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La rentrée des dupes

Nicolas Sarkozy, François Hollande et Alain Juppé en janvier dernier (REUTERS/Pascal Rossignol)

Nicolas Sarkozy, François Hollande et Alain Juppé en janvier dernier (REUTERS/Pascal Rossignol)

Une nouvelle fois, les partis de gouvernement démontrent à quel point ils sont déconnectés des grands enjeux d'aujourd'hui. Il est urgent que cela cesse.

Pendant que le monde est en plein délire, que la violence s’installe, que la guerre menace dans bien des lieux, que le terrorisme frappe en de maints endroits, jusque dans nos trains, qu’une crise économique majeure se prépare en Asie, que les inégalités explosent, que le chômage ne se réduit pas, que les mouvements de population s’accélèrent d’une façon vertigineuse, que de nouvelles idéologies se forment partout, que les technologies les plus folles bouleversent nos vies quotidiennes et transforment la nature même du travail, et demain la condition humaine, la classe politique française prépare benoîtement sa rentrée, sur le mode le plus traditionnel et le plus éloigné des enjeux –bref, le plus nul, le plus indigne du pays.

Alors que ces enjeux et ces menaces appelleraient les partis politiques à s’engager dans un mea culpa sur leurs erreurs passées, dans une réflexion sur les réformes à conduire et dans la construction d’un discours pédagogique pour préparer l’opinion à entendre des choses passionnantes et à faire des choix difficiles; alors que les Français attendent de leurs dirigeants qu’ils osent leur servir de guides, nous assistons, une fois de plus, comme chaque fin d’été en France, à une rentrée des dupes. Les partis au pouvoir multiplient les promesses intenables, auxquelles ils ne peuvent pas croire eux-mêmes une seconde; les partis d’opposition se contentent de reproches systématiques, sur tout, sans réfléchir ni proposer.

Des partis réduits au rang d'écuries

Si au moins leurs discours, aux uns et aux autres, portaient sur les grands enjeux du moment! Mais non, on n’entend que de petites phrases, sur de petits sujets. Les uns jurent que les impôts vont baisser: la belle affaire! Qui peut le croire? Sans même dire quelles dépenses vont être, pour cela, diminuées ou supprimées, et en continuant à les augmenter, à la moindre protestation du moindre groupe de pression. Les autres critiquent à la volée, de façon pavlovienne, sans penser à déplacer le débat sur ce qui compte, dont la majorité élude pourtant tragiquement l’examen: l’école primaire, les institutions, la construction européenne, la libération des potentiels…

On ne pourra pas supporter longtemps une classe politique aussi éloignée de la tragédie du monde. Ou bien elle agit, ou bien le peuple va la chasser

Les formations dites «de gouvernement», au pouvoir et dans l’opposition, ne sont déjà plus que des écuries au service de quelques candidats à la prochaine élection présidentielle. Et les partis les plus extrêmes, à gauche comme à droite, se perdent dans de ridicules conflits de personnes, qui les occupent sans vergogne, alors que le vide idéologique des camps habitués à gouverner devrait leur permettre de bâtir un discours cohérent, attirant des électeurs qui ne demandent qu’à suivre qui les enthousiasmera.

Révolution ou disparition

On ne pourra pas se permettre longtemps d’en rester à d’une telle situation. On ne pourra pas se contenter d’une telle rentrée, si loin des défis de l’époque. On ne pourra pas supporter longtemps une classe politique aussi éloignée de la tragédie du monde. Ou bien elle se réveille et agit, ou bien le peuple va la chasser, au profit de nouveaux venus, comme cela s’est produit dans de nombreux pays d’Europe –comme cela se profile aux États-Unis.

La France, c’est bien connu, ne fait pas de réforme, elle ne fait que des révolutions. La planète, aujourd’hui, fait la révolution tous les jours, sur tous les sujets et tous les fronts. Bientôt, notre pays fera de même, ou il disparaîtra. Regardez bien cette rentrée, vaine et dérisoire, c’est presque certainement la dernière du genre. La prochaine sera, j’en suis certain, celle de l’éveil.

Cette chronique est initialement parue dans L'Express.

 

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