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La No Fly List, un blacklisting à la «Minority Report»

Temps de lecture : 2 min

Le ministère américain de la Justice a reconnu que la No Fly List est basée sur un système «d'évaluation prédictive des menaces potentielles».

Un avion American Airlines décolle de l'aéroport d'Heathrow à Londres | REUTERS/Luke MacGregor
Un avion American Airlines décolle de l'aéroport d'Heathrow à Londres | REUTERS/Luke MacGregor

Dans le film Minority Report, tiré du livre de science-fiction de Philip K. Dick, Washington a éradiqué toute criminalité. Les agents de Précrime peuvent arrêter les criminels avant même qu'ils n'aient commis leurs méfaits. Ce système n'est pas basé sur la science mais sur les prédictions de trois médiums presque infaillibles.

Le système de «jugements prédictifs» mis en place par le gouvernement américain, lui, n'est pas une fiction. Lors d'un jugement peu remarqué qui s'est tenu le 28 mai devant un tribunal de l'Oregon, le ministère américain de la Justice et le FBI ont reconnu que leur No Fly List (la liste des personnes non autorisées à embarquer à bord d'un avion à destination ou au départ des États-Unis) était basée sur une «évaluation prédictive des menaces potentielles» qui était «destinée à prévenir de futurs actes de terrorisme dans un contexte incertain».

«Suspicion raisonnable»

Cette liste noire, très secrète et gérée par le FBI, a été créée après les attentats du 11-Septembre. Elle contiendrait plus de 47.000 noms. De toutes les grandes mesures antiterroristes mises en place à l'époque, elle est une des plus polémiques. Cette déclaration dans l'Oregon intervient dans une affaire de longue date, portée par l'Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), qui pointe notamment le manque de fiabilité de cette liste.

Le gouvernement n'a pas «évalué la validité et la fiabilité scientifique de ses jugements prédictifs», «n'a pas utilisé de système scientifique valide pour ses jugements et n'a pas estimé le taux d'erreurs qui pourrait en résulter», a déclaré à la cour Marc Sageman, ex-analyste de la CIA.

Le concept de «suspicion raisonnable», sur lequel est basé la liste, est flou. Vous pouvez être blacklisté si vous êtes un terroriste présumé, ou si vous êtes suspecté d'être associé à un terroriste présumé (avoir votre nom dans le téléphone d'une personne suspecte peut suffire), selon les informations révélées par The Intercept en juillet. La définition d'un acte «terroriste» y est large, elle inclut aussi bien la prise d'otage que la destruction de biens du gouvernement ou encore les actes d'intimidation pour influencer la politique du gouvernement.

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Mais tous les critères de placement sur la liste ne sont pas connus, et c'est bien là le principal problème. Le gouvernement américain se refuse à les dévoiler, au nom de la sécurité nationale. Sans ces informations pourtant, les personnes blacklistées par erreur, qui ont obtenu depuis le mois de mars le droit de faire une demande de recours, n'ont aucun moyen de démontrer leur innocence.

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