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Comment la nouvelle de l'attaque du Thalys s'est diffusée (ou la petite mort du «breaking news»)

Le soldat américain Spencer Stone (REUTERS/Stringer )

Le soldat américain Spencer Stone (REUTERS/Stringer )

L'accélération de la circulation de l'information laisse les médias bien démunis. Au prix souvent de nombreuses imprécisions. La preuve une nouvelle fois ce vendredi.

Quand un gros événement surgit de manière inattendue dans l'actualité, comme l'attaque à bord du Thalys Amsterdam-Paris du vendredi 21 août, il y a quelques conseils essentiels à suivre. Courez d'abord vers votre téléviseur et vérifiez qu'il est bien éteint. Dans la foulée, attrapez votre smartphone, effacez l'appli Twitter, stoppez toute notification et ne jetez plus un coup d'œil à vos emails. Débranchez votre ordinateur. Faites un tour une heure ou deux, prenez le temps de lire un vieux livre dans un parc peut-être. Dînez tranquillement. Passez une bonne nuit de sommeil et au réveil, connectez-vous à votre site préféré: vous aurez alors toutes les informations nécessaires sur ce qu'il s'est réellement passé. Vous serez même peut-être mieux informé que ceux qui ont tout suivi en direct.

Le journaliste Farhad Manjoo livrait ces quelques recommandations après les attentats de Boston. Une manière de souligner avec humour qu'en cas de breaking news, l'information est d'abord livrée aussi bien par les réseaux sociaux que par les grands médias de manière totalement désordonnée voire erronée. Le site Reputatio Lab le souligne: dans le cas de l'attaque du Thalys, le tout premier message publié sur Twitter (et effacé depuis) se plaignait juste que le train était à l'arrêt. C'est ensuite un internaute allemand, alerté par un ami à bord, qui poste une série de messages délivrant toutes les informations qui seront reprises une heure plus tard seulement par différents médias, à commencer par la Voix du Nord.


La valse des petites erreurs

Les informations commencent à circuler sur les réseaux sociaux alors même que les passagers du train semblent tout ignorer des détails de l'opération, Thalys communiquant tout de même assez rapidement sur l'affaire.


Dès les toutes premières publications, on notera l'apparition de petites erreurs factuelles reprises par différents médias. L'internaute allemand qui a lancé l'alerte parle d'abord de trois Marines.


Il s'avèrera par la suite qu'il s'agissait en réalité de deux soldats américains appartenant à d'autres corps, l'un l'armée de l'air, l'autre la Garde nationale; et d'un Britannique.

De même, un flou a perduré sur la nationalité du principal suspect, entretenu par Ayoub el Khazzani lui-même. Si la plupart des médias préciseront qu'il était d'origine ou de nationalité marocaine, certains ne s'en tiendront qu'à la première mention.


Enfin, le pays exact où a eu lieu l'attaque a été sujet à débat, certains échos, et notamment le quotidien Le Soir, plaçant l'attentat déjoué en Belgique. Finalement, il s'avèrera que celui-ci a bien eu lieu sur le territoire français, à hauteur de Oignies dans le Pas-de-Calais.

Quarante-huit heures plus tard, le scénario et le parcours de ce drame évité de justesse se dessine de manière beaucoup plus clairs. Il est temps de rallumer sa télé et son portable.

Correction: dans une première version de l'article, Oignies était localisée en haute Picardie. Nos excuses à nos lecteurs.

 

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