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Environnement :le tableau noir est-il vert?

Nina Shen Rastogi, mis à jour le 24.09.2009 à 19 h 00

Le lycée dans lequel j'enseigne a été entièrement rénové pendant l'été et les tableaux noirs ont cédé la place aux tableaux blancs. Je suis ravie de ne plus avaler de poussière de craie, mais avec tous les feutres en plastique que je vais jeter, l'environnement y gagnera-t-il ?

Le débat entre enseignants sur les mérites comparés du tableau noir et du tableau blanc est sans fin. Certains mettent en avant des arguments pédagogiques (une prof de sciences m'a affirmé que, comme elle écrivait plus lentement à la craie, ses élèves avaient davantage de temps pour réfléchir) tandis que d'autres se situent sur le plan des sensations et parlent de texture et d'odeur. Mais au risque de déplaire aux uns et aux autres, nous considérerons ici qu'ils sont pédagogiquement neutres pour nous poser la question de savoir lequel est le meilleur du point de vue de la planète.

J'ai découvert, à mon plus grand étonnement, que les tableaux noirs et les tableaux blancs étaient fabriqués quasiment de la même manière. Jusque dans les années 1960, les tableaux noirs étaient fabriqués avec de l'ardoise provenant de carrières. Mais de nos jours, ils sont constitués d'une plaque métallique recouverte de porcelaine, comme la plupart des tableaux blancs. Ce qui les distingue donc en réalité, c'est l'usage de craie pour les uns et de marqueurs pour les autres.

Les craies sont des objets relativement simples, composés de sulfate de calcium (obtenu à partir du gypse) ou de carbonate de calcium (obtenu à partir du calcaire), auquel on ajoute de l'eau et des pigments avant d'être extrudés sous forme de bâton et cuits au four. Ce processus consomme de l'énergie à chaque étape et l'exploitation des carrières de gypse et de calcaire entraîne une certaine pollution de l'atmosphère.

Les marqueurs sont en revanche constitués d'un grand nombre de composants: tube et bouchon en plastique, filaments et encre. Leur cycle de vie est par conséquent beaucoup plus compliqué. Comme pour les stylos, qui ont déjà fait l'objet d'un article à l'occasion de la rentrée de l'année dernière, le principal problème est le plastique fabriqué à partir du pétrole, un produit qui, comme chacun le sait, n'est pas renouvelable. Les marqueurs sont à peu près sûrs de terminer leur vie dans une poubelle.

Et même si vous avez le courage de les démonter et de les jeter d'une manière plus responsable, cela ne sert pas à grand chose : la plupart du temps, le type de plastique avec lesquels ils sont fabriqués n'est pas indiqué, et lorsqu'il l'est, il s'agit le plus souvent de polypropylène qui n'est en général pas recyclable.

La craie, en revanche, est en principe un produit qui génère peu de déchets, surtout si vous utilisez un porte-craie qui permet de l'utiliser pratiquement jusqu'au bout (bouts que vous pouvez recycler pour faire briller votre argenterie ou enlever les tâches de vos vêtements.) Les craies sont par ailleurs généralement vendues dans des emballages beaucoup moins sophistiqués que les marqueurs, ce qui signifie moins de gaspillage. Il y a bien sûr la question de la poussière qui peut provoquer des allergies et favoriser les crises d'asthme.

Selon certains enseignants, elle s'incruste par ailleurs dans les appareils électriques, ce qui signifie plus de produits nettoyants, voire des remplacements d'appareils plus fréquents. Mais les marqueurs génèrent aussi de la poussière et les traces qu'ils laissent sur les tableaux doivent, la plupart du temps, être nettoyées avec des produits spéciaux.

Les partisans de l'utilisation de craies mettent en avant leur côté économique, ce qui renforce leur intérêt du point de vue écologique, les économies ainsi réalisées pouvant être utilisées pour des investissements écologiquement responsables comme l'achat de tubes au néon T8 pour remplacer les tubes T12, les premiers pouvant permettre d'économiser, selon le ministère américain de l'énergie, jusqu'à 30 % de la consommation d'électricité d'une salle de classe. Il n'est toutefois pas évident qu'à ce jeu, la craie soit gagnante.

S'il est vrai que l'on trouve des boîtes de 12 craies en couleurs à 0,99 dollar chez Office Dépôt aux Etats-Unis (0,59 euro en France pour une boîte de 10) contre 5,39 dollars la boîte de quatre marqueurs (4,22 euros en France), selon certains enseignants, l'expérience montre qu'un marqueur équivaut à l'usage à plus de 16 craies, ce qui fait qu'il est en définitive plus économique d'acheter des marqueurs. Pour faire des comparaisons objectives entre l'utilisation de craies ou de marqueurs jetables, il faudrait disposer de données plus précises sur l'impact écologique de leur fabrication dans la mesure où celle-ci est certainement l'élément central de l'équation. Selon le fabricant de stylo Bic, par exemple, la fabrication du modèle Cristal représente 90 % de son empreinte écologique. Si votre établissement a décidé d'adopter des tableaux blancs, le mieux est d'utiliser des marqueurs rechargeables tels que les marqueurs AusPens ou Artline's ECO, sous réserve que les recharges d'encre et les feutres de rechange ne soient pas suremballés.

En tant qu'enseignant, vous n'êtes probablement pas consulté sur la politique d'achats de votre établissement, et ayant été moi-même enseignante dans un lycée, je sais par expérience que les marqueurs ont tendance à se balader de classes en classes. Si vous avez le temps et les moyens d'acheter vos propres marqueurs — et donc de les utiliser correctement et de ne pas les jeter dès qu'ils n'ont plus d'encre — vous aurez droit à mes encouragements, mais sans aller jusque là, vous pouvez faire tout un tas de choses simples et qui ne coûtent rien pour réduire l'empreinte écologique de votre classe.

Eteindre la lumière, par exemple, lorsque votre classe est vide pendant plus de quelques minutes. Cela suffirait d'après la compagnie Pacific Gas and Electric pour réduire la consommation d'électricité des établissements scolaires de 8 et 20 %. Eteindre les ordinateurs, les imprimantes, les télévisions et autres appareils électriques quand vous ne vous en servez pas. Mieux encore, apprenez à vos élèves à faire la même chose. Si vous arrivez à leur faire comprendre que chacun des petits gestes qu'ils effectuent dans leur classe, ajouté aux autres, a un effet sur l'environnement global — une leçon qu'ils retiendront à l'âge adulte — vous ferez plus pour sauver la planète qu'en choisissant un outil plutôt qu'un autre pour écrire au tableau.

Nina Shen Rastogi

Traduit par Francis Simon

Image de une: Wikimedia

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