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Le sac à dos, l’arme anonyme des terroristes

Montage de photos du suspect prises par des caméras de surveillance | REUTERS/Handout

Montage de photos du suspect prises par des caméras de surveillance | REUTERS/Handout

Si l’enquête le confirme, le responsable de l’attaque de Bangkok a utilisé un sac à dos pour cacher sa bombe. Une technique souvent utilisée lors d’autres attaques.

Quelques heures à peine après l’explosion à Bangkok qui a fait au moins vingt morts, lundi 17 août, les autorités thaïlandaises ont diffusé des photos d’un suspect prises par les caméras de surveillance.

Une différence saute aux yeux quand on compare ces deux clichés. On peut voir que le sac à dos a disparu entre la première et la seconde photo. Une vidéo montre justement le suspect déposer ce sac à dos au temple bouddhiste, quelques instants avant l’explosion.

 

ดูกันชัดๆ! นาทีผู้ต้องสงสัย คล้ายชาวต่างชาติ ปลดเป้สะพาย บริเวณม้านั่งภายในศาลพระพรหม ก่อนเกิดเหตุ #ระเบิดราชประสงค์ ไม่กี่นาที #ไทยรัฐ

Posted by Thairath on mardi 18 août 2015

Ces images et cette utilisation du sac en rappellent d’autres, celles des caméras de surveillance lors des attentats du marathon de Boston le 15 avril 2013. Sur la vidéo ci-dessous, dévoilée lors du procès de l’un des deux terroristes, Dzhokhar Tsarnaev, on peut le voir déposer un sac à dos contenant l'explosif et partir précipitamment après l’explosion.

 

Backpack bomb

On peut aussi citer les attentats de Londres en 2005, où les quatre explosifs, tous artisanaux, avaient eux aussi été placés dans des sacs à dos avant d’être déposés dans trois rames de métro et un autobus. Et là encore, des images de caméras de surveillance ont permis d’identifier des suspects.

Les terroristes ont souvent utilisé ou prévu d’utiliser des sacs à dos pour dissimuler les explosifs et passer inaperçus dans la foule. Aux États-Unis, le mode opératoire a un nom («backpack bomb») et les journaux relaient souvent des arrestations de personnes ayant planifié une attaque terroriste à l’aide de sac à dos.

À tel point que les autorités américaines sont extrêmement prudentes à propos des sacs à dos. En 2005, peu après les attentats de Londres, le UT San Diego évoquait le climat de peur permanente dans les lieux publics aux États-Unis et l’angoisse que créaient les sacs à dos dans les grandes villes. «Les gens assimilent les sacs à dos à une attaque terroriste potentielle, leur simple présence dans la foule tire la sonnette d’alarme», écrivait le journal avant d’ajouter que le travail des policiers était très compliqué et que leur angoisse avait redoublé à partir de ce moment-là. Le Boston Globe évoquait en 2013 un exercice de simulation d’attaque terroriste organisé par la police de Boston. Dans le scénario de l’attaque, les terroristes avaient prévu de multiples attaques à l’aide d’explosifs… cachés dans des sacs à dos. Une fiction devenue triste réalité puisque deux mois avant que l’exercice ait lieu, les frères Tsarnaev attaquaient le marathon de la ville avec des sacs à dos.

Des scouts aux terroristes

Une obsession pour le sac à bretelles qui peut aller parfois très loin. Il y a deux ans, une femme a reçu la visite d’enquêteurs fédéraux chez elle car sa famille avait cherché des informations sur les attentats de Boston, et avait tapé «cocotte-minute» et «sac à dos» sur Google, deux éléments utilisés par les responsables des attentats de Boston. En réalité, toutes ces recherches avaient été faites indépendamment les unes des autres, et par différents membres de la famille. Car après tout, qu’y a-t-il de mal à s’intéresser à ce sac à dos que tout le monde a chez lui?

Et c’est là la force du sac à dos pour un terroriste: il est terriblement normal, anodin. Le New York Times avait consacré un article à l’histoire du sac à dos, passé des mains des scouts dans les années 1950 à celles du grand public à partir des années 1980 puis des terroristes. «C’est presque absurde que quelque chose d’aussi familier et non malveillant, écrivait le journal, fasse partie d’une telle farce grotesque, un peu comme ce maître d’école dont on découvre la collections d'attirails nazis dans sa cave..» Et effectivement, tout le monde en trimballe un sur son dos désormais. Tant qu’un sac n’est pas abandonné, il semblerait donc que son propriétaire bénéficie d’un anonymat relatif, d’un statut de Monsieur Tout-le-monde capable de se perdre dans la foule.  

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