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Plainte contre Maroc Hebdo pour sa une «Faut-il brûler les homos?»

Montage Slate avec la une de Maroc Hebdo

Montage Slate avec la une de Maroc Hebdo

Une association de lutte contre l’homophobie a décidé de réagir deux mois après les faits en portant plainte contre le directeur de publication du magazine Maroc Hebdo.

La couverture du journal Maroc Hebdo du 12 juin dernier n’en finit pas de créer des remous. Plus de deux mois après cette une polémique, qui affichait en photo deux jeunes hommes se regardant dans les yeux et demandait en gros titre «Faut-il brûler les homos?», une association de lutte contre l’homophobie a décidé de réagir. Elle a porté plainte ce lundi 24 août au matin contre le directeur de publication du magazine, Mohamed Selhami.

Selon le texte de la plainte, que Slate s’est procurée, l’association Mousse, fondée en 2000 et qui se donne pour but «d’agir en justice contre les auteurs de propos et discriminations homophobes», a porté plainte pour «provocation à la haine et à la violence»:

«Le délit de provocation à la haine ou à la violence à l'égard d'un groupe de personnes à raison de leur orientation sexuelle suppose que les propos incriminés comportent une exhortation ou une incitation explicite à commettre des actes de violence ou à concevoir des sentiments de haine à l'égard dudit groupe. En l'espèce, le titre “Faut-il brûler les homos?” implique que cette question puisse faire l'objet d'un débat et d'une réponse positive. Cette interrogation légitime ainsi l'opinion selon laquelle les homosexuels devraient être brûlés du simple fait de leur orientation sexuelle. Elle contribue ainsi à entretenir un sentiment de haine, voire incite à commettre des actes de violence, à l'encontre des homosexuels», avance le texte de la plainte.

Une autre une, «Le péril noir»

L’association s’appuie par ailleurs sur le commentaire placé au dessus du titre de l’hebdomadaire –«Le ministère de la Santé appelle à la dépénalisation de l'homosexualité au Maroc. Certes, c'est un droit individuel. Mais, quid de la morale et des valeurs religieuses?»– et sur une publication de Maroc Hebdo de 2012 titrée «Le péril noir». «Cette publication antérieure démontre que Maroc Hebdo n'hésite pas à provoquer des sentiments de haine xénophobes pour attirer l'attention du lectorat», estime le texte de la plainte.

Maroc Hebdo n'hésite pas à provoquer des sentiments de haine xénophobes pour attirer l'attention du lectorat

L’association Mousse dans la plainte déposée contre MarocHebdo

«L'intention coupable d'inciter et d'encourager des sentiments de discrimination, de haine et surtout de violence à l 'égard de personnes en raison de leur orientation sexuelle est donc caractérisée», conclut le texte.

«Les mots ne sont pas seulement des mots»

Les internautes avaient été nombreux à se révolter contre cette une. Les excuses de Maroc Hebdo, qui avait retiré son numéro et avait expliqué à ses lecteurs avoir simplement voulu rendre compte d’un «débat», n’ont pas convaincu l’association. Contacté par Slate, Étienne Deshoulières, avocat de Mousse et militant LGBT, estime que «les mots ne sont pas seulement des mots, ils ont des conséquences réelles». «Imaginez-vous être un jeune homo n’ayant pas fait son coming out, lisant cette couverture. Les jeunes homos se suicident sept fois plus que les jeunes hétéros et ces statistiques sont directement liées à cette violence», justifie l’avocat, ancien membre référent de la commission des «Brigades internet contre l’homophobie et le sexisme» de SOS homophobie. Quelques jours après la publication de Maroc Hebdo, un jeune Marocain présumé gay avait été agressé par une foule enragée.

Slate a essayé à plusieurs reprises de contacter la rédaction de Maroc Hebdo, qui n’a pas encore répondu à l’heure où ces lignes sont publiées.

L’association Mousse tient à préciser de son côté qu’elle combat l’homophobie «quelle qu’en soit l’origine» et souhaite «éviter tout amalgame entre un journaliste marocain et les Marocains en général».

La balle est désormais dans le camp du procureur, qui a le choix de poursuivre ou non la publication. Si la plainte était rejetée, l’association pourrait se constituer partie civile, et pousser l’action en justice sur un autre front.

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