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La revanche des spiritueux français (oui, même du whisky)

Ces gnôles-là, vous n’en avez jamais entendu parler ailleurs. Et ces whiskies, vous ne les avez probablement jamais goûtés. Raisons de plus pour se pointer le 7 septembre au salon Quintessence, le premier consacré au réveil du French Spirit.

Encore un de ces paradoxes à mettre au débit du Pessimisme™  dont la France semble avoir déposé le copyright: l’Hexagone produit des spiritueux que le monde entier nous envie, mais les Français s’en contrefichent. Comme de leur première cuite. Quelque 2.000 distilleries fabriquent dans toutes nos régions 600 millions de litres de calvados, cognac, vodka, pastis, rhum, marc, armagnac, whisky, eaux-de-vie, crèmes ou liqueurs de fruits et de plantes –dont plus des deux tiers sont exportés– sans qu’on sache exactement de quoi il s’agit.

«Ça dépasse l’entendement, grogne Philippe Jugé, infatigable défenseur des spiritueux, collectionneur pervers de whiskies français et auteur du Whisky pour les Nuls. La plupart des Français ne savent pas ce qu’est un cognac, un armagnac ou une fine. Quand tu dis qu’il y a de la poire dans le calva, tout le monde te rit au nez [y en a, nda]. Il serait temps de faire un peu de pédagogie et de remettre en avant un motif de fierté nationale.»

Tout de suite, les grands mots. Mais de fait, la petite musique du made in France semble faire son chemin jusque dans nos verres, et pas seulement en cuvée du redressement, poussée par le boom du cocktail, la tendance locavore et le retour aux circuits courts. Quintessence, le premier salon portant haut le French spirit, n’arrive donc pas par hasard. Derrière l’événement, on retrouve le duo qui a fait le succès de Planète Bière, Franck Poncelet et Philippe Jugé. Ils rassemblent cette fois au Pavillon Ledoyen quelque 200 spiritueux made in chez nous, parmi lesquels quelques must taste, les curiosités dont vous n’avez jamais entendu parler, les miracles à savourer en génuflexion. Amis whisky geeks, passez directement au chapitre 6.

1.Mana’oLe premier rhum de Tahiti

Une histoire de dingue, initiée il y a cinq ans. Fabrice Baffou, un œnologue d’origine bordelaise installé en Polynésie, a réintroduit cinq plans de canne à sucre indigènes sur des îlots près de Bora Bora. Le pur jus de la variété O’Tahiti vient tout juste de passer en bouteilles (2.000 seulement, à 50°) après fermentation sur le lieu de récolte et distillation à Papeete. Le planteur sera au salon, si vous souhaitez le bombarder de questions, ou de compliments.

2.Generous GinLe gin de Cognac

Ce n’est pas le premier gin élaboré à Cognac, loin de là, mais c’est celui dont vous ne balancerez pas la bouteille une fois vidée dans la poubelle à recyclage – un flacon de botaniste en verre blanc sérigraphiée d’un décor floral noir, présentée en avant-première au salon. Derrière ce distilled gin nouvelle génération, hespéridé et floral (genièvre, agrumes, jasmin, poivre rouge, fleur de sureau), on retrouve la fine équipe qui nous avait bluffés avec le rhum Arcane. Une estampille de qualité.

3.LactaliumLa vodka de lait

Quand une distillerie (Gimet) réputée pour ses armagnacs se met à la vodka, forcément, il y a un twist dans l’alambic. Foin de céréales, celle-ci est élaborée à partir du petit-lait récupéré auprès d’une fromagerie, fermenté dix jours puis doublement distillé. Pour ramener sa science dans les dîners en ville, sachez que ce sont les Mongols qui ont inventé ce procédé de fabrication rarement utilisé. Bien que cette gnôle aromatique et grassouillette –dont on n’a pas fini de parler– se présente dans une bouteille de lait ancienne, il n’est pas recommandé d’en allonger le café au réveil.

4.ElanoL'eau-de-vie d'olive

Quand vous vous intéressez de près aux spiritueux, vient un moment où vous cessez d’être surpris pour vous attendre à tout. Mais là, j’avoue, entre Lactalium et Elano, je tanguais un peu sur mon siège. Roulements de tambours, première mondiale: la maison Manguin, plantée sur l’île de la Barthelasse à Avignon et célèbre pour ses eaux-de-vie de poire, est donc la première à distiller depuis peu des… olives. Cinq variétés locales macérées dans de l’alcool neutre puis passées en alambic. Si vous lui trouvez un nez de truffe, c’est normal. Si vous recrachez un noyau, ça l’est moins.

5.Druid of ParisL'absinthe sauvage

Stéphane Meyer est un cueilleur itinérant professionnel, une encyclopédie botanique sur pattes, qui sillonne les monts du Jura aux Pyrénées de mars à l’automne, récoltant plantes, herbes et racines pour le plus grand bonheur des homéopathes et des grands chefs cuisiniers. Mais c’est également un œnologue de formation, passionné de distillation, qui élabore des grands crus millésimés d’absinthe à la puissance aromatique inégalée. Perso, je plains les stands installés à côté de lui, espérons qu’ils ont apporté des Sudoku.

6.Dix-neuf whiskies 100% frenchies

Vous n’imaginiez tout de même pas qu’on allait fêter nos retrouvailles de fin d’été sans parler whisky? Le malt français, en pleine ébullition (35 distilleries au compteur qui s’affole), s’est largement donné rendez-vous au salon Quintessence, occasion rare de faire connaissance avec des produits souvent cantonnés à leur marché local.

Venez découvrir le Batch 1 de Brenne, le whisky américain élaboré à Cognac (à la distillerie Brunet) et tailler la bavette avec sa créatrice, Allison Patel. Allez goûter le Grand’Pa de Naguelann, qui assemble et affine en fûts de cidre et quarter casks neufs des whiskies bretons d’Eddu et d’Armorik. Ouvrez de grands yeux devant le Biersky alsacien: des fûts de bière distillée oubliés dans les chais une dizaine d’années et assemblés au malt Uberach (techniquement une eau-de-vie de bière, et non pas un whisky –pour les plus pointilleux). Passez le bonjour à Nicolas Julhès, de la Distillerie de Paris, qui apporte (entre autres) son distillat vieilli (miaou!).

Craquez pour le merveilleux Roof Rye de Bariana, vieilli entre la Bretagne et la Provence, et le superbe Vilanova de Castan (Tarn), l’une des distilleries à suivre de près ces prochaines années, qui apporte aussi dans sa musette son premier tourbé, Terrocita. Halte obligatoire chez les Corses de PM, qui abandonnent les blends pour se concentrer sur les single malts et fêtent ça avec leur nouveau Vintage. Et puis… Et puis… La Brasserie Rouget de L’Isle fera goûter un brut de fût hors commerce, Le Domaine des Hautes-Glaces se pointe avec un échantillon de Principium, vendu sur droits de tirage uniquement, le Lorrain Rozelieures présente sa Fumé Collection (du tourbé), Lehmann rapplique avec ses médaillés… Oui, oui, ça fait beaucoup. Les crachoirs, pour mémoire, ce sont les grands seaux avec descente oblique intérieure posés sur les tables.

Salon Quintessence

Le 6 septembre à Paris (journée réservés aux professionnels le 7). Pavillon Ledoyen, 8 avenue Dutuit, Paris VIIIe.

 

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