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L’explosion à Bangkok enfonce un peu plus le pays dans la crise

Lieu de l'explosion à Bangkok en Thaïlande, le 18 août 2015. REUTERS/Athit Perawongmetha

Lieu de l'explosion à Bangkok en Thaïlande, le 18 août 2015. REUTERS/Athit Perawongmetha

Le pays n'a jamais réussi à trouver une stabilité politique durable et ce nouvel attentat pourrait aggraver la situation.

Le bilan s’est alourdi après l’explosion d’une bombe qui a frappé lundi 17 août un sanctuaire du centre-ville de Bangkok, en Thaïlande. Les autorités font désormais état de vingt morts et plus d’une centaine de blessés. Pour l’instant, la photo d’un suspect a été diffusée, mais l’attentat n’a pas été revendiqué.

Les soupçons se sont vite portés sur l’opposition politique du pays incarnée par les Chemises rouges. Ce groupe soutenait l’ancien gouvernement (dirigé par Yingluck Shinawatra) que la junte militaire avait déchu en 2014 après un coup d’État, le douzième depuis 1932. Mais ce n’est pas la seule piste, tant l’instabilité politique est forte dans le pays depuis une dizaine d’années.

Séparatistes musulmans

Pour Slate.com, cette attaque représente même un signe parmi d’autres de «la situation politique fragile et dangereuse de la Thaïlande». Et effectivement, le gouvernement actuel fait toujours face à un autre conflit avec des séparatistes musulmans du sud du pays, qui combattent la domination de la religion bouddhiste. «Alors que qu’il y a eu des violences sporadiques depuis des dizaines d’années, l’affrontement actuel [avec les séparatistes du sud] a commencé en 2004, et près de 6.000 personnes ont été tuées depuis», explique le journaliste Joshua Keating.

Soixante-mille soldats avaient été déployés dans la zone en 2007, mais les négociations pour mettre en place un traité de paix ont été balayées avec le coup d’État de la junte militaire en 2014.

Le Washington Post rappelle que, depuis ce coup d'État, des attaques continuent de viser des moines bouddhistes ou des soldats. «En juin, quatre soldats ont été tués dans une embuscade dans la province de Yala. La même semaine, un camion transportant huit officiers a été frappé par une bombe dans la province de Pattani.» Fin juillet, un policier et un moine bouddhiste ont été tués dans la même région. Mais jamais la capitale du pays, les civils et les touristes n’ont été visés ainsi. Si la piste des séparatistes du sud se confirme, le pays pourrait alors connaître un tournant majeur dans cette crise politique.

Manifestations contre le gouvernement

Et le problème de la Thaïlande ne vient pas uniquement de ces groupes: la rue manifeste également sa colère, malgré la répression. Beaucoup soutiennent encore l’ancien gouvernement et reprochent au Premier ministre actuel (l’ex-chef de l’armée Prayuth Chan-ocha) d’avoir attisé la dissidence et de tarder à mettre en place des élections démocratiques pour restaurer un gouvernement civil. Le South China Morning Post n’hésite pas à parler d’une «dictature» qui se met en place en rappelant la censure progressive de la presse et des dissidents sur Internet.

Des lois ont aussi été promulguées pour interdire toute manifestation ou rassemblement de plus de cinq personnes. Les médias internationaux s’étaient d’ailleurs émus quand une jeune femme avait été arrêtée début juin car, selon les autorités, elle avait enfreint cette loi. Avec d’autres manifestants, elle avait repris à son compte le signe de ralliement du film Hunger Games, devenu symbole d’une contestation grandissante dans le pays.

 

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