Pour un Conseil de Gouvernance mondiale, par Jean-François Copé
Les institutions internationales sont obsolètes
- Image de une: Chennai, Inde, décembre 2008 Reuters -
En clair, c'est le grand test pour les responsables politiques. Après le temps des grands discours au cœur de la crise où chacun a fustigé les excès de la finance, de Washington à Londres, de Paris à Buenos Aires, c'est le temps de la volonté politique.
Cette volonté est déterminante et on espère qu'elle triomphera des frilosités à Pittsburgh. Mais sera-t-elle suffisante sur la longue durée pour mieux réguler l'économie mondiale? Comme le disait Jean Monnet, père de l'Europe, «rien n'est possible sans les hommes mais rien n'est durable sans les institutions.»
Des institutions internationales obsolètes
Or s'il y a une évidence que cette crise a révélé avec force, c'est bien l'absence d'institutions capables de traiter les problèmes économiques mondiaux. Sans le sang froid et l'initiative de chefs d'Etat comme Gordon Brown, Nicolas Sarkozy ou Angela Merkel, l'économie mondiale aurait pu sombrer de façon encore plus violente en septembre dernier, alors que les Etats-Unis étaient «paralysés» par leur campagne présidentielle.
Nous vivons encore avec des institutions internationales du milieu du 20ème siècle, complètement inadaptées à la situation mondiale actuelle et aux développements des échanges internationaux. FMI, G8, G20, ONU, OMC, OMS... Qui est à même d'anticiper les crises? d'y répondre rapidement? avec une autorité et une légitimité suffisantes?
Il faut sortir du «système D» et inventer une gouvernance du système international enfin adaptée au 21ème siècle, avec une capacité à aborder de front les problèmes économiques, politiques, écologiques et sociaux qui sont de plus en plus complexes et interdépendants.
Le système actuel est dépassé parce qu'il y a trop d'organes spécialisés, sans vision globale, et sans réel pouvoir de décision. Il y a en outre un vrai problème de représentativité des pays du Sud et des pays émergents dans les instances dirigeantes....
Pour gagner en légitimité et en efficacité, je propose la fusion du G8, du G20 et du Conseil de sécurité de l'ONU, dans une nouvelle instance qui serait baptisée «Conseil de Gouvernance».
Elle verrait ses compétences étendues aux défis économiques, environnementaux et sociaux. On pourrait même imaginer de placer le FMI et la Banque Mondiale sous son autorité.
Elle intègrerait des États de tous les continents et assurerait en particulier une meilleure représentativité des Etats du Sud et des économies émergentes (90% du PIB mondial et 65% de la population). Elle permettrait de gagner en efficacité: on simplifierait considérablement la gouvernance mondiale en diminuant le nombre d'instances et de Forums dont les opinions publiques se demandent parfois à quoi ils servent.
Elle règlerait du même coup la nécessaire et difficile réforme du Conseil de sécurité de l'ONU.
Très concrètement il s'agirait de faire passer le Conseil de Sécurité de l'ONU de 15 à 25 membres, comme c'est déjà prévu dans le projet de réforme en discussion actuellement. Outre les 5 membres du Conseil permanent actuel (France, Chine, Etats-Unis, Japon, Russie,), on n'y intégrerait, en qualité de membres permanents, les 14 autres pays membres du G20 qui n'en font pas partie comme le Japon, l'Allemagne, l'Arabie Saoudite, le Brésil, ou l'Inde... Et il y aurait toujours 6 membres tournant pour assurer la représentativité des autres pays.
A ceux qui considèrent que ce projet est un peu utopique, j'ai envie de répondre : n'attendons pas la prochaine crise pour se rendre compte qu'une réforme de la gouvernance internationale est indispensable !
Jean-François Copé
Image de une: Chennai, Inde, décembre 2008 Reuters
Mis à jour le 21/09/2009 à 8h32













































Bonjour Jean-François Copé,
Entièrement d'accord avec vous !
Le monde doit être gouverné autrement et SURTOUT
Avec d'autres têtes "pensantes" ....
(Si vous voyez ce que je veux dire)
Car c'est pas seulement la catastrophe écologique mais aussi et surtout POLITIQUE.
Je vote pour une démocratie 2.0,
c'est à dire DIRECT...
Le peuple vote pour des PROJETS (via le net)
finie les parasites politiques et autres vampires de la Mafia financière...
Pour cela un GRAND PROJET digne de ce siècle est URGENT:
[I Have a Dream for Internet]
le rêve de voir un jour l'internet "Libre et Gratuit"
Pour TOUS comme l'instrument de la démocratie 2.0..
Internet est TROP essentiel pour qu'il reste dans les "mains" des Providers Privés.
Que le Net devienne l 'INSTRUMENT de la LIBERATION du peuple...
Cordialement,
Ordjoun
[Paysan Indien]
C'est effectivement une proposition cohérente et un gage d'efficacité. Autre atout certain: les économies réalisées sur le fonctionnement des institutions... au lieu de multiplier les sièges, les postes de hauts fonctionnaires faisant doublons et les sommets internationaux, fusionnons les compétences. On y gagnera certainement. Même les agendas de nos chefs d'Etats y trouveront avantage!
