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L'afflux de migrants en Grèce est comparable au pic de l’exode irlandais vers les États-Unis

Crédit photo: REUTERS/Alkis Konstantinidis. Des réfugiés arrivent sur l'île grecque de Kos, le 18 août 2015.

Depuis le début de l'année, 160.000 étrangers, dont une très grande part de réfugiés, ont accosté sur les rivages du pays. On a comparé cet afflux de migrants avec d’autres mouvements migratoires dans l’histoire.

Depuis le début de l'année 2015, le nombre de réfugiés qui arrivent sur les côtes de l'Union européenne via la Méditerranée explose. Selon l'agence Frontex, qui gère les frontières extérieurs de l'UE, 107.500 personnes ont franchi de manière clandestine les portes des pays membres pour le seul mois de juillet 2015. Si ce décompte comprend aussi les individus qui arrivent par voie terrestre, notamment à l'est, et ne distingue pas les migrants –qui quittent leur pays pour des raisons économiques– des réfugiés, qui fuient la guerre ou l'oppression politique, c'est principalement la Grèce et l'Italie qui sont concernées par cette vague de misère, qui déferle sur leurs côtes.

Dans les îles grecques, près de 21.000 personnes sont arrivées par la mer lors de la deuxième semaine d'août et la très grande majorité d'entre elles fuient la guerre. On compte plus précisément 82% de Syriens, 14% d'Afghans et 3% d'Irakiens, dont «la grande majorité devrait recevoir le statut de réfugié», indique le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). Une statistique illustre l'ampleur du phénomène: il y a eu autant d'arrivées de réfugiés en Grèce en une semaine que sur six mois en 2014. Depuis le début de l'année, 160.000 étrangers, dont une très grande part de réfugiés, ont accosté sur les rivages du pays, toujours selon l'UNHCR. «C'est sans aucun doute la plus grande crise de l'asile depuis la Seconde Guerre mondiale», ose même Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS, dans l'édition du 21 août du journal Libération. 

Une onde de choc dans toute l'Europe

Plusieurs médias internationaux ont déjà souligné que cet exode massif de Syriens, Afghans ou Irakiens vers l'Europe était la plus importante vague de réfugiés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une comparaison difficile à établir, car l'afflux de demandeurs d'asile vers l'Europe n'est pas un mouvement aussi concentré sur le plan géographique que les 200.000 déplacés slovènes et croates qui avaient fuient l'ex-Yougoslavie lors du début de la guerre en 1991, ou, plus loin dans l'histoire, que les 215.000 Irlandais qui avaient mis voile sur les États-Unis en 1847 au plus fort de la grande famine qui avait frappé le pays

Les familles syriennes qui fuient un pays en proie à la guerre civile depuis quatre ans n'ont pas grand-chose à voir avec un Érythréen qui tente d'échapper à la dictature

Pour dresser, dans l'infographique ci-dessus, un parallèle entre quelques grandes vagues de réfugiés et la crise migratoire actuelle qui frappe l'Europe –et dont l'onde de choc se répand à travers tout le continent, comme en Allemagne, où les demandes d'asile grimpent de manière exponentielle depuis le début de l'année 2015, ou à Calais, où des centaines de migrants tentent chaque jour de s'infiltrer sur le site du tunnel sous la Manche–, nous avons donc uniquement pris en compte les arrivées clandestines de réfugiés en Grèce, là où l'afflux est le plus important actuellement, entre janvier et juillet 2015.

Mais la grande différence entre le phénomène qui touche l'Europe et d'autres grandes vagues migratoires est la multiplicité des facteurs qui poussent chaque semaine des milliers de personnes à traverser la Méditerranée pour demander asile sur le sol de l'UE. 

Contrairement à ce qui s'est passé au Vietnam en 1975, lors de la chute de Saigon et du départ des Américains, les réfugiés qui débarquent chaque jour en Grèce ne viennent pas d'un point B pour rejoindre un point A. Mais de points B, C, D, E (on pourrait faire toutes les lettres de l'alphabet) pour rallier l'Union européenne. Les familles syriennes qui fuient un pays en proie à la guerre civile depuis quatre ans n'ont pas grand-chose à voir avec un Érythréen qui tente d'échapper à la dictature. Mais tous cherchent un avenir meilleur. «Cette crise de l'asile n'est pas due à l'Europe, elle est simplement géographiquement proche de l'épicentre de la crise», poursuit Patrick Weil dans Libération.

Et analyser en chiffres la crise migratoire européenne à travers le prisme grec suffit à rendre compte de l'ampleur du phénomène qui touche l'Europe. Si 160.000 réfugiés et migrants ont accosté en Grèce depuis début 2015, ce sont 340.000 personnes étrangères qui sont entrées de manière illégale au sein de l'Union européenne depuis le début de l'année. C'est plus que le nombre d'Irlandais ayant fui la Grande famine pour les États-Unis en 1847. 

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