France

Pour un Conseil de Gouvernance mondiale, par Jean-François Copé

Temps de lecture : 2 min

Les institutions internationales sont obsolètes

Dans quelques jours, le sommet du G20 se réunira à Pittsburgh. L'ordre du jour est chargé et les attentes sont énormes. Outre le suivi des plans de relance dans les différentes économies, il s'agit de voir si les décisions prises en matière de régulation et de transparence au sommet de Londres en avril dernier ne sont que de belles intentions ou si elles sont effectivement mises en œuvre. Alors que les marchés financiers reprennent de la vigueur, les opinions publiques à travers le monde attendent de voir si les Chefs d'Etat se contenteront d'un retour au «business as usual» ou s'ils tenteront de reprendre la main pour construire un système financier plus solide, où les opérateurs assument davantage leurs responsabilités.

En clair, c'est le grand test pour les responsables politiques. Après le temps des grands discours au cœur de la crise où chacun a fustigé les excès de la finance, de Washington à Londres, de Paris à Buenos Aires, c'est le temps de la volonté politique.

Cette volonté est déterminante et on espère qu'elle triomphera des frilosités à Pittsburgh. Mais sera-t-elle suffisante sur la longue durée pour mieux réguler l'économie mondiale? Comme le disait Jean Monnet, père de l'Europe, «rien n'est possible sans les hommes mais rien n'est durable sans les institutions.»

Des institutions internationales obsolètes

Or s'il y a une évidence que cette crise a révélé avec force, c'est bien l'absence d'institutions capables de traiter les problèmes économiques mondiaux. Sans le sang froid et l'initiative de chefs d'Etat comme Gordon Brown, Nicolas Sarkozy ou Angela Merkel, l'économie mondiale aurait pu sombrer de façon encore plus violente en septembre dernier, alors que les Etats-Unis étaient «paralysés» par leur campagne présidentielle.

Nous vivons encore avec des institutions internationales du milieu du 20ème siècle, complètement inadaptées à la situation mondiale actuelle et aux développements des échanges internationaux. FMI, G8, G20, ONU, OMC, OMS... Qui est à même d'anticiper les crises? d'y répondre rapidement? avec une autorité et une légitimité suffisantes?

Il faut sortir du «système D» et inventer une gouvernance du système international enfin adaptée au 21ème siècle, avec une capacité à aborder de front les problèmes économiques, politiques, écologiques et sociaux qui sont de plus en plus complexes et interdépendants.

Le système actuel est dépassé parce qu'il y a trop d'organes spécialisés, sans vision globale, et sans réel pouvoir de décision. Il y a en outre un vrai problème de représentativité des pays du Sud et des pays émergents dans les instances dirigeantes....

Pour gagner en légitimité et en efficacité, je propose la fusion du G8, du G20 et du Conseil de sécurité de l'ONU, dans une nouvelle instance qui serait baptisée «Conseil de Gouvernance».

Elle verrait ses compétences étendues aux défis économiques, environnementaux et sociaux. On pourrait même imaginer de placer le FMI et la Banque Mondiale sous son autorité.

Elle intègrerait des États de tous les continents et assurerait en particulier une meilleure représentativité des Etats du Sud et des économies émergentes (90% du PIB mondial et 65% de la population). Elle permettrait de gagner en efficacité: on simplifierait considérablement la gouvernance mondiale en diminuant le nombre d'instances et de Forums dont les opinions publiques se demandent parfois à quoi ils servent.

Elle règlerait du même coup la nécessaire et difficile réforme du Conseil de sécurité de l'ONU.

Très concrètement il s'agirait de faire passer le Conseil de Sécurité de l'ONU de 15 à 25 membres, comme c'est déjà prévu dans le projet de réforme en discussion actuellement. Outre les 5 membres du Conseil permanent actuel (France, Chine, Etats-Unis, Japon, Russie,), on n'y intégrerait, en qualité de membres permanents, les 14 autres pays membres du G20 qui n'en font pas partie comme le Japon, l'Allemagne, l'Arabie Saoudite, le Brésil, ou l'Inde... Et il y aurait toujours 6 membres tournant pour assurer la représentativité des autres pays.

A ceux qui considèrent que ce projet est un peu utopique, j'ai envie de répondre : n'attendons pas la prochaine crise pour se rendre compte qu'une réforme de la gouvernance internationale est indispensable !

Jean-François Copé

Image de une: Chennai, Inde, décembre 2008 Reuters


Jean-François Copé

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