l’équation. Ou peut-être que les investisseurs se convainquirent eux-mêmes que c’était vrai. Après tout, la promesse de longévité était essentielle au boom technologique (sans cela, personne n’aurait souscrit aux promesses vagues de start-ups ne dégageant aucun bénéfice).

Illusion collective

Une économie sans mouvement finit par stagner

À vrai dire, cette longévité n’est peut-être rien d’autre qu’une illusion collective. Une recherche conduite il y a quelques années seulement avait montré que la durée moyenne d’une société au sein de l’indice Standard and Poor’s 500 était en fait en train de chuter. Au niveau mondial, la durée de vie moyenne des sociétés semble également décroître rapidement. Lorsque les sociétés sont simplement acquises et intégrées à d’autres entreprises, cela ne pose pas de problème aux investisseurs. Mais lorsqu’elles périclitent, c’est la fin du monde qui arrive en avance. Rien de moins.

Mais, même si cette recherche ne fait que rendre compte des fusions et acquisitions, et même si les sociétés (et pas seulement les hommes) vivent plus longtemps qu’avant d’une manière ou d’une autre, cela n’a rien de rassurant. Le mouvement constant de la technologie, du personnel, du capital et des structures managériales constitue un processus sain pour l’économie. Plus ceux qui sont déjà installés restent en place, dominant parfois des secteurs entiers, moins il y a de place pour l’innovation et l’esprit d’entreprise. Apple sera-t-il encore la puissance dominante du marché des smartphones dans vingt ans? Autant se demander pourquoi IBM ne domine plus le marché des PC ou ce qu’est une Tesla.

Une économie sans mouvement finit par stagner, comme nous avons pu le voir dans les États communistes et dans certains pays asiatiques où l’économie dépend d’immenses conglomérats. Aussi, s’il est possible de justifier ces ratios cours sur bénéfices aujourd’hui, rien ne dit qu’ils seront viables si la croissance s’arrête demain. Et si les investisseurs ne cessent de penser à court terme, alors nous nous trouvons en plein milieu d’une nouvelle bulle, du moins tant que l’on n’a pas trouvé de meilleure explication.

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