Monde

Au Moyen-Orient, Obama est condamné à la patience

Shmuel Rosner, mis à jour le 22.09.2009 à 9 h 03

La volonté du président américain se heurte à une conjonction de «non».

manifestation dans Gaza, le 16 septembre. Mohammed Salem / Reuters

manifestation dans Gaza, le 16 septembre. Mohammed Salem / Reuters

A eux deux, le président israélien Shimon Peres et l'ex-sénateur américain George Mitchell totalisent 162 années d'expérience en matière de diplomatie de haut vol. Peres est né le 2 août 1923; Mitchell,  émissaire spécial pour le Moyen-Orient et homme à tout faire d'Obama chargé du processus de paix, est né dix ans et dix-huit jours plus tard, le 20 août 1933. Le dimanche 13 septembre, les deux hommes se sont rencontrés pour parler de l'initiative de paix au Moyen-Orient. Une telle expérience — et si peu d'occasions d'en faire bon usage.

«Nous devons prendre un nouveau départ et relancer les négociations avant la fin du mois de septembre», a déclaré Peres. Comme si le mois septembre avait une importance particulière. Le «nouveau départ» n'a pas été pris en août, en juillet, en juin, et mai ou en avril; en quoi septembre 2009 sera-t-il différent?

La semaine dernière, Peres a rencontré (en secret, parce que les rencontres secrètes sont les seules qui importent de nos jours) le négociateur palestinien Saeb Erekat et lui a tenu (peu ou prou) les mêmes propos. Mais les Palestiniens ne semblent pas convaincus. Ils ont fait de l'arrêt complet de la colonisation une condition de la reprise des négociations de paix. Ce qui pourrait poser problème. Le 14 septembre, le Premier ministre d'Israël, Benjamin Netanyahu, avait déclaré (quelques heures à peine avant son premier entretien avec Mitchell): «J'ai dit aux Américains que nous envisagerions un ralentissement de la colonisation». «Ralentissement» n'est pas «arrêt complet»... Si Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité Palestinienne, voulait trouver une excuse pour éviter Netanyahu, il n'a plus besoin de se creuser les méninges: le Premier ministre lui a servie sur un plateau.

Le président Obama voulait organiser une rencontre tripartite mardi 22 septembre entre Netanyahu et Abbas en marge de l'assemblée générale des Nations-Unies, et Mitchell s'est démené pour faire en sorte qu'elle puisse bien se tenir. Mais le simple fait d'amener les parties à se rencontrer est soudain devenu un vrai défi. L'autre objectif était d'amener les pays arabes à faire un geste, d'indiquer d'une façon ou d'une autre qu'ils étaient favorables à une reprise du processus de paix.

La demande d'Obama a été rejetée par le pays qui semblait pourtant le plus disposé à la prendre en compte, pays d'une importance capitale: l'Arabie Saoudite. Une rebuffade privée... puis publique. Les Saoudiens «refuseront d'engager une discussion avec Israël tant que celui-ci n'aura pas mis un terme à l'occupation illégale de la Cisjordanie, de la Bande de Gaza et du Golan, ainsi que des Fermes de Shabaa au Liban», a déclaré le Prince Turki al-Faisal dans une tribune dans le New York Times.

Conclusion: même si une rencontre a lieu dans les semaines qui viennent, même si les intéressés acceptent de négocier — à contrecœur, tous ceux qui y prendront part (à l'exception des Américains) savent que le succès ne sera sans doute pas au rendez-vous. Obama a beau courir aussi vite qu'il le peut, les pays du Moyen-Orient n'en démordent pas: ils veulent avancer à leur rythme. Lorsqu'il leur a dit: «suivez-moi», ils ont tous répondu: «nous vous suivons, mais nous suivons aussi untel, et untel, et untel...»

La réunion des déçus

Netanyahu n'a pas envie de faire de sacrifices politiques ou stratégiques avant de voir comment le dossier du nucléaire iranien va évoluer. Abbas et les Palestiniens (ainsi que quelques dirigeants arabes) attendent, dans l'espoir qu'un statu quo prolongé contraigne les Etats-Unis à faire un peu plus pression sur Israël. Les Etats arabes hésitent à agir avant les Palestiniens. Les Syriens veulent être sûrs de miser sur le bon cheval, et garderont la carte iranienne dans leur manche tant qu'elle pourra leur être utile. En bref, l'administration Obama avait espéré que son enthousiasme et son énergie impulserait une nouvelle dynamique au processus de paix; elle n'a fait que donner de faux espoirs et risque à présent de perdre une partie de sa crédibilité.

La réunion tripartite de New York sera la réunion des déçus, des sceptiques et des presque-jamais-contents. Netanyahu s'est déclaré surpris et blessé par la pression «sans précédent» exercée par l'Amérique. Les Etats-Unis avaient promis de stopper la colonisation israélienne en Cisjordanie, y comprit à Jérusalem-Est; ils n'y sont pas parvenus, ce qui a offensé Abbas. C'est une vieille tactique du Moyen-Orient: toujours donner l'impression d'être frustré et mécontent pour s'attirer les encouragements de l'Amérique.

Il y a huit mois, l'administration Obama a pris à contrepied un bon nombre de sceptiques en décidant d'investir massivement pour relancer le processus de paix, et ce sans qu'aucune occasion réelle de le faire progresser ne soit en vue. Elle répondait en cela aux exhortations enthousiastes de certaines personnes influencées par leurs opinions politiques ou simplement mal informées, restant sourd aux conseils des vrais experts.

«Yes we can» contre «no we won't»

L'introduction du recueil d'essais «Prevent Breakdown, Prepare for Breakthrough» (édité par David Pollock) résume bien les choses: « Tout d'abord, ne pas viser trop haut, ne pas essayer de conclure un accord complet dès le départ; il faut d'abord que les Etats-Unis deviennent d'efficaces artisans de la paix - actifs, mais patients et privilégiant une approche progressive». Le New York Times a récemment consacré un énième éditorial au sujet pour dire tout le contraire, affirmant que le gouvernement avait déjà perdu assez de temps «à établir des relations de confiance et à mettre en place une diplomatie progressive». En réalité, selon certains spécialistes, ce n'est qu'en procédant par étapes que le processus pourra reprendre...

Obama (et maintenant que nous le connaissons un peu mieux, ce n'est pas vraiment une surprise) voulait décrocher la lune, et n'a récolté que du vent. «Yes we can» s'est incliné face au «no we won't». Israël ne gèlera pas la colonisation, les Palestiniens ne reviendront pas sur leurs exigences, et les pays Arabes ne viendront pas en aide aux Etats-Unis. Et puis, en passant, l'Iran n'interrompra pas son programme nucléaire, la Russie ne votera pas de sanctions plus sévères, le Hezbollah continuera de faire partie du gouvernement du Liban, et la Syrie n'arrêtera pas les terroristes qui se rendent en Irak. Il faudra qu'Obama leur offre plus. Il faudra aussi qu'il ralentisse sa course; qu'il prouve qu'il sait être patient. Qu'il peut attendre, pour une fois, que le Moyen-Orient fasse le premier pas.

Shmuel Rosner

Traduit par Jean-Clément Nau

Image de une: manifestation dans Gaza, le 16 septembre. Mohammed Salem / Reuters

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