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Yanis Varoufakis, le théoricien qui veut mettre sa rébellion en pratique

L’ancien ministre des Finances grec Yanis Varoufakis lors d’une session parlementaire, le 15 juillet 2015, à Athènes (Grèce) | REUTERS/Yannis Behrakis

L’ancien ministre des Finances grec Yanis Varoufakis lors d’une session parlementaire, le 15 juillet 2015, à Athènes (Grèce) | REUTERS/Yannis Behrakis

L’ancien ministre des Finances grec a appliqué à l’économie la théorie des jeux. La politique semble l’avoir remis à sa place (qu’il continue de se chercher, entre les néocommunistes d’Unité populaire et la gauche de Syriza désormais convertie au réalisme).

Le rebelle ne rejoindra pas les rebelles. Yanis Varoufakis, qui rêve de prendre la tête d’un mouvement des progressistes européens, ne sera pas candidat aux élections anticipées en Grèce sur les listes du nouveau parti, Unité populaire, formé par les «frondeurs» de Syriza. L’ancien ministre des Finances, qui a démissionné au lendemain du référendum du 5 juillet à cause de ses désaccords avec le Premier ministre Alexis Tsipras, refuse le retour à la drachme que réclament les dissidents. Il est favorable à un maintien de la Grèce dans la Zone euro, mais pas aux conditions posées par les créanciers. Pendant les cinq mois où il était au ministère des Finances, il a tenté de convaincre ses partenaires de l’Eurogroupe d’effacer une partie de la dette grecque et de renoncer à la politique d’austérité en contrepartie de réformes structurelles.

«Je lui ai dit, Wolfgang, nous avons un problème et vous avez un problème», a raconté Yanis Varoufakis dans plusieurs entretiens à la presse, parlant de Wolfgang Schäuble, ministre allemand des finances. Spécialiste de la théorie des jeux appliquée à l’économie, il a parié que les Européens avaient la même crainte que lui d’un Grexit. Dans Theory of Games and Economic Behavior, publié en 1944 et traduit en français au début des années 1950, Oskar Morgenstern et John von Neumann, analysent le comportement de deux joueurs (individus ou États) dans un rapport où aucun des deux ne connaît toutes ressources et toutes les visées de l’autre. L’objectif est de maximaliser les gains et de minimiser les pertes. Il peut survenir une situation où ce que l’on perd équivaut à ce que l’on gagne, et c’est le moment où il faut savoir conclure, sauf à risquer de perdre davantage. L’hypothèse était que tous les protagonistes, les Grecs et les créanciers, avaient tout à perdre à un Grexit et que la logique issue de la théorie des jeux exigeait un compromis.

Dans ce qu’il présente comme un bras de fer entre lui et Wolfgang Schäuble, Yanis Varoufakis a sous-estimé les ressources de son interlocuteur, même s’il affirme que son objectif était évident pour lui: «le docteur Schäuble», comme il l’appelle désormais, cherchait le Grexit. En tous cas, il n’excluait pas cette hypothèse et y était parfaitement préparé. Dans un entretien diffusé, lundi 24 août, par la première chaîne de télévision allemande, le ministre des Finances reconnaît qu’il aurait été «irresponsable» de ne pas réfléchir à un plan B. Mais, précise-t-il, «y réfléchir ne voulait pas dire en parler».

Le «gang d’Égine» contre Wolfgang Schaüble

Wolfgang Schäuble a fait de la politique quand Yanis Varoufakis testait ses théories. «Et nous infligeait des leçons d’économie», ajoute-t-il dans un sourire. Après tout, c’était le métier de Yanis Varoufakis avant qu’il ne devienne ministre. Il a fait ses études en Angleterre, a enseigné longtemps en Australie, où vit encore sa fille. Sans doute était-elle bien placée pour lui envoyer ces chemises bariolées qui firent l’étonnement de ses collègues ministres et la joie des médias. Yanis Varoufakis a été aussi professeur à l’université d’Austin (Texas) où il a rencontré James Galbraith, le fils de l’économiste et diplomate John Kenneth Galbraith, dont il a fait un de ses conseillers.

Wolfgang Schäuble a fait de la politique quand Yanis Varoufakis testait ses théories

C’est aussi en tant que conseiller que Yanis Varoufakis a fait son entrée en politique. De 2004 à 2006, il est proche de Georges Papandréou, alors chef du Pasok, qu’il critiquera par la suite. Plus que par ses travaux ou son enseignement d’économiste –bien qu’il ait publié plusieurs livres–, il s’est fait connaître pendant les années de crise en s’opposant aux deux mémorandums imposés à la Grèce par la «troïka» sur son blog, très suivi par les contestataires.

Se définissant lui-même comme «marxiste par intermittence», classé comme «keynésien de gauche», proche de la Review of Radical Political Economics, publiée aux États-Unis, s’est rapproché d’Alexis Tsipras, bien qu’il ne partage pas son passé gauchiste. Dans un entretien à l’hebdomadaire allemand Stern, il a même révélé que sa mère avait été après la guerre proche de l’extrême droite et qu’elle avait connu son père parce qu’elle était chargée par la police de le surveiller! Il confessait aussi qu’il aimait beaucoup l’Allemagne, où, enfant, il passait ses vacances en famille.

Sa seconde épouse, Danae Stratou, est la descendante d’une riche famille d’industriels qui ont présidé aux destinées du Medef grec. Sur l’île d’Égine, où ils possèdent une maison, ils ont rencontré le chef de Syriza, qui avait l’habitude d’y passer des vacances avec ses enfants chez son ami Alekos Flambouraris, qui deviendra ministre d’État. C’est là qu’ensemble ils ont préparé l’arrivée au pouvoir de Syriza avec son programme anti-mémorandum. Le Financial Times a évoqué «le gang d’Egine».

La «bande» est aujourd’hui dissoute. Alexis Tsipras s’est séparé de Yanis Varoufakis. Après avoir tenté une stratégie de rupture dans les rapports avec les institutions européennes, le Premier ministre a pris acte du fiasco et opté pour la coopération. Quant à l’ancien ministre des Finances, il est à la recherche d’une ambition politique entre les néocommunistes du style Unité populaire et une gauche convertie au réalisme. L’espace est étroit, même si Yanis Varoufakis regarde bien au-delà de la petite Grèce et veut embrasser toute l’Europe. Le voyage a commencé à Frangy-en-Bresse, en Saône-et-Loire.

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