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Usain Bolt, sans l’ombre d’un doute

Usain Bolt aux Jeux du Commonwealth, en 2014. REUTERS/Suzanne Plunkett.

Usain Bolt aux Jeux du Commonwealth, en 2014. REUTERS/Suzanne Plunkett.

Pourquoi certains champions affichent-ils toujours leurs certitudes quand d’autres, de la même étoffe, paraissent confrontés au doute? Aux Championnats du monde d’athlétisme de Pékin, Usain Bolt, menacé sur 100 et 200m par Justin Gatlin, ne s’en fait pas. Une nouvelle fois…

Les Championnats du monde d’athlétisme, organisés à Pékin entre le 22 et le 30 août, se déroulent dans un climat brumeux qui tient moins à la pollution de la capitale chinoise qu'à des affaires, réelles ou supposées, de dopage portées récemment sur le devant de la scène, parfois dans une certaine confusion. Nouveau président de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), Sebastian Coe entame son mandat sur des charbons ardents avec la mission de tenter de faire de la clarté dans cet épais brouillard médiatique que la présence de l’Américain Justin Gatlin, 33 ans, suspendu deux fois pour dopage pour une durée totale de quatre ans, et auteur des meilleures performances sur 100m (9’’74) et 200m (19’’57) en 2015, ne parviendra certainement pas à dissiper.

Face aux polémiques, Usain Bolt, 29 ans, meilleur argument promotionnel de l’athlétisme à travers le monde, se veut philosophe, même si la discipline attend encore de lui qu’il fasse non seulement le spectacle, mais également le ménage en matant surtout le sulfureux Gatlin sur les deux distances. «Je ne peux pas sauver seul le sport», a indiqué, en substance, le sextuple champion olympique en amont de ces Mondiaux, qu’il aborde dans le sillage d’une préparation perturbée par quelques problèmes physiques.

A rebours de l’opinion générale, Darren Campbell, athlète britannique, vice-champion olympique sur 200m à Sydney en 2000, a lui indiqué qu’il espérait le succès de Gatlin sur Bolt pour que l’athlétisme se confronte une bonne fois pour toutes à ses démons en se retrouvant face à l’inacceptable et au ridicule d’une situation qu’un bannissement à vie des pistes aurait normalement dû empêcher.

Tranquille comme baptiste en se voulant loin de ces remous dont il subit néanmoins le clapot, Usain Bolt, double recordman du monde sur 100 (9’’58) et 200m (19’’19), préfère, lui, afficher ses habituelles certitudes. Comme à chaque fois avec lui, le doute, à tous les niveaux, n’est pas permis malgré les questionnements liés à sa forme. «Je ne doute jamais de moi», disait-il d’ailleurs, fin juillet, dans une interview à L’Equipe. «Envoyer un message, je réserve ça pour les grands championnats, pas en meeting », avait-il ajouté pour signifier que tout ce qui précèderait ces Mondiaux en Chine n’aurait aucune valeur une fois la compétition suprême entamée.

Autant dire que les 9’’74 de Gatlin ne font pas peur à celui qui a dû se contenter de 9’’87 et restera, en raison de son prestige, le favori, dimanche 23 août, lors de la finale de l’épreuve reine de ces Championnats du monde, pour peu qu’il ne rate pas son départ comme en 2011 lors des Mondiaux de Daegu. «Je me suis bien entraîné», a-t-il assuré en arrivant sur les lieux de ses triomphes olympiques de 2008, qui l’avaient véritablement révélé au monde entier.

Quand la confiance passe pour de l'arrogance

Usain Bolt a toujours débordé d’une confiance absolue qui, si elle est autrement interprétée, peut passer pour de l’arrogance alors qu’elle est probablement le reflet d’une vraie sincérité. En France, pays où il faut plutôt dire mezzo voce qu’on est le meilleur dans sa catégorie, Renaud Lavillenie, en quête à Pékin de son premier titre de champion du monde à la perche, a les mêmes solides convictions personnelles en ce qui le concerne, quitte parfois à passer pour trop sûr de lui aux yeux d’un public rétif à ce type d’affichage. «C’est parce que je me donne les moyens d’arriver à mes fins, avait-il justifié au Figaro voilà deux ans. Je passe énormément de temps à m'entraîner, c’est ce qui me permet d’avoir cette confiance en moi.»

Faut-il verbalement affirmer ou étouffer, voire taire, sa supériorité quand elle est réelle? Usain Bolt et Renaud Lavillenie n’ont pas de problème à dire l’évidence dans un sport où le «show-off», essentiellement dans le sprint, a souvent été une vraie tradition héritée de la boxe et volontairement provocatrice, à l’instar de l’ancien champion olympique Maurice Greene qui roulait des mécaniques sur la ligne de départ et après celle d’arrivée (s’il avait gagné).

Au basket, LeBron James n’est pas non plus réputé pour son humilité. «J’ai confiance parce que je suis le meilleur joueur du monde», a-t-il confié. Dans le football, Cristiano Ronaldo n’a jamais craint de se faire l’attaché de presse de ses propres qualités ou exploits au cours de prises de paroles, tranchant avec la modestie presque timide d’autres joueurs de son rang comme Lionel Messi et Zinedine Zidane, jamais trop disposés à parler d’eux-mêmes et encore moins en termes trop louangeurs.

Messi et Zidane ont adopté une posture inverse de celle de Bolt et Ronaldo, à l’image également de Rafael Nadal, en permanence tiraillé par une forme de doute y compris au temps de sa splendeur quand il écrasait la concurrence à Roland-Garros. Nadal a toujours été plus enclin à mettre les qualités de ses futurs adversaires en avant (toujours des «great players» selon son refrain habituel, quels que soient leurs classements) plutôt qu’à évoquer les qualités de son tennis ravageur. «Je doute tous les jours, cela fait partie de la vie, avait-il déclaré au tournoi d’Indian Wells en 2012. Toutes les personnes qui ne sont pas arrogantes en ont.» Question aussi d’éducation: sur les courts, le Majorquin a été éduqué par un oncle, Toni Nadal, qui lui a toujours imposé la modestie, même s’il y aura toujours des personnes pour estimer qu’il s’agit de fausse modestie et que se cache une tactique derrière cette présentation de sa personnalité.

Deux types de champions

C’est comme s’il y avait en réalité deux types de champions: ceux qui sont confiants et gagnent et ceux qui gagnent et deviennent confiants, Bolt appartenant plutôt à la première famille quand Nadal est plutôt membre de la deuxième, au-delà du travail fourni lors de leurs phases d’entraînement préparatoires. Mais le raisonnement est évidemment moins borné selon Isabelle Inchauspé, docteur en psychologie, qui a notamment accompagné Tony Estanguet pendant une partie de son parcours sportif, et qui, à L’Equipe Magazine, a indiqué qu’avoir la grosse tête «peut être positif quand cela permet de combler la part raisonnable de doute». «L’athlète fait croire qu’il a zéro doute, ajoutait-elle. Dans un sport individuel, c’est nécessaire, ne pas l’avoir nuit à la performance.»

Dans la bataille d’egos qui s’annonce en principe lors de la finale du 100m, Justin Gatlin est très loin de courber l’échine en dépit des casseroles accrochées à ses pointes: «Je vaux mieux que deux suspensions, a-t-il affirmé à Reuters. J’ai accompli beaucoup de choses avant et beaucoup de choses après.» Entre Bolt et Gatlin, il n’y aura, c’est une certitude, ni un «boulard» ni un boulevard d’écart au bout de la ligne droite. Il reste, en revanche, à savoir si l’athlétisme relèvera la tête sur la photo-finish…

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