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Usain Bolt a sauvé ces championnats du monde, pas l'athlétisme

Usain Bolt devance Justin Gatlin à l'arrivée du 100m des championnats du monde d'athlétisme, le 23 août 2015 à Pékin. REUTERS/Lucy Nicholson.

Usain Bolt devance Justin Gatlin à l'arrivée du 100m des championnats du monde d'athlétisme, le 23 août 2015 à Pékin. REUTERS/Lucy Nicholson.

Le Jamaïcain a évité la gêne d'un Justin Gatlin champion du monde du 100m. Le problème du dopage, lui, reste entier...

Un petit centième de seconde qui change (presque) tout. En battant l'Américain Justin Gatlin sur le fil (9''79 contre 9''80) en finale du 100m, dimanche 23 août à Pékin, le Jamaïcain Usain Bolt n'a pas seulement remporté son neuvième titre de champion du monde, le troisième sur la distance: il a aussi sauvé médiatiquement ces championnats du monde d'athlétisme.

Il suffit de se plonger dans les gros titres de la presse pour voir à quel point était envisagée avec crainte une victoire de Justin Gatlin, suspendu huit ans pour usage de testostérone en 2006, sanction réduite à quatre ans en appel. Devançant Bolt de treize centièmes dans les bilans d'avant-championnat (9''74 contre 9''87), l'Américain avait aussi fait la meilleure impression lors des demi-finales, alors que Bolt était passé de justesse.

«S'il te plaît, Usain, tu ne nous a jamais laissé tomber. Ne commence pas maintenant», suppliait avant la compétition le Herald Sun, un quotidien australien. Vendredi, le Guardian annonçait que Gatlin était bien parti pour devenir «le champion du monde du 100m le moins populaire de tous les temps». Le nouveau président de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), le Britannique Sebastian Coe, avait annoncé que cette perspective le rendait «mal à l'aise». Sports Illustrated avait même parlé d'un 100 mètres «pour l'âme de la piste»:

«Si Bolt gagne, c'est le triomphe d'un athlète propre et une répudiation de la culture du dopage, la preuve que la grandeur est encore possible sans assistance pharmaceutique. Si Gatlin gagne, cela consiste à récompenser la tricherie par de l'argent et des médailles, et rend encore plus profonde la période de doute que traverse ce sport. La joie contre la tristesse. Le bien contre le mal. La lumière contre l'obscurité.»

Le New York Times avait aussi introduit le duel entre les deux hommes comme un «match moral» tout en s'interrogeant sur les possibles limites de cette présentation:

«Il semble simpliste de réduire le duel entre Bolt et Gatlin à celui entre le bien et le mal. [...] Pourquoi se concentrer sur Gatlin quand Tyson Gay et Asafa Powell, deux autres vétérans du sprint qui ont purgé des suspensions pour dopage, [...] pourraient terminer sur le podium [ils ont fini 6e et 7e, ndlr]? Et est-il sage, à notre époque, de faire de Bolt ou de toute autre figure gigantesque du sport un héros au-dessus de tout soupçon? Ce sport traverse une crise qui dépasse largement le surprenant retour de flamme de Gatlin.»

The Independent s'interrogeait aussi sur une présentation trop simpliste:

«On nous demande de croire qu'une victoire de Bolt fera office de baume sur l'âme torturée d'un sport qui cherche une solution superficielle à un problème complexe.»

Si la présence de Gatlin comme favori avait causé une crainte générale, elle a aussi contribué à rehausser le profil de cette finale –l'adage «meilleur est le méchant, meilleur est le film» vaut aussi pour le sport. Sauf scandale de dopage à venir dans une autre course, Usain Bolt a donc sans doute contribué à sauver ces championnats. Mais pas plus.


À l'arrivée de la course, Steve Cram, ancien champion du monde et recordman du monde du 1.500m dans les années quatre-vingts, a eu ce cri du cœur à l'antenne de la BBC:

«Il a sauvé son titre, il a sauvé sa réputation, il a peut-être même sauvé son sport.»

La dernière partie de la phrase est peut-être un peu optimiste.

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