Partager cet article

Finances locales: et si on demandait leur avis aux gens?

Fan of Euros on a Piggy Bank / Images Money via Flickr CC License by.

Fan of Euros on a Piggy Bank / Images Money via Flickr CC License by.

2016 sera l’année des grands choix budgétaires pour toutes les collectivités. Il va falloir faire des économies drastiques. La consultation de l’opinion sera décisive pour passer ce cap périlleux.

Après une année 2015 marquée par les protestations, réclamations et manifestations d’élus locaux alarmés par la réduction drastique des dotations de l’Etat, 2016 risque fort d’être celle des décisions difficiles. Si de nombreuses collectivités ont déjà dû augmenter leurs impôts, les coupes les plus spectaculaires sont encore à venir. Elles porteront sur les charges de personnels, des investissements emblématiques ou de nouvelles hausses d’impôts.

Difficulté supplémentaire, les élus ne pourront pas se contenter de trouver un équilibre entre rigueur gestionnaire et respect des alliances politiques au sein de la majorité pour faire leurs choix. Face à un exercice d’une ampleur et d’une gravité inédites, un élément devient incontournable: l’écoute de l’opinion locale.

A l'heure de la rigueur

Des premières heures de la décentralisation jusqu’à aujourd’hui, les collectivités ont été habituées à une croissance plus ou moins continue de leurs ressources, au rythme des transferts de compétences concédés par l’Etat. Une tendance qui n’a rendu que plus violente la coupe de 11 milliards d’euros de dotations en trois ans annoncée par le gouvernement en 2014. Alors que les dépenses obligatoires s’accumulent –rythmes scolaires, valorisations salariales, normes supplémentaires–, les élus locaux n’ont plus d’autres choix que la rigueur, eux qui avaient très largement promis de ne pas augmenter les impôts lors des municipales de mars 2014. Le virage est brutal et personne ne pourra l’éviter.

Face à ce mur, peu de solutions: augmenter les impôts, supprimer des investissements ou réduire la masse salariale. Les autres pistes –mutualisation au sein des intercommunalités, augmentation des tarifs des services publics, chasse au gaspillage– peuvent être envisagées, mais elles ne permettront pas de boucler dès 2016 des budgets aux recettes largement amputées. Voici donc l’heure des choix difficiles, ceux auxquels peu de collectivités ont été confrontées jusqu’à présent, ceux pour lesquels il n’existe pas de méthode préétablie. Car l’essentiel est là: sur quels critères trancher?

Des choix cornéliens 

Une première option consisterait à appliquer un rabotage uniforme et aveugle sur tous les postes de dépenses en espérant que, tout le monde étant logé à la même enseigne, personne ne viendra s’en plaindre. Une approche simpliste et absurde: retirer 10% de budget à la voirie n’aura pas du tout les mêmes conséquences qu’un retrait équivalent pour la culture. Si les élus devront bien sûr veiller à être équitables, ils ne pourront pas s’abstenir de prioriser les coupes.

Il ne s’agirait pas non plus d’opter pour l’option exactement inverse, à savoir réaliser des choix particulièrement restreints en espérant circonscrire les dégâts politiques. Une attitude qui pourraient rapidement être qualifiée d’arbitraire et serait susceptible de crisper inutilement les délégations visées en introduisant un risque de rupture, voire de candidatures concurrentes à l’occasion de scrutins futurs. Les élus devront bien entendu faire preuve de volonté politique, mais le maintien d’un certain niveau de consensus sera essentiel pour traverser cette période difficile.

La dernière option, et c’est peut être celle qui permettra d’atteindre l’équilibre entre contraintes gestionnaires et politiques, serait d’en appeler à l’opinion.

Faire le pari de l'intelligence collective

Indéniablement, la perspective de débats budgétaires mouvementés va forcer les élus locaux à faire évoluer leurs méthodes. La technique du rabotage sera insatisfaisante et les coupes à la serpe politiquement dangereuses. Face à cette impasse, la consultation de l’opinion sur des questions budgétaires précises, exercice relativement rare à l’échelle d’une collectivité, pourrait être la solution.

Cette solution pourrait d’autant plus s’imposer comme incontournable que le public a lui-même évolué sur ces enjeux. Il se montre aujourd’hui à la fois très sensible aux questions budgétaires et soucieux des notions de déficit et d’endettement, et en attente de transparence et d’écoute sur les choix qui en découlent. Les citoyens aspirent à être associés aux décisions qui les impactent, a fortiori quand ces décisions n’ont pas été validées ou pas abordées lors du scrutin précédent. En contrepartie, lorsqu’une démarche d’écoute authentique est mise en place, les citoyens sollicités font souvent preuve d’une maturité qu’on ne leur supposait pas a priori. A l’inverse, préserver l’entre-soi pour les décisions douloureuses en espérant brouiller les pistes et planquer ce qui fâche sera de plus en plus périlleux.

Faire le pari de l’intelligence collective et de la capacité des habitants à comprendre et à choisir apparaît finalement moins risqué.  Cela ne consiste évidemment pas à se défausser de la décision sur la population pour s’en dédouaner. Cela ne fonctionnerait en aucun cas. Les arbitrages auxquels ils convient d’associer la population supposent au préalable une identification précise en interne des marges de manœuvre de la collectivité, une capacité politique à poser des choix et à les mettre en débat, et une communication cohérente et planifiée auprès de la population. Cet exercice d’écoute et de consultation, qui peut prendre différentes formes selon le contexte local, la situation politique et la nature des arbitrages, ne dégage les élus ni de leurs prérogatives ni de leurs responsabilités. Mais il permet de sensibiliser les administrés à la gravité de la situation budgétaire, tout en renforçant la légitimité de l’équipe dirigeante sur des choix difficiles.

Les élus locaux le savent: 2016 sera une année noire de l’histoire financière des collectivités territoriales. En revanche, si certains perçoivent les leviers d’action à leur disposition, beaucoup peinent à mesurer les conséquences politiques des décisions qu’ils seront amenés à prendre. Comment trancher sans faire imploser sa majorité ? Quelles économies seront les mieux acceptées par l’électorat local ? Quelle communication adopter? Autant de questions qui nécessiteront d’aborder les débats d’orientations budgétaires sous un nouveau jour, en instaurant un dialogue sincère avec une opinion de plus en plus affûtée et exigeante.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte