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Baisses d’impôts en 2016: l'imprudente promesse de François Hollande

Croisons les doigts! | Simon James via Flickr CC License by

Croisons les doigts! | Simon James via Flickr CC License by

Le chef de l’État annonce des baisses d’impôts pour 2016, distribuant les dividendes de la reprise avant de les toucher. Les contribuables ne s’y retrouvent plus.

L’annonce par François Hollande de baisses d’impôts «quoi qu’il arrive» n’est pas de nature à relever le crédit du discours politique. À quelques jours des universités du PS à La Rochelle, la détermination du chef de l’État ressemble plus à un message lancé à la gauche de sa majorité qu’à une décision motivée par le retour de la croissance.

Car justement, celle-ci est tombée au deuxième trimestre 2015 dans un trou d’air qui n’avait pas été anticipé. Autrement dit, toutes les incertitudes ne sont pas levées sur le retour de cette croissance et encore moins sur son amplitude.

À l’inverse, les signaux ne manquent pas qui peuvent alimenter les doutes. De là à considérer que l’engagement de baisses d’impôts est fortement démagogique et que, conformément à une habitude dont la France n’arrive pas à se défaire, les dividendes de la croissance sont distribués avant même de les toucher, il n’y a qu’un pas. Et finalement, le discours perd en crédibilité.

Promesse prématurée

C’était le projet de François Hollande, déjà formulé le 14 juillet: des baisses d’impôts interviendraient «en fonction des possibilités de notre économie». Une promesse responsable, associant la redistribution des effets de la croissance à son amplitude. Mais dorénavant, le principe des baisses serait acquis dans tous les cas de figure; le ministère de Finances planche déjà sur les hypothèses possibles.

Or, en dehors même de l’absence de performance de l’économie au deuxième trimestre, la prudence reste de mise. Lorsqu’on évoque des croissances de 1 à 1,2% en 2015 et de 1,5-1,6% en 2016, on reste collé à des scénarios de reprise relativement modestes. Rappelons que, pour créer des emplois à un rythme supérieur aux arrivées sur le marché du travail et réduire en même temps le chômage, une économie a besoin d’une croissance au moins égale à 1,5%. Au niveau où en est aujourd’hui l’économie française, il serait dangereux de s’affranchir de la rigueur.

Au niveau où en est aujourd’hui l’économie française, il serait dangereux de s’affranchir de la rigueur

Celle-ci s’impose d’autant plus que la France n’est toujours pas revenue dans les clous budgétaires, avec des prévisions de déficit budgétaires de 3,8% pour 2015 et 3,6% pour 2016. Certes, la France n’est pas la Grèce. Mais réclamer à Athènes une plus grande orthodoxie budgétaire, au prix de lourds sacrifices pour les Grecs, et prendre pour soi-même des libertés avec les principes que l’on exige des autres, voilà qui pourrait faire tache dans le paysage européen déjà fort chaotique.

S’il s’agit de rallier la gauche du PS qui n’est pas insensible aux arguments des jusqu’au-boutistes grecs du parti Syriza, il n’est pas certain que les autres Européens comprennent le jeu de la France, qui, par ailleurs, a poussé le le Premier ministre Alexis Tsipras à accepter le nouveau plan d’aide.

D’autres paramètres incitent à la prudence. Comme le prix du pétrole, qui s’est effondré de quelque 60% en un an. Pour l’économie française, c’est une bonne nouvelle. Mais pas forcément pour les caisses de l’État. Car si la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) est fixe, le total de TVA (environ 17% du prix du litre l’an dernier) recule lorsque le prix du produit baisse à la pompe. Pour les finances publiques, il ne faudrait pas que les pertes de recettes fiscales s’accumulent trop vite.

Pas prête pour l’offensive

Il est d’autres incertitudes, et pas des moindres. Par exemple, le taux auquel la France peut financer sa dette, qui approche les 2.100 milliards d’euros selon l’Insee, soit 97,5% du produit intérieur brut. L’an dernier, la France a profité d’un taux d’emprunt moyen de 1,31%, particulièrement bas si l’on considère que ce taux était de 1,54% en 2013 et de 4,15% en moyenne sur la période 1998-2007, explique l’Agence France Trésor.

Mais avec la guerre des monnaies qui se profile, du fait de la triple dévaluation du yuan chinois cet été, des fluctuations du dollar par rapport à l’euro, lui-même en recul par rapport au billet vert, et de l’instabilité financière des grandes économies mondiales, le contexte économique et financier pourrait bien mettre un terme à l’avantage que la France puise dans le financement de sa dette.

Promettre des baisses d’impôts dans ces conditions peut légitimement passer pour une démarche purement électoraliste

Or, la charge de la dette, qui a approché 45 milliards d’euros en 2013 et dépassé 43 milliards en 2014, devrait se situer autour de 44 milliards en 2015. Mais si les conditions se durcissaient pour les 70,5 milliards d’euros que l’Agence France Trésor devrait aller chercher sur les marchés en 2015, la charge s’alourdirait et amputerait d’autant les marges de manœuvre du gouvernement pour boucler son budget. Promettre des baisses d’impôts dans ces conditions peut légitimement passer pour une démarche purement électoraliste à moins de deux ans de la prochaine élection présidentielle.

Et ce ne sont pas les seuls paramètres qui laissent planer des incertitudes. On parle de reprise, mais le chômage persiste, pesant sur les recettes de cotisations sociales. Les entreprises tardent à reprendre leurs investissements, repoussant le retour de la croissance. Le différentiel de compétitivité avec l’Allemagne s’est réduit dans l’industrie, mais la situation explosive dans le monde agricole montre que l’économie française n’est pas encore globalement prête pour reprendre l’offensive.

Contribuables incrédules

Reste que, par rapport aux annonces de réductions d’impôts annoncées par le Premier ministre en septembre 2014, une certaine cacophonie persiste. Car, si 20% des foyers fiscaux semblent avoir profité des mesures annoncées, celles-ci se sont heurtées à la réforme du quotient familial, à la mise sous conditions de ressources des allocations familiales, à la hausse de certains impôts locaux… De quoi s’y perdre, pour beaucoup de ménages.

Certes, tous les foyers fiscaux ne sont pas touchés de la même façon par ces différentes dispositions. Mais cette dispersion rend d’autant plus difficile la perception des baisses déjà intervenues en 2015.

Dans ces conditions, l’engagement de nouvelles réductions pour 2016 risque fort de laisser les contribuables dubitatifs: d’ores et déjà, trois Français sur quatre n’y croiraient pas.

On savait que la parole publique avait perdu de sa puissance. Mais, lorsqu’en plus elle est imprudente, elle laisse l’électorat incrédule. La confiance est atteinte, comme si de toute façon et même si des dispositions voyaient finalement le jour, elles seraient imperceptibles ou viseraient toujours une autre cible que soi. Ce qui qui explique, d’une certaine façon, la perte de popularité de l’exécutif.

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