Monde

Sauver le patrimoine syrien face à Daech, un travail proche du martyre

Temps de lecture : 2 min

Maamoun Abdulkarim est l’instigateur du sauvetage de l’héritage culturel syrien face à la folie destructrice de l’État islamique. Attristé des nombreuses destructions et pillage, cet homme courageux ne perd pourtant pas espoir.

Un coucher de soleil sur le site de Palmyre en Syrie | Ed Brambley via Flickr CC License by

À Damas, CNN est parti à la rencontre de Maamoun Abdulkarim, directeur général des antiquités et des musées en Syrie. Il supervise actuellement une opération logistique gigantesque d’évacuation d’artéfacts situés en zones de combat, et risquant d’être saisis par l’État islamique. Tous ces objets sont stockés dans des lieux tenus secrets. Malgré la tristesse de voir de si belles institutions culturelles comme le musée de Damas vidées de leur substance, Abdulkarim a évité le pire.

Au cours des quatre dernières années, de gros pans de l’héritage culturel syrien ont été détruits et volés pas des milices et des groupes terroristes. Abdulkarim a vu, impuissant, la vieille ville et le souk d’Alep être en partie réduits en cendres tandis que des sanctuaires étaient pillés par des gangs, qui revendaient ensuite les objets à l’étranger.

«Je suis le directeur général le plus triste du monde. […] Je reçois des mauvaises nouvelles chaque jour à propos de la destruction de l’héritage culturel en Syrie.»

Un travail qui dépasse la dissension

D’un point de vue symbolique, son équipe est un exemple rare d’effort national alors que la guerre n’a fait que déchirer la société syrienne depuis quatre ans maintenant:

«Nous sommes une agence gouvernementale, mais nous travaillons également dans des zones contrôlées par l’opposition.»

Nous n’avons pas deux héritages culturels, un pour le gouvernement et un pour l’opposition armée ou politique

Maamoun Abdulkarim, directeur général des antiquités et des musées en Syrie

Tous les groupes qui se battent en Syrie, à l’exception de l’État islamique et du Front Al-Nosra, sont unis dans le soutien au travail effectué par son équipe:

«Notre travail est scientifique, il est professionnel, il est pour tous les Syriens. Nous n’avons pas deux héritages culturels, un pour le gouvernement et un pour l’opposition armée ou l’opposition politique. Nous avons un héritage culturel pour tous les Syriens, pour toute l’humanité.»

L’une des plus grande réussite de l’équipe est d’avoir pu rapatrier l’ensemble des 4.000 bustes et statues exposés dans les ruines romaines de Palmyre, quelques jours seulement avant la prise du site par l’État islamique le 22 mai 2015.

Course contre la montre

Le travail est difficile, et surtout dangereux. Mardi 18 août dernier, l’ancien directeur du site de Palmyre, Khaled al-Asaad, a été décapité et son corps attaché à un pilier de la ville. Selon le Guardian, l’homme est mort pour avoir refusé de révéler à l’État islamique où se cachaient les objets que l’organisation voulait vendre.

Treize membres de l’équipe sont déjà morts alors qu’ils défendaient l’héritage syrien, dont le directeur adjoint du laboratoire d’Abdulkarim, tué par un tir de mortier au musée de Damas. Mais il faut garder espoir, assure Abdulkarim:

«La crise touche à sa fin, j’en suis sûr.»

Abdulkarim et son équipe ont d’ailleurs déjà commencé à prévoir le retour des objets dans les musées et dans les sites auxquelles ils appartiennent. Espérons qu’il voie juste.

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