Votre vision est bien "macro". Le problème est que l'on ne peut pas faire abstraction des contraintes "domestiques", celles de chauque pays membre du G20+Pays-Bas+Espagne. Croyez-vous que votre vision est-elle partagée sous le même prisme par Obama, Lula ou Zapatero, par exemple. Chacun va vouloir faire jouer ses particulartiés, les pays développés garder leurs synécures, d'autres, comme la Chine ou la Russie maintenir la main sur leurs rentes de situation (gaz, métaux stratégiques, pétrole...); l'Inde faira valoir son droit - légitime - au développement durable mais à sa manière - tout comme la Chine, le Mexique ou Le Brésil - c'est à dire "vous les pays développés avez bien pollué notre planète des siècles, laissez-nous donc quelques années pour atteindre des nieveaux acceptables de vie pour nos concitoyens.
C'est pourquoi votre vision généralisatrice est condamnée d'avance: il faut s'attaquer aux vrais problèmes par des actions concrètes et arrêter les beaux discours de salon. Les problèmes mondiaux d'environnement ne se transforment en action que par l'examen des différences écologiques, économiques et culturelles de notre environnement local. Think Globally, Act Locally.
Et plutôt parler de "Nouvel Ordre Mondial" que de gouvernance planétaire, moins encore de "Conseil de Gouvernance mondiale" - de Gaulle vous rirait au nez, vous nous rappelez la guerre des étoiles!
Jean-François, article bien pensé et bien travaillé, bien pensé dans un monde idéal. La politique, pour être efficace, doit dans ses visées cibler le réel. Le pragmatisme est de rigueur. Mais le rêve est aussi nécessaire et doit colorer ce pragmatisme, surtout lorsque le sujet nécessite une large vision à long terme.
bonjour,
on pourrait être tenté d'applaudir à de tels propos, mais en réalité que cela changerait-il dans la manière de gouverner? pourquoi ne pas proposer plutôt la suppression du droit de veto accordé de façon non représentative (si l'on en croit vos dires) ?
ou ouvrir cette gouvernance à tous ceux qui le désirent plutôt qu'aux seuls pays détenant de forts potentiels économiques?
à l'heure où certains veulent faire rentrer l'humain dans leurs "calculs" du bien-être, il serait peut-être temps d'accepter que le capitalisme est un système qui nuit au plus grand nombre pour en satisfaire le plus petit.
vous évoquez la prééminence du politique sur l'économique, et pour cause... c'est bien cela qu'il faut changer pour changer l'économie. reprendre les mêmes en leur offrant plus de pouvoirs est sans doute une bonne chose pour l'économie, mais sûrement pas pour les hommes. le jour où les politiques admettront qu'il est impossible de faire fonctionner l'économie sans nuire au social (au niveau international justement), alors il sera juste de prétendre à une gouvernance mondiale. changer les institutions n'est pas changer le système, et c'est pourtant le système qui est mauvais. les institutions ne sont que l'émanation d'un système qui, s'il n'est pas juste, ne peut prétendre au bien être que les politiques sont censés apporter aux hommes.
http://calebirri.unblog.fr
Je vois que l'OMS est citée, avec le FMI, l'OMC, etc. Que vient donc faire l'OMS dans un débat économique?
Quant à la proposition "fusionner le G20, G8 et Conseil de Sécurité de l'ONU"... Fusionner 3 institutions qui ont montré leur incapacité systématique à régler les problèmes, je ne vois pas trop l'intérêt si ce n'est inventer un nouvel acronyme.
(Reprise suite au bug du 20/09/2009.
.
Monsieur Copé, bonjour. Je pense qu'on ne peut qu'être d'accord avec votre proposition. Il y a trop d'organismes différents pour gérer les affaires mondiales. Les regrouper ou les refondre en simplifiant serait gage d'efficacité et d'économies.
.
Je vous recopie : Le système actuel est dépassé parce qu'il y a trop d'organes spécialisés, sans vision globale, et sans réel pouvoir de décision. Il y a en outre un vrai problème de représentativité des pays du Sud et des pays émergents dans les instances dirigeantes....
.
Le système est dépassé car il y a trop d'organes spécialisés ... sans réel pouvoir .... La multiplication de ces organes, commissions, bureaux, groupes d'études ou de missions, etc. a un nom. : la loi de Parkinson. Une organisation s'étend et grossit au point d'arriver à occuper le temps et les ressources dont elle dispose, justifiant ainsi son existence.
.
Cette loi va de pair avec le principe de Peter : tout individu tend à s'élever à son niveau d'incompétence. Et le corollaire de Peter : Avec le temps, tout poste sera occupé par un incompétent incapable d'en assumer la responsabilité.
.
C'est là que l'on rejoint le problème de représentativité que vous abordez. Ceux qui sont en place veulent des subordonnés, pas des rivaux. Ils ont tendance à multiplier les niveaux hiérarchiques pour diviser et se maintenir au lieu de créer une organisation autonome à côté. Sait-on jamais que ça devienne un concurrent.
.
Restreindre le nombre d'organismes (efficacité) et en ouvrir et partager le pouvoir de décision avec d'autres (représentativité), revient à faire disparaître un certain nombre de postes de direction, les gens qui les occupent et les avantages couteux qui vont avec. Croyez-vous que ces personnes seront d'accord pour perdre leur situation ?
.
Je trouve amusant de votre part de prôner – à juste titre – la fin de ces systèmes dépassés dont vous profitez pourtant parmi d'autres.
.
Et tout aussi comique que vous demandiez aux autres se subir ce que vous vous refusez de vous appliquer à vous-même.
.
La somme du principe de Peter et de la loi de Parkinson, cela s'appelle en politique, le cumul des mandats.
.
Et ça, ce n'est ni votre combat, ni votre cheval de bataille